Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre.
Paul Valéry, Le cimetière marin.
Combien se prennent là-haut pour de grands rois,
qui seront ici comme porcs dans l’ordure,
laissant de soi un horrible mépris.
Dante, La divine comédie. L’enfer, chant VIII.
Je veux parler de sa manie de nier ce qui est,
et d’expliquer ce qui n’est pas.
E. A. Poe, Double assassinat de la rue Morgue.
Quand la Joconde a été volée au Louvre en 1911,
la place vide sur le mur a attiré plus de visiteurs
que le tableau auparavant.
Paul Valéry, Le cimetière marin.
Combien se prennent là-haut pour de grands rois,
qui seront ici comme porcs dans l’ordure,
laissant de soi un horrible mépris.
Dante, La divine comédie. L’enfer, chant VIII.
Je veux parler de sa manie de nier ce qui est,
et d’expliquer ce qui n’est pas.
E. A. Poe, Double assassinat de la rue Morgue.
Quand la Joconde a été volée au Louvre en 1911,
la place vide sur le mur a attiré plus de visiteurs
que le tableau auparavant.
Autoportrait en forme d'Abécédaire.
AMOUR
Au cœur du sentiment amoureux il y a une cette mystérieuse certitude autour de laquelle se développe un pur narratif aléatoire. Ce qui reste de soi est l’amour que l’on a su donner. C’est l’unique don que chacun est toujours en mesure de faire. L’éthique personnelle, la morale universelle, l’humanisme et les droits humains sont directement reliés au message fondateur de Jésus sans qu’il soit nécessaire d’être croyant pour s’en inspirer.
L’amour a une valeur objectivement absolue fondée sur l’inconditionnalité (se distinguant par exemple de la liberté qui est toujours subjective puisque pour chacun, elle s’arrête là ou commence celle d’autrui).
Saint François d’Assises est la parfaite incarnation du renoncement au monde matérialiste au nom de l’amour (pour Dieu et ses créatures en la circonstance) – fresques de Giotto à la Basilique d’Assise.
L’amour et la paix en étendard, le mouvement Hippie a été le dernier moment de lucidité en Occident proclamant la prééminence de l’être sur l’avoir.
L’empathie, la tendresse et l’amour semblent plus logiquement être des « inventions » féminines puisque les mâles sont sans cesse agités par la compétition censée désigner le mâle alpha.
La troisième et dernière partie de l’œuvre inachevée d’Albert Camus devait être consacrée aux personnes qu’il a aimées.
Au cœur du sentiment amoureux il y a une cette mystérieuse certitude autour de laquelle se développe un pur narratif aléatoire. Ce qui reste de soi est l’amour que l’on a su donner. C’est l’unique don que chacun est toujours en mesure de faire. L’éthique personnelle, la morale universelle, l’humanisme et les droits humains sont directement reliés au message fondateur de Jésus sans qu’il soit nécessaire d’être croyant pour s’en inspirer.
L’amour a une valeur objectivement absolue fondée sur l’inconditionnalité (se distinguant par exemple de la liberté qui est toujours subjective puisque pour chacun, elle s’arrête là ou commence celle d’autrui).
Saint François d’Assises est la parfaite incarnation du renoncement au monde matérialiste au nom de l’amour (pour Dieu et ses créatures en la circonstance) – fresques de Giotto à la Basilique d’Assise.
L’amour et la paix en étendard, le mouvement Hippie a été le dernier moment de lucidité en Occident proclamant la prééminence de l’être sur l’avoir.
L’empathie, la tendresse et l’amour semblent plus logiquement être des « inventions » féminines puisque les mâles sont sans cesse agités par la compétition censée désigner le mâle alpha.
La troisième et dernière partie de l’œuvre inachevée d’Albert Camus devait être consacrée aux personnes qu’il a aimées.
Fresque de Giotto à la basilique d'Assise
J’ai eu la grande chance d’aimer et d’être aimé de trois figures féminines essentielles :
Maman.
On dit qu’un homme qui a été aimé par sa mère ne pourra jamais être totalement malheureux.
Isabelle.
38 ans de vie commune en 2026 (!). L’ultime aventure amoureuse consiste à vivre ensemble le plus longtemps possible.
Solène.
Ma fille adorée…
Maman.
On dit qu’un homme qui a été aimé par sa mère ne pourra jamais être totalement malheureux.
Isabelle.
38 ans de vie commune en 2026 (!). L’ultime aventure amoureuse consiste à vivre ensemble le plus longtemps possible.
Solène.
Ma fille adorée…
texte sur Maman
Ginette
J’ai été si inconditionnellement aimé par ma mère qu’au plus profond de mon être s’est cristallisée une certaine idée du bonheur de vivre.
Maman possédait cette rare prédisposition à atteindre spontanément un état d’euphorie n’ayant d’autre justification que le plaisir évident que procurent les fous rires sans raisons identifiables.
Dans ces moments intenses, je ressentais un étrange mélange de pure félicité et de stupéfaction un peu craintive face à l’absurdité de la situation.
Toute sa vie elle oscilla entre deux extrêmes, cette fameuse gaîté dans la fascinante fugacité de l’instant présent et l’effort constant pour ne pas se laisser submerger par le chagrin.
Jamais elle n’évoquait sa jeunesse autrement que par le prisme du traumatisme originel du deuil prématuré de ses parents et d’un grand-père adoré alors qu’elle n’avait pas 20 ans. Enfant, par un mot de trop ou une attitude déplacée, j’avais peur de la blesser comme on hésite à saisir un papillon par les ailes en soupçonnant que l’on va irrémédiablement abîmer la fragile pellicule de pigments si délicatement agencés.
Je ne comprenais pas comment on pouvait survivre à la peine de la disparition de ses parents alors que tout mon univers gravitait autour d’Elle et de Papa. Ce mystère s’approfondissait lorsque parfois Maman se tournait vers moi pour me sourire tendrement alors que précisément mes pensées vagabondaient dans les limbes où les fantômes de mes grands-parents maternels me chuchotaient l’histoire secrète de l’enfance de leur fille.
Un jour, je lui ai sérieusement proposé de prendre des notes tandis qu’elle se laisserait enfin aller à évoquer le temps jadis. Elle fit mine d’être réellement séduite par le projet mais repoussa toujours à un « autre moment plus tranquille » sa concrétisation, puis la maladie d’Alzheimer rendit peu à peu caduque l’espoir de voyager dans le temps sans s’égarer.
Une seule fois, nous eûmes l’opportunité de retourner ensemble dans l’Yonne, à l’Auberge des Sept écluses dont ses parents furent autrefois propriétaires et elle avait simplement semblé très heureuse de cette journée ensoleillée mais aussi un peu perdue dans ses pensées, sans ressentir le besoin ou posséder la force de nous raconter ses souvenirs.
Ne disposant finalement que de très peu d’éléments pour reconstituer le canevas de son existence, je dois me contenter de l'épure du plan chronologique d’une biographie que je ne pourrais jamais écrire.
Premier violon dans l’orchestre de Fontainebleau à 18 ans, se plaisait-elle à rappeler (si l’instrument exista bel et bien à la maison à une époque reculée, je ne me souviens pas avoir jamais entendu un archet glisser sur des cordes).
L’exode de 1940 sur les routes de France fut une terrible épreuve endurée avec sa mère. « Quand on a survécu à l’exode, on peut tout endurer… » disait parfois Maman encore un demi-siècle plus tard lorsqu’il s’agissait de surmonter une épreuve. Dans les images d’actualités filmées de ce sombre drame, je guette toujours (en vain bien entendu) le très jeune visage de Maman qui passerait furtivement devant la caméra…
Son père serait décédé de lointaines complications de l’intoxication aux gaz de combat sur le front durant la première guerre mondiale puis sa mère serait morte de chagrin peu de temps après l’exode. Au même moment, la disparition de son grand-père adoré fut pourtant le plus traumatisant des déchirements. Elle me confessa un jour qu’elle avait bien failli tomber dans une forme de folie douce à errer seule des après-midi entières à vélo sur une petite route de campagne qui menait au cimetière de Fontainebleau, s’arrêtant pour cueillir des fleurs dans les champs, divaguant à voix haute pour endiguer les sanglots…
Mis à part un ou deux albums de photos de famille et peut-être quelques bijoux, Maman ne possédait pas d’objet de son passé et c’est là une constatation assez troublante laissant la porte ouverte à de tristes conjectures en ces temps troublés de la débâcle puis de l’occupation.
Jamais le temps de la guerre ne fut évoqué.
Après la libération, elle se marie avec un homme dont j’ignore tout – mais les jumeaux qu’elle attendait sont perdus à la naissance et ce malheur fut sans doute la cause de la séparation.
Advint ensuite la rencontre avec Raymond, un homme marié qui n’a jamais envisagé de divorcer et qui fut pourtant le père des trois premiers enfants de Ginette. Il est difficile d’imaginer ce que cela pouvait impliquer socialement d’être ce qu’on appelait encore dans les années cinquante une fille-mère, mais assurément cela ne devait pas être une partie de plaisir. Elle élève donc seule ses rejetons en banlieue parisienne avec de maigres moyens financiers comme semblent l’attester les très rares photos de cette époque.
Roger sera finalement la grande histoire d’amour de sa vie qui débute par un coup de foudre en 1953 suivi d’un voyage de noces des plus classique en Italie dont témoigne la touchante photo devant la fontaine de Trevi, à Rome.
La naissance de Michaël aura lieu en 1957 après un légendaire voyage en petit avion de brousse vers l’hôpital d’Ambovombe, car c’est dans le sud de Madagascar que Roger décida de s’expatrier pour œuvrer à la modernisation du pays (des photos attestent qu'il fut effectivement à l’initiative de constructions remarquables tel un hôpital ou des passages à gué surélevés dont il était assez fier). De retour en France, à Paris, quatre ans plus tard je débarquais dans cette famille déjà nombreuse pour occuper la place enviable (ou pas) du petit dernier.
La période comprise entre 1961 et 1975 correspond pour moi aux jours heureux dont Noël était le point d’orgue, les rituels dominicaux le métronome et les grandes vacances au borde de la mer l’apothéose jubilatoire. Maman a sans doute vécu là ses plus belles années en connaissant un vrai moment de grâce rendant justice à sa beauté, son humour, sa bienveillance, sa joie d’exister pour nous aimer.
Lentement mais sûrement, Roger fut comme aspiré par les mondanités de la vie parisienne puisque dans son esprit il s’agissait de gravir toujours plus haut l’échelle sociale, notamment en se lançant en politique. L’aventure se conclut par un double échec, dans les urnes puis dans son couple qui ne résista pas à une liaison extraconjugale (commencée durant la campagne électorale) dont il faudra reconnaître qu’il ne s’agissait pas d’une simple bagatelle puisque Roger régularisera plus tard sa situation par un second mariage.
Effondrée par la séparation, Maman alla travailler dès le lendemain du départ définitif de l’homme de sa vie, mue par un réflexe de survie qui lui fut certainement salutaire pour ne pas sombrer dans la dépression. Néanmoins, durant de longs mois, il fallut la consoler de son injuste revers de fortune en cohabitant (elle et moi) dans un espace subitement exigu car nous avions quitté le grand appartement de la rue Lacordaire dans lequel j’aurais donc vécu de 4 à 18 ans, autant dire toute mon enfance.
Maman finit tant bien que mal par épuiser ses sources lacrymales et préférera demeurer fidèle jusqu’au bout en s’interdisant de penser à refaire sa vie.
Elle sera un peu payée de retour puisque plus tard les rôles auront tendance à s’inverser. En effet l’ironie de l’histoire est que Maman deviendra en quelque sorte la maîtresse (platonique) de Roger après son remariage car c’est chez elle qu’il viendra une fois par semaine se ressourcer en sirotant son whisky dont la bouteille était soigneusement rangée dans le buffet du salon comme au bon vieux temps. Parfois j’étais présent et j’avais aussi mon petit verre (de Porto dont la bouteille était également toujours à sa place dans le buffet) et nous passions, à trois, quelques agréables moments, certes légèrement surréalistes mais jamais gênants.
Si la condamnable attitude défaitiste du paternel face aux « incessants problèmes » de Micou demeurait incompréhensible, on pouvait a contrario, comprendre la lassitude de Maman après tant d’énergie dépensée en vain pour sauver son enfant.
J’aurais toujours l’image de Maman portant un inévitable imperméable rouge (ou crème), son indéboulonnable sac à main sous le bras, ses escarpins à talons hauts et l’éternelle coiffure rétro-dynamique, passant quasiment la nuit entière adossée à un pilier du Paradiso, la célèbre boîte Punk d’Amsterdam (cette escapade aux Pays-bas avec Michaël avait comme prétexte les tableaux de Rembrandt et de Van Gogh).
Son immuable look n’était pas non plus exactement raccord dans le décor déglingué des squats parisiens dans lesquels elle déambulait à la recherche du coin où Micou avait provisoirement éparpillé son petit bazar d’objets hétéroclites censé circonscrire un éphémère territoire privé. Bien des années auparavant, Maman (toujours en talons hauts) ramenait en la traînant une mobylette volée avec son antivol à l’autre bout du quinzième arrondissement. On n’en finirait plus d’énumérer les nombreuses stations du calvaire d’une mère courage qui ponctuèrent la Via Dolorosa menant inexorablement au crématorium du Père Lachaise…
Michaël fut sans doute aussi celui qui sut mieux que quiconque lui prodiguer une forme de tendresse spontanée malgré son triste record des attitudes irrespectueuses lors des trop fréquentes altercations. Gardons donc le meilleur et non le pire…
La blessure la plus profonde et sans baume qui puisse en diminuer la douleur fut sans doute la disparition prématurée de ce fils.
Devenue âgée et inconsolable, elle sanglotait souvent de façon compulsive et lors de mes visites parfois impromptues, ses yeux avaient souvent ce contour vermillon trahissant un récent larmoiement. Sa singulière hypersensibilité était sa force pour nous aimer mais aussi sa plus grande faiblesse.
Sans conteste, les plus grands bonheurs de Maman furent ceux que lui apportèrent ses deux petits enfants – Lola, la fille de Micou et Solène – comparées à des rayons de soleil et Dieu sait qu’elle sut les gâter sans les flétrir et les aimer sans les étouffer.
La promesse de l’aube d’un mercredi permettait à « Mamie » de se lever en ayant du baume au cœur puis de passer la journée sur un petit nuage avec Solène et de s’endormir le soir en percevant sur sa joue la rémanence des bisous moelleux d’une adorable princesse haute comme trois pommes.
« Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard » disait Aragon et je devine la force de cette vérité quand je regrette ce que je n’ai pas su partager avec Maman alors que c’était encore possible.
Nous avons admiré ensemble les Primitifs flamands à Bruges, la Ronde de nuit à Amsterdam, Botticelli aux Offices, les Impressionnistes au musée d’Orsay (et la liste, ici, est loin d’être exhaustive) mais j’aurais aimé créer une complicité plus grande, fondée sur notre passion commune pour l’art, notamment en guidant sa curiosité vers la production contemporaine en peinture puisque c’était là son médium préféré. Étrangement, cela ne me venait pas à l’idée de lui proposer d’aller voir ensemble la rétrospective à Beaubourg de Gerhard Richter (par exemple) dont les tableaux auraient certainement provoqué chez elle de nouvelles et subtiles émotions.
Je n’ai pas accompli tout ce que j’entrevois maintenant qui eusse pu l’être… Je me contentais trop souvent de prolonger indéfiniment l’état des choses d’un amour réciproque et inconditionnel tel qu’il se formalisa dans l’enfance et qui était somme toute rassurant puisque la tendresse et la sensibilité en étaient les solides fondations.
Mon premier fou rire avec Maman est très ancien (vers l’âge de 5 ou 6 ans). Je m’amusais à dessiner avec un Télécran (ce jouet avec une surface vitrée sous laquelle se collait uniformément une très fine poudre grise ferrugineuse par l’effet de l’électricité statique que l’on pouvait faire retomber en manipulant des molettes reliées à une pointe et ainsi effectuer des tracés éphémères puisqu’en retournant l’objet, la poudre tapissait à nouveau tout l’écran). Pour comprendre ce mystérieux fonctionnement, je m’étais astreint à faire tomber la poudre sur une surface assez large pour voir le mécanisme interne. Distinguant une sorte de cône à pointe traceuse, je le montrais à Maman qui m’affirma qu’il s’agissait en réalité d’un reflet et subitement sans savoir pourquoi nous partîmes dans un fou rire si mémorable que nous ne pouvions pas des décennies plus tard évoquer ce moment sans être à nouveau complices face à une réalité incompréhensible.
Je devais avoir 8 ou 9 ans lorsque je reçus par surprise une mémorable gifle devant mes petits copains dans le magasin de bonbons de la rue Saint-Charles où j’avais pensé pouvoir m’octroyer quelques confiseries extraites de leurs énormes bonbonnières en verre en payant avec de la petite monnaie dérobée peu avant dans le porte-monnaie maternel. Ce fut l’unique moment où elle m’aima bien en me châtiant bien car rien dans le reste de mon éducation ne s’apparente à une forme quelconque de rudesse sauf peut-être le ridicule martinet dont elle nous menaçait mais sans jamais l’utiliser (nous coupions systématiquement les lanières de cuir dès que nous parvenions à découvrir la cachette d’un nouvel exemplaire de l’ignoble objet). De quelques claques bien senties sur la cuisse, j’ai aussi le souvenir douloureux mais rien de bien folichon si l’on songe aux méthodes punitives encore largement pratiquées dans les années soixante. Résumons la chose à 2 % de châtiments en opposition à 98 % de tendresse.
Lorsque mon frère et moi étions par trop turbulents, maman avait une expression bien à elle parfaitement mystérieuse : chameau d’ours ! Instantanément nous admettions avoir dépassé les bornes sans comprendre à quel genre de monstre chimérique nous étions comparés. Quand se profilait un semblant de bouderie ou de petit chagrin enfantin, elle parvenait à retourner la situation par une autre formule magique tout aussi sibylline en me demandant de faire : un petit sourire à 4,95 ! Je n’ai jamais eu la curiosité de l’interroger sur la signification de ce chiffre mais j’aime à penser que ces locutions étaient peut-être depuis des générations dans la famille et qu’elle-même en ignorait l’origine et le sens exact tout en sachant toujours en user avec un naturel désarmant au moment opportun.
Maman se plaignait régulièrement du mal que lui causait sa cheville résultant d’un bête accident (elle avait glissé sur un parquet trop bien ciré à son bureau). Àgé d’à peine 4 ans, j’étais triste de la voir allongée dans son lit en pleine journée, le visage voilé par une douleur ou une fatigue, ouvrant ses bras pour que je l’embrasse alors que je fondais en larmes en ne comprenant absolument rien à la situation. C’était dans la maison de Thiais (avant le déménagement sur Paris en 1965) dans une chambre qui forcément m’apparaissait immense, coupée en deux par les rayons d’un soleil d’hiver dans lesquels flottaient en apesanteur d’infimes particules de poussières dorées.
Un demi-siècle plus tard, j’embrassais Maman sur la joue sans savoir qu’il s’agissait de l’ultime fois. Son état psychique pouvait laisser planer un doute sur sa capacité à m’identifier mais je n’ai pas d’autre option que de me convaincre qu’elle reconnut dans ce gros bisou toute la tendresse qu’elle m’avait donnée.
Maman possédait cette rare prédisposition à atteindre spontanément un état d’euphorie n’ayant d’autre justification que le plaisir évident que procurent les fous rires sans raisons identifiables.
Dans ces moments intenses, je ressentais un étrange mélange de pure félicité et de stupéfaction un peu craintive face à l’absurdité de la situation.
Toute sa vie elle oscilla entre deux extrêmes, cette fameuse gaîté dans la fascinante fugacité de l’instant présent et l’effort constant pour ne pas se laisser submerger par le chagrin.
Jamais elle n’évoquait sa jeunesse autrement que par le prisme du traumatisme originel du deuil prématuré de ses parents et d’un grand-père adoré alors qu’elle n’avait pas 20 ans. Enfant, par un mot de trop ou une attitude déplacée, j’avais peur de la blesser comme on hésite à saisir un papillon par les ailes en soupçonnant que l’on va irrémédiablement abîmer la fragile pellicule de pigments si délicatement agencés.
Je ne comprenais pas comment on pouvait survivre à la peine de la disparition de ses parents alors que tout mon univers gravitait autour d’Elle et de Papa. Ce mystère s’approfondissait lorsque parfois Maman se tournait vers moi pour me sourire tendrement alors que précisément mes pensées vagabondaient dans les limbes où les fantômes de mes grands-parents maternels me chuchotaient l’histoire secrète de l’enfance de leur fille.
Un jour, je lui ai sérieusement proposé de prendre des notes tandis qu’elle se laisserait enfin aller à évoquer le temps jadis. Elle fit mine d’être réellement séduite par le projet mais repoussa toujours à un « autre moment plus tranquille » sa concrétisation, puis la maladie d’Alzheimer rendit peu à peu caduque l’espoir de voyager dans le temps sans s’égarer.
Une seule fois, nous eûmes l’opportunité de retourner ensemble dans l’Yonne, à l’Auberge des Sept écluses dont ses parents furent autrefois propriétaires et elle avait simplement semblé très heureuse de cette journée ensoleillée mais aussi un peu perdue dans ses pensées, sans ressentir le besoin ou posséder la force de nous raconter ses souvenirs.
Ne disposant finalement que de très peu d’éléments pour reconstituer le canevas de son existence, je dois me contenter de l'épure du plan chronologique d’une biographie que je ne pourrais jamais écrire.
Premier violon dans l’orchestre de Fontainebleau à 18 ans, se plaisait-elle à rappeler (si l’instrument exista bel et bien à la maison à une époque reculée, je ne me souviens pas avoir jamais entendu un archet glisser sur des cordes).
L’exode de 1940 sur les routes de France fut une terrible épreuve endurée avec sa mère. « Quand on a survécu à l’exode, on peut tout endurer… » disait parfois Maman encore un demi-siècle plus tard lorsqu’il s’agissait de surmonter une épreuve. Dans les images d’actualités filmées de ce sombre drame, je guette toujours (en vain bien entendu) le très jeune visage de Maman qui passerait furtivement devant la caméra…
Son père serait décédé de lointaines complications de l’intoxication aux gaz de combat sur le front durant la première guerre mondiale puis sa mère serait morte de chagrin peu de temps après l’exode. Au même moment, la disparition de son grand-père adoré fut pourtant le plus traumatisant des déchirements. Elle me confessa un jour qu’elle avait bien failli tomber dans une forme de folie douce à errer seule des après-midi entières à vélo sur une petite route de campagne qui menait au cimetière de Fontainebleau, s’arrêtant pour cueillir des fleurs dans les champs, divaguant à voix haute pour endiguer les sanglots…
Mis à part un ou deux albums de photos de famille et peut-être quelques bijoux, Maman ne possédait pas d’objet de son passé et c’est là une constatation assez troublante laissant la porte ouverte à de tristes conjectures en ces temps troublés de la débâcle puis de l’occupation.
Jamais le temps de la guerre ne fut évoqué.
Après la libération, elle se marie avec un homme dont j’ignore tout – mais les jumeaux qu’elle attendait sont perdus à la naissance et ce malheur fut sans doute la cause de la séparation.
Advint ensuite la rencontre avec Raymond, un homme marié qui n’a jamais envisagé de divorcer et qui fut pourtant le père des trois premiers enfants de Ginette. Il est difficile d’imaginer ce que cela pouvait impliquer socialement d’être ce qu’on appelait encore dans les années cinquante une fille-mère, mais assurément cela ne devait pas être une partie de plaisir. Elle élève donc seule ses rejetons en banlieue parisienne avec de maigres moyens financiers comme semblent l’attester les très rares photos de cette époque.
Roger sera finalement la grande histoire d’amour de sa vie qui débute par un coup de foudre en 1953 suivi d’un voyage de noces des plus classique en Italie dont témoigne la touchante photo devant la fontaine de Trevi, à Rome.
La naissance de Michaël aura lieu en 1957 après un légendaire voyage en petit avion de brousse vers l’hôpital d’Ambovombe, car c’est dans le sud de Madagascar que Roger décida de s’expatrier pour œuvrer à la modernisation du pays (des photos attestent qu'il fut effectivement à l’initiative de constructions remarquables tel un hôpital ou des passages à gué surélevés dont il était assez fier). De retour en France, à Paris, quatre ans plus tard je débarquais dans cette famille déjà nombreuse pour occuper la place enviable (ou pas) du petit dernier.
La période comprise entre 1961 et 1975 correspond pour moi aux jours heureux dont Noël était le point d’orgue, les rituels dominicaux le métronome et les grandes vacances au borde de la mer l’apothéose jubilatoire. Maman a sans doute vécu là ses plus belles années en connaissant un vrai moment de grâce rendant justice à sa beauté, son humour, sa bienveillance, sa joie d’exister pour nous aimer.
Lentement mais sûrement, Roger fut comme aspiré par les mondanités de la vie parisienne puisque dans son esprit il s’agissait de gravir toujours plus haut l’échelle sociale, notamment en se lançant en politique. L’aventure se conclut par un double échec, dans les urnes puis dans son couple qui ne résista pas à une liaison extraconjugale (commencée durant la campagne électorale) dont il faudra reconnaître qu’il ne s’agissait pas d’une simple bagatelle puisque Roger régularisera plus tard sa situation par un second mariage.
Effondrée par la séparation, Maman alla travailler dès le lendemain du départ définitif de l’homme de sa vie, mue par un réflexe de survie qui lui fut certainement salutaire pour ne pas sombrer dans la dépression. Néanmoins, durant de longs mois, il fallut la consoler de son injuste revers de fortune en cohabitant (elle et moi) dans un espace subitement exigu car nous avions quitté le grand appartement de la rue Lacordaire dans lequel j’aurais donc vécu de 4 à 18 ans, autant dire toute mon enfance.
Maman finit tant bien que mal par épuiser ses sources lacrymales et préférera demeurer fidèle jusqu’au bout en s’interdisant de penser à refaire sa vie.
Elle sera un peu payée de retour puisque plus tard les rôles auront tendance à s’inverser. En effet l’ironie de l’histoire est que Maman deviendra en quelque sorte la maîtresse (platonique) de Roger après son remariage car c’est chez elle qu’il viendra une fois par semaine se ressourcer en sirotant son whisky dont la bouteille était soigneusement rangée dans le buffet du salon comme au bon vieux temps. Parfois j’étais présent et j’avais aussi mon petit verre (de Porto dont la bouteille était également toujours à sa place dans le buffet) et nous passions, à trois, quelques agréables moments, certes légèrement surréalistes mais jamais gênants.
Si la condamnable attitude défaitiste du paternel face aux « incessants problèmes » de Micou demeurait incompréhensible, on pouvait a contrario, comprendre la lassitude de Maman après tant d’énergie dépensée en vain pour sauver son enfant.
J’aurais toujours l’image de Maman portant un inévitable imperméable rouge (ou crème), son indéboulonnable sac à main sous le bras, ses escarpins à talons hauts et l’éternelle coiffure rétro-dynamique, passant quasiment la nuit entière adossée à un pilier du Paradiso, la célèbre boîte Punk d’Amsterdam (cette escapade aux Pays-bas avec Michaël avait comme prétexte les tableaux de Rembrandt et de Van Gogh).
Son immuable look n’était pas non plus exactement raccord dans le décor déglingué des squats parisiens dans lesquels elle déambulait à la recherche du coin où Micou avait provisoirement éparpillé son petit bazar d’objets hétéroclites censé circonscrire un éphémère territoire privé. Bien des années auparavant, Maman (toujours en talons hauts) ramenait en la traînant une mobylette volée avec son antivol à l’autre bout du quinzième arrondissement. On n’en finirait plus d’énumérer les nombreuses stations du calvaire d’une mère courage qui ponctuèrent la Via Dolorosa menant inexorablement au crématorium du Père Lachaise…
Michaël fut sans doute aussi celui qui sut mieux que quiconque lui prodiguer une forme de tendresse spontanée malgré son triste record des attitudes irrespectueuses lors des trop fréquentes altercations. Gardons donc le meilleur et non le pire…
La blessure la plus profonde et sans baume qui puisse en diminuer la douleur fut sans doute la disparition prématurée de ce fils.
Devenue âgée et inconsolable, elle sanglotait souvent de façon compulsive et lors de mes visites parfois impromptues, ses yeux avaient souvent ce contour vermillon trahissant un récent larmoiement. Sa singulière hypersensibilité était sa force pour nous aimer mais aussi sa plus grande faiblesse.
Sans conteste, les plus grands bonheurs de Maman furent ceux que lui apportèrent ses deux petits enfants – Lola, la fille de Micou et Solène – comparées à des rayons de soleil et Dieu sait qu’elle sut les gâter sans les flétrir et les aimer sans les étouffer.
La promesse de l’aube d’un mercredi permettait à « Mamie » de se lever en ayant du baume au cœur puis de passer la journée sur un petit nuage avec Solène et de s’endormir le soir en percevant sur sa joue la rémanence des bisous moelleux d’une adorable princesse haute comme trois pommes.
« Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard » disait Aragon et je devine la force de cette vérité quand je regrette ce que je n’ai pas su partager avec Maman alors que c’était encore possible.
Nous avons admiré ensemble les Primitifs flamands à Bruges, la Ronde de nuit à Amsterdam, Botticelli aux Offices, les Impressionnistes au musée d’Orsay (et la liste, ici, est loin d’être exhaustive) mais j’aurais aimé créer une complicité plus grande, fondée sur notre passion commune pour l’art, notamment en guidant sa curiosité vers la production contemporaine en peinture puisque c’était là son médium préféré. Étrangement, cela ne me venait pas à l’idée de lui proposer d’aller voir ensemble la rétrospective à Beaubourg de Gerhard Richter (par exemple) dont les tableaux auraient certainement provoqué chez elle de nouvelles et subtiles émotions.
Je n’ai pas accompli tout ce que j’entrevois maintenant qui eusse pu l’être… Je me contentais trop souvent de prolonger indéfiniment l’état des choses d’un amour réciproque et inconditionnel tel qu’il se formalisa dans l’enfance et qui était somme toute rassurant puisque la tendresse et la sensibilité en étaient les solides fondations.
Mon premier fou rire avec Maman est très ancien (vers l’âge de 5 ou 6 ans). Je m’amusais à dessiner avec un Télécran (ce jouet avec une surface vitrée sous laquelle se collait uniformément une très fine poudre grise ferrugineuse par l’effet de l’électricité statique que l’on pouvait faire retomber en manipulant des molettes reliées à une pointe et ainsi effectuer des tracés éphémères puisqu’en retournant l’objet, la poudre tapissait à nouveau tout l’écran). Pour comprendre ce mystérieux fonctionnement, je m’étais astreint à faire tomber la poudre sur une surface assez large pour voir le mécanisme interne. Distinguant une sorte de cône à pointe traceuse, je le montrais à Maman qui m’affirma qu’il s’agissait en réalité d’un reflet et subitement sans savoir pourquoi nous partîmes dans un fou rire si mémorable que nous ne pouvions pas des décennies plus tard évoquer ce moment sans être à nouveau complices face à une réalité incompréhensible.
Je devais avoir 8 ou 9 ans lorsque je reçus par surprise une mémorable gifle devant mes petits copains dans le magasin de bonbons de la rue Saint-Charles où j’avais pensé pouvoir m’octroyer quelques confiseries extraites de leurs énormes bonbonnières en verre en payant avec de la petite monnaie dérobée peu avant dans le porte-monnaie maternel. Ce fut l’unique moment où elle m’aima bien en me châtiant bien car rien dans le reste de mon éducation ne s’apparente à une forme quelconque de rudesse sauf peut-être le ridicule martinet dont elle nous menaçait mais sans jamais l’utiliser (nous coupions systématiquement les lanières de cuir dès que nous parvenions à découvrir la cachette d’un nouvel exemplaire de l’ignoble objet). De quelques claques bien senties sur la cuisse, j’ai aussi le souvenir douloureux mais rien de bien folichon si l’on songe aux méthodes punitives encore largement pratiquées dans les années soixante. Résumons la chose à 2 % de châtiments en opposition à 98 % de tendresse.
Lorsque mon frère et moi étions par trop turbulents, maman avait une expression bien à elle parfaitement mystérieuse : chameau d’ours ! Instantanément nous admettions avoir dépassé les bornes sans comprendre à quel genre de monstre chimérique nous étions comparés. Quand se profilait un semblant de bouderie ou de petit chagrin enfantin, elle parvenait à retourner la situation par une autre formule magique tout aussi sibylline en me demandant de faire : un petit sourire à 4,95 ! Je n’ai jamais eu la curiosité de l’interroger sur la signification de ce chiffre mais j’aime à penser que ces locutions étaient peut-être depuis des générations dans la famille et qu’elle-même en ignorait l’origine et le sens exact tout en sachant toujours en user avec un naturel désarmant au moment opportun.
Maman se plaignait régulièrement du mal que lui causait sa cheville résultant d’un bête accident (elle avait glissé sur un parquet trop bien ciré à son bureau). Àgé d’à peine 4 ans, j’étais triste de la voir allongée dans son lit en pleine journée, le visage voilé par une douleur ou une fatigue, ouvrant ses bras pour que je l’embrasse alors que je fondais en larmes en ne comprenant absolument rien à la situation. C’était dans la maison de Thiais (avant le déménagement sur Paris en 1965) dans une chambre qui forcément m’apparaissait immense, coupée en deux par les rayons d’un soleil d’hiver dans lesquels flottaient en apesanteur d’infimes particules de poussières dorées.
Un demi-siècle plus tard, j’embrassais Maman sur la joue sans savoir qu’il s’agissait de l’ultime fois. Son état psychique pouvait laisser planer un doute sur sa capacité à m’identifier mais je n’ai pas d’autre option que de me convaincre qu’elle reconnut dans ce gros bisou toute la tendresse qu’elle m’avait donnée.
…
Écrire sans trahir est impossible. Les mots pétrifient une infime partie d’un être en l’édulcorant fatalement. Mais les morts ne sont pas les lecteurs et je n’ai pas l’anxiété de ce que Maman (par exemple) pourrait penser en découvrant l’esquisse de sa vie et de ce qui pourrait éventuellement la blesser bien malgré moi. Pour les vivants, c’est une autre histoire que de brosser un portrait figé dans le temps du moment de l’écriture en sachant qu’il produira un effet dans la réalité suite à sa prévisible lecture. C’est pourquoi je ne peux qu’évoquer l’essentiel - bel oxymore ! - pour témoigner de mon grand et indéfectible amour pour Isa et Solène…
Isabelle.
Beauté, charme, humour à plusieurs degrés, double intelligence (du cerveau et du coeur), tendresse.
L’authentique coup de foudre est celui qui embrase pour toujours (et non l’éclat aveuglant d’une histoire brève). L’amour quotidien depuis bientôt 40 ans est l’aventure ultime valant d’être vécue. Si je suis l’architecte et le bâtisseur de l’édifice symbolisant mon destin, Isabelle en est incontestablement la clef de voûte qui a permit qu’il s’accomplisse et l’antidote au néant des insolubles questions existentielles.
Solène.
Beauté, charme, humour à plusieurs degrés, double intelligence (du cerveau et du coeur), tendresse.
Les mêmes qualités que sa Mère - quel hasard!.
Son apparition comme par enchantement fut la sublimation d’un grand amour en une promesse d’éternité.
Depuis, j’ai vécu dans la joie toujours renouvelée d’être père, fier de constater ses progrès jusqu’à la conquête de son indépendance et l’expérience de la liberté totale qui en découle. Au fond de son coeur, Solène distingue l'éphémère de l'intemporel afin de toujours protéger, partager et chérir le précieux trésor de notre complicité.
Écrire sans trahir est impossible. Les mots pétrifient une infime partie d’un être en l’édulcorant fatalement. Mais les morts ne sont pas les lecteurs et je n’ai pas l’anxiété de ce que Maman (par exemple) pourrait penser en découvrant l’esquisse de sa vie et de ce qui pourrait éventuellement la blesser bien malgré moi. Pour les vivants, c’est une autre histoire que de brosser un portrait figé dans le temps du moment de l’écriture en sachant qu’il produira un effet dans la réalité suite à sa prévisible lecture. C’est pourquoi je ne peux qu’évoquer l’essentiel - bel oxymore ! - pour témoigner de mon grand et indéfectible amour pour Isa et Solène…
Isabelle.
Beauté, charme, humour à plusieurs degrés, double intelligence (du cerveau et du coeur), tendresse.
L’authentique coup de foudre est celui qui embrase pour toujours (et non l’éclat aveuglant d’une histoire brève). L’amour quotidien depuis bientôt 40 ans est l’aventure ultime valant d’être vécue. Si je suis l’architecte et le bâtisseur de l’édifice symbolisant mon destin, Isabelle en est incontestablement la clef de voûte qui a permit qu’il s’accomplisse et l’antidote au néant des insolubles questions existentielles.
Solène.
Beauté, charme, humour à plusieurs degrés, double intelligence (du cerveau et du coeur), tendresse.
Les mêmes qualités que sa Mère - quel hasard!.
Son apparition comme par enchantement fut la sublimation d’un grand amour en une promesse d’éternité.
Depuis, j’ai vécu dans la joie toujours renouvelée d’être père, fier de constater ses progrès jusqu’à la conquête de son indépendance et l’expérience de la liberté totale qui en découle. Au fond de son coeur, Solène distingue l'éphémère de l'intemporel afin de toujours protéger, partager et chérir le précieux trésor de notre complicité.
BEAUTÉ
La beauté plutôt que le beau.
La beauté nous console du monde.
L’art révèle la beauté cachée de la réalité poétique qui est partout présente à tout instant (épiphanie).
La beauté est immanente lorsque je décide de la distinguer dans la réalité selon mes critères subjectifs (Marcel Duchamp) ou transcendante quand elle surgit ex abrupto absolument évidente.
L’œuvre d’art n’est pas un objet mais un moment, celui de la rencontre avec le spectateur (la plus belle des statues encore sous les sables d’Égypte n’existe pas).
Le plaisir que procure la beauté est l’oasis du moment présent dans le désert de l’ennui.
La beauté du monde est l’antidote au poison du nihilisme.
La quête esthétique remplace celle de Dieu dont l’invention permettait d’espérer qu’un paradis existe au-delà de l’enfer qui est sur terre (les damnés étant ceux qui se réincarnent).
L’art plutôt que la science sans conscience pour fonder une nouvelle espérance en l’humanité.
Une euphorie préside souvent à l’acte créateur mais il arrive aussi qu’elle ne soit présente que dans le soulagement d’en avoir terminé.
L’absence totale de jouissance avant, pendant ou après la création est un sérieux symptôme de mélancolie.
Kafka reconnaît que ses tourments n’existent qu’en rapport à des moments d’extase fugitifs (dans les lettres à Milena).
Le constant déséquilibre entre souffrance et plaisir est le début et la fin de toute inspiration créative.
La beauté plutôt que le beau.
La beauté nous console du monde.
L’art révèle la beauté cachée de la réalité poétique qui est partout présente à tout instant (épiphanie).
La beauté est immanente lorsque je décide de la distinguer dans la réalité selon mes critères subjectifs (Marcel Duchamp) ou transcendante quand elle surgit ex abrupto absolument évidente.
L’œuvre d’art n’est pas un objet mais un moment, celui de la rencontre avec le spectateur (la plus belle des statues encore sous les sables d’Égypte n’existe pas).
Le plaisir que procure la beauté est l’oasis du moment présent dans le désert de l’ennui.
La beauté du monde est l’antidote au poison du nihilisme.
La quête esthétique remplace celle de Dieu dont l’invention permettait d’espérer qu’un paradis existe au-delà de l’enfer qui est sur terre (les damnés étant ceux qui se réincarnent).
L’art plutôt que la science sans conscience pour fonder une nouvelle espérance en l’humanité.
Une euphorie préside souvent à l’acte créateur mais il arrive aussi qu’elle ne soit présente que dans le soulagement d’en avoir terminé.
L’absence totale de jouissance avant, pendant ou après la création est un sérieux symptôme de mélancolie.
Kafka reconnaît que ses tourments n’existent qu’en rapport à des moments d’extase fugitifs (dans les lettres à Milena).
Le constant déséquilibre entre souffrance et plaisir est le début et la fin de toute inspiration créative.
De la cité idéale, Platon exclut les artistes car à l’opposé de l’artisan qui fabrique une chaise sur laquelle on peut s’asseoir celui qui la dessine ne fait que tromper les sens et s’éloigne ainsi du beau qui est le vrai (exemple de la fresque représentant des cerises trompant les oiseaux qui s’assomment en heurtant le mur avec le bec).
La tyrannie des canons de la beauté.
L’injustice de la laideur physique.
L’être humain augmenté en beauté.
L’eugénisme esthétique.
La tyrannie des canons de la beauté.
L’injustice de la laideur physique.
L’être humain augmenté en beauté.
L’eugénisme esthétique.
CHAOS
Mes 4 cavaliers de l’apocalypse :
l’ennui, la souffrance, le deuil et le chaos.
Le chaos c’est la peur de la perte de contrôle, de la folie et du néant...
Mes 4 cavaliers de l’apocalypse :
l’ennui, la souffrance, le deuil et le chaos.
Le chaos c’est la peur de la perte de contrôle, de la folie et du néant...
L’entropie c’est l’inexorable et irréversible accroissement du désordre (la goutte de lait dans le café ne reprendra pas sa forme initiale).
Dans un univers chaotique et infini s’accomplit une infinité de cycles de vie clôts sur eux-mêmes : surgissement – croissance – interaction – sénescence – reconfiguration.
Trouver du sens à l’existence c’est penser le monde et se penser soi-même pensant le monde.
Éviter autant que faire se peut la logique binaire en adoptant le principe des jauges pour tous les aspects de notre rapport à la réalité interne et externe. Évaluer et comparer les niveaux des jauges en intégrant si possible les fluctuations dialectiques (s’opérant dans le temps).
Par exemple : crois-je en Dieu ?
À 20 ans je dirais 50 %, à 40 ans 5 % et à 60 ans toujours 5 % (je crois maintenant à une continuité de la conscience post-mortem mais sans Créateur).
Les 3 processus primordiaux :
1 – Action
C’est le travail quotidien : la recherche artistique et l’écriture (voir PROCESS).
2 – Contemplation (qui n’est pas l’inaction).
Percevoir le monde tel qu’il se présente toujours comme une inépuisable source d’enseignement combinée à une infinité de possibilités d’apparition de la beauté.
L’expérience de la nature forcément sublime.
L’extraordinaire beauté spatiotemporelle du grand Canyon (ainsi que les chutes du Niagara lorsqu’on prend conscience que l’érosion fait reculer lentement mais sûrement l’ensemble du site vers l’amont).
L’expérience de l’art.
Admirer les œuvres anciennes et contemporaines implique de vivre où elles se trouvent le plus souvent accessibles (musées, expositions temporaires, galeries), soit essentiellement à New York, Paris ou Londres.
Seule l’assiduité dans les lieux d’exposition permet d’affiner son discernement dans l’acquisition sensible des œuvres (sur un écran, impossible de juger, par exemple, à sa juste valeur une rétrospective d’un sculpteur comme Thomas Schütte ou d’un photographe privilégiant les très grands tirages tel Wolfgang Tillmans)
La formation continue intellectuelle.
On peut choisir la connaissance, c’est difficile ; on peut préférer l’ignorance, c’est encore plus difficile.
Il est préférable de savoir un peu de tout que tout d’une seule chose.
On ne finit pas expert mais juste un peu moins stupide.
Jeune adulte, on est défini par nos connaissances, vieux par nos lacunes. Faire la liste de ses ignorances plutôt que celles de ce que l’on croit connaître, pour dresser un autoportrait en creux sans doute moins flatteur (voire décourageant) mais bien plus juste.
Ceux qui ont un gros marteau dans la main voient tout en forme de clous ou si les triangles créaient un dieu, ils lui donneraient 3 côtés (Montesquieu, Les lettres persanes)
Au pays des aveugles les borgnes sont rois.
Les biais cognitifs les plus sournois : le biais de confirmation (de ses propres idées ou hypothèses) et le biais de normalité (minimiser les avertissements).
Ne jamais se départir d’une approche dialectique : ceci est peut-être vrai mais pour combien de temps ?
Source de connaissance primordiale : autrui.
L’amitié intellectuelle entre Étienne de la Boétie et Montaigne.
Un élève n’est jamais soumis lorsque le maître inspire le respect.
S’auto-instruire toute sa vie auprès des maîtres à penser – à bien penser – afin de poursuivre en l’enrichissant sa propre recherche philosophique toujours unique en son genre.
3 – L’introspection.
La classique injonction « connais-toi toi-même » passe par l’expérience que l’on fait de la vie combinée à une perpétuelle quête philosophique.
S’auto-évaluer sans se mentir.
Wittgenstein : les jeux de langage (voir JEU).
Dans un univers chaotique et infini s’accomplit une infinité de cycles de vie clôts sur eux-mêmes : surgissement – croissance – interaction – sénescence – reconfiguration.
Trouver du sens à l’existence c’est penser le monde et se penser soi-même pensant le monde.
Éviter autant que faire se peut la logique binaire en adoptant le principe des jauges pour tous les aspects de notre rapport à la réalité interne et externe. Évaluer et comparer les niveaux des jauges en intégrant si possible les fluctuations dialectiques (s’opérant dans le temps).
Par exemple : crois-je en Dieu ?
À 20 ans je dirais 50 %, à 40 ans 5 % et à 60 ans toujours 5 % (je crois maintenant à une continuité de la conscience post-mortem mais sans Créateur).
Les 3 processus primordiaux :
1 – Action
C’est le travail quotidien : la recherche artistique et l’écriture (voir PROCESS).
2 – Contemplation (qui n’est pas l’inaction).
Percevoir le monde tel qu’il se présente toujours comme une inépuisable source d’enseignement combinée à une infinité de possibilités d’apparition de la beauté.
L’expérience de la nature forcément sublime.
L’extraordinaire beauté spatiotemporelle du grand Canyon (ainsi que les chutes du Niagara lorsqu’on prend conscience que l’érosion fait reculer lentement mais sûrement l’ensemble du site vers l’amont).
L’expérience de l’art.
Admirer les œuvres anciennes et contemporaines implique de vivre où elles se trouvent le plus souvent accessibles (musées, expositions temporaires, galeries), soit essentiellement à New York, Paris ou Londres.
Seule l’assiduité dans les lieux d’exposition permet d’affiner son discernement dans l’acquisition sensible des œuvres (sur un écran, impossible de juger, par exemple, à sa juste valeur une rétrospective d’un sculpteur comme Thomas Schütte ou d’un photographe privilégiant les très grands tirages tel Wolfgang Tillmans)
La formation continue intellectuelle.
On peut choisir la connaissance, c’est difficile ; on peut préférer l’ignorance, c’est encore plus difficile.
Il est préférable de savoir un peu de tout que tout d’une seule chose.
On ne finit pas expert mais juste un peu moins stupide.
Jeune adulte, on est défini par nos connaissances, vieux par nos lacunes. Faire la liste de ses ignorances plutôt que celles de ce que l’on croit connaître, pour dresser un autoportrait en creux sans doute moins flatteur (voire décourageant) mais bien plus juste.
Ceux qui ont un gros marteau dans la main voient tout en forme de clous ou si les triangles créaient un dieu, ils lui donneraient 3 côtés (Montesquieu, Les lettres persanes)
Au pays des aveugles les borgnes sont rois.
Les biais cognitifs les plus sournois : le biais de confirmation (de ses propres idées ou hypothèses) et le biais de normalité (minimiser les avertissements).
Ne jamais se départir d’une approche dialectique : ceci est peut-être vrai mais pour combien de temps ?
Source de connaissance primordiale : autrui.
L’amitié intellectuelle entre Étienne de la Boétie et Montaigne.
Un élève n’est jamais soumis lorsque le maître inspire le respect.
S’auto-instruire toute sa vie auprès des maîtres à penser – à bien penser – afin de poursuivre en l’enrichissant sa propre recherche philosophique toujours unique en son genre.
3 – L’introspection.
La classique injonction « connais-toi toi-même » passe par l’expérience que l’on fait de la vie combinée à une perpétuelle quête philosophique.
S’auto-évaluer sans se mentir.
Wittgenstein : les jeux de langage (voir JEU).
Chaque destin doit s’auto-réaliser en toute liberté.
La liberté individuelle selon Nietzsche réside dans l’élan vital comparé à la liane dans la jungle montant inexorablement vers la canopée pour trouver la lumière.
L’éternel retour est l’acceptation que chaque moment a déjà été et sera vécu une infinité de fois.
Pour Albert Camus, l’absurdité de l’existence (Sisyphe recommençant éternellement la même tâche inutile) ne laisse que l’alternative du suicide ou du combat.
(pour prolonger sur l’introspection voir MÉDITATION et STOÏCISME).
La liberté individuelle selon Nietzsche réside dans l’élan vital comparé à la liane dans la jungle montant inexorablement vers la canopée pour trouver la lumière.
L’éternel retour est l’acceptation que chaque moment a déjà été et sera vécu une infinité de fois.
Pour Albert Camus, l’absurdité de l’existence (Sisyphe recommençant éternellement la même tâche inutile) ne laisse que l’alternative du suicide ou du combat.
(pour prolonger sur l’introspection voir MÉDITATION et STOÏCISME).
DESSIN
Le paradis perdu de l’enfance.
Tout a sans doute commencé par le rituel des dimanches matins de mon enfance lorsque Papa préparait la table du salon pour s’adonner à sa passion du dessin en alignant crayons, pinceaux, plumes, encre de Chine, tubes de peintures, gobelets, chiffons et des piles de différents papiers (dont les incontournables pochettes Canson).
Je m’installais à ses côtés pour dessiner et je n’ai pas cessé depuis…
Suite à un déménagement improvisé dans la hâte, quasiment toute ma production a été perdue dont les grands formats raisin (50 cm x 65 cm) pour lesquels j’avais poussé jusqu’à l’extrême efficacité une manière de dessiner machinalement un petit personnage facile à dupliquer très rapidement afin que s’affrontent de véritables armées dans les batailles de Napoléon les plus célèbres.
À Penninghen (l’école d’art graphique), on m’a enseigné d’instructives techniques académiques d’après l’Antique (modèles de statues grecques) ou dans les séances de croquis de nus et ce fut un vrai plaisir que de parvenir à une certaine maîtrise du réalisme mais cela m’a surtout édifié sur ce que je ne voulais pas faire.
Plus tard, la plus enrichissante expérience du dessin fut l’utilisation quotidienne du carnet à dessin portatif qui abolissait le vertige de la page blanche en faisant cohabiter les croquis sur le vif, les dessins de pure imagination, de mystérieux gribouillis, des débuts de bd, des brouillons d’écriture, des listes de Best of, des To do list, des esquisses pour des sculptures, des installations, des idées de design d’objets etc. (j’ai scanné plus tard l’ensemble des pages des carnets pour les réunir dans de grands assemblages inédits).
Le paradis perdu de l’enfance.
Tout a sans doute commencé par le rituel des dimanches matins de mon enfance lorsque Papa préparait la table du salon pour s’adonner à sa passion du dessin en alignant crayons, pinceaux, plumes, encre de Chine, tubes de peintures, gobelets, chiffons et des piles de différents papiers (dont les incontournables pochettes Canson).
Je m’installais à ses côtés pour dessiner et je n’ai pas cessé depuis…
Suite à un déménagement improvisé dans la hâte, quasiment toute ma production a été perdue dont les grands formats raisin (50 cm x 65 cm) pour lesquels j’avais poussé jusqu’à l’extrême efficacité une manière de dessiner machinalement un petit personnage facile à dupliquer très rapidement afin que s’affrontent de véritables armées dans les batailles de Napoléon les plus célèbres.
À Penninghen (l’école d’art graphique), on m’a enseigné d’instructives techniques académiques d’après l’Antique (modèles de statues grecques) ou dans les séances de croquis de nus et ce fut un vrai plaisir que de parvenir à une certaine maîtrise du réalisme mais cela m’a surtout édifié sur ce que je ne voulais pas faire.
Plus tard, la plus enrichissante expérience du dessin fut l’utilisation quotidienne du carnet à dessin portatif qui abolissait le vertige de la page blanche en faisant cohabiter les croquis sur le vif, les dessins de pure imagination, de mystérieux gribouillis, des débuts de bd, des brouillons d’écriture, des listes de Best of, des To do list, des esquisses pour des sculptures, des installations, des idées de design d’objets etc. (j’ai scanné plus tard l’ensemble des pages des carnets pour les réunir dans de grands assemblages inédits).
Le dessin et le modelage (pâte à modeler) sont les arts de l’enfance.
L’économie des moyens requis pour ces deux activités et l’infinité des possibilités offertes par ces médiums simples expliquent qu’ils furent les premiers à être utilisés à l’aube de l’humanité et qu’ils soient universellement pratiqués par les enfants.
Tout un chacun expérimente ces formes d’actions créatrices innées consistant à barbouiller la feuille blanche et à malaxer la masse informe de pâte à modeler.
Ce plaisir d’obtenir des résultats instantanément jouissifs est peu à peu délaissé car considéré, à tort, comme trop simples et puérils.
Les quelques gribouillis et rares modelages ayant parfois échappé aux rituels nettoyages de printemps ou aux déménagements sont de véritables rescapés du paradis perdu de notre petite enfance.
Ils témoignent d’un impérieux désir de s’exprimer qui nous fut commun mais que seuls les chanceux ou les têtus sont parvenus à conserver face aux impératifs de rendement du système éducatif puis aux implacables nécessités de la vie.
À l’âge adulte, dans la pratique du dessin et du modelage – la terre malléable qui s’auto-durcit ayant éventuellement remplacé la pâte à modeler – il est possible de retrouver une forme d’innocence en considérant tout ce qui a été appris comme un fardeau à oublier dans le but de découvrir des passages secrets vers l’authenticité des origines.
Il ne s’agit pas de feindre la naïveté mais plus simplement de reprendre les choses dans l’état où elles ont été abandonnées dans l’enfance.
Comme le prouvent certaines productions enfantines – certes rares mais le fait est certain – la valeur d’une œuvre ne dépend ni de l’âge de son auteur ni d’une quelconque dextérité technique acquise.
Les dessins des amateurs sont aussi parfois exceptionnels n’ayant rien à envier aux artistes professionnels si ce n’est, bien entendu, la capacité de ces derniers à répéter l’exploit.
L’économie des moyens requis pour ces deux activités et l’infinité des possibilités offertes par ces médiums simples expliquent qu’ils furent les premiers à être utilisés à l’aube de l’humanité et qu’ils soient universellement pratiqués par les enfants.
Tout un chacun expérimente ces formes d’actions créatrices innées consistant à barbouiller la feuille blanche et à malaxer la masse informe de pâte à modeler.
Ce plaisir d’obtenir des résultats instantanément jouissifs est peu à peu délaissé car considéré, à tort, comme trop simples et puérils.
Les quelques gribouillis et rares modelages ayant parfois échappé aux rituels nettoyages de printemps ou aux déménagements sont de véritables rescapés du paradis perdu de notre petite enfance.
Ils témoignent d’un impérieux désir de s’exprimer qui nous fut commun mais que seuls les chanceux ou les têtus sont parvenus à conserver face aux impératifs de rendement du système éducatif puis aux implacables nécessités de la vie.
À l’âge adulte, dans la pratique du dessin et du modelage – la terre malléable qui s’auto-durcit ayant éventuellement remplacé la pâte à modeler – il est possible de retrouver une forme d’innocence en considérant tout ce qui a été appris comme un fardeau à oublier dans le but de découvrir des passages secrets vers l’authenticité des origines.
Il ne s’agit pas de feindre la naïveté mais plus simplement de reprendre les choses dans l’état où elles ont été abandonnées dans l’enfance.
Comme le prouvent certaines productions enfantines – certes rares mais le fait est certain – la valeur d’une œuvre ne dépend ni de l’âge de son auteur ni d’une quelconque dextérité technique acquise.
Les dessins des amateurs sont aussi parfois exceptionnels n’ayant rien à envier aux artistes professionnels si ce n’est, bien entendu, la capacité de ces derniers à répéter l’exploit.
Dessin de Solène, 7 ans.
On peut faire le tour des maternelles ou proposer tous les jours à des amateurs de dessiner pour être certain de récolter quelques dessins réussis mais on ne peut pas obtenir automatiquement un résultat similaire en allant dans une seule école tous les jours ou lors d’une unique soirée entre amis exceptionnellement armés de crayons.
Pourtant un groupe d’homo sapiens réunis par le hasard au paléolithique (sur une durée plus ou moins longue mais peu importe) dessinent sur les parois de la grotte de Lascaux sans produire de mauvais dessins. Pourquoi n’y a-t-il pas au moins un cheval maladroitement esquissé ou un taureau un peu ridicule dans ses proportions ?
L’harmonie constamment parfaite entre le projet et sa parfaite exécution est la véritable énigme de l’art rupestre. On aurait pu avancer que Lascaux est un lieu unique en son genre comme la chapelle Sixtine ou tout autre singulier chef-d’œuvre mais l’exception est en réalité la norme puisque le mystère de l’absence de propositions visuelles bâclées ou ratées est aussi grand à Chauvet ou à Cosquer.
Qu’est-ce que c’est qu’un bon dessin ?
La bonne question… piège.
Dessin d’enfant, de fou ou d’amateur, le fait est que nous sommes tous potentiellement capables de produire (au moins une fois) un dessin « réussi ».
Depuis longtemps, sinon depuis toujours, la qualité d’un dessin ne réside pas seulement dans la virtuosité.
La force et la vérité d’un dessin résident dans une adéquation apparaissant comme évidente entre une intention pourtant mystérieuse et son expression formelle.
Pourtant un groupe d’homo sapiens réunis par le hasard au paléolithique (sur une durée plus ou moins longue mais peu importe) dessinent sur les parois de la grotte de Lascaux sans produire de mauvais dessins. Pourquoi n’y a-t-il pas au moins un cheval maladroitement esquissé ou un taureau un peu ridicule dans ses proportions ?
L’harmonie constamment parfaite entre le projet et sa parfaite exécution est la véritable énigme de l’art rupestre. On aurait pu avancer que Lascaux est un lieu unique en son genre comme la chapelle Sixtine ou tout autre singulier chef-d’œuvre mais l’exception est en réalité la norme puisque le mystère de l’absence de propositions visuelles bâclées ou ratées est aussi grand à Chauvet ou à Cosquer.
Qu’est-ce que c’est qu’un bon dessin ?
La bonne question… piège.
Dessin d’enfant, de fou ou d’amateur, le fait est que nous sommes tous potentiellement capables de produire (au moins une fois) un dessin « réussi ».
Depuis longtemps, sinon depuis toujours, la qualité d’un dessin ne réside pas seulement dans la virtuosité.
La force et la vérité d’un dessin résident dans une adéquation apparaissant comme évidente entre une intention pourtant mystérieuse et son expression formelle.
ÉNIGME
C’est l’un des plus fascinants phénomènes de combustion interne qui pousse un créateur à élaborer avec une précision d’horloger certaines procédures, à privilégier l’usage de tel médium et à être fasciné par des sujets rigoureusement délimités sans qu’il puisse nécessairement expliquer l’origine de ses choix et encore moins les justifier.
Le mystère ne doit pas être confondu avec l’opacité, car l’obscurité c’est le néant tandis que le mystère n’existe qu’entouré d’excitants indices d’intensités variables mais bien présents.
Dans l’ensemble d’une œuvre, l’énigme prend la forme d’un labyrinthe comportant une infinité de chemins possibles.
S’égarer, c’est produire sciemment de la complexité incompréhensible.
Penser qu’une œuvre réussie exige la consultation d’un volumineux mode d’emploi est autant une erreur que de croire qu’une œuvre nécessitant une explication est ratée.
Les deux écueils consistent d’une part à sombrer dans l’intellectualisme sibyllin et d’autre part à délivrer un message trop explicite.
Afin de laisser opérer la transmutation du plomb en or, il est contre-productif de vouloir tout contrôler.
Le mystère est indispensable pour ménager un accès par lequel se glissera subrepticement une autre subjectivité, celle du spectateur.
Une proposition ouverte à l’interprétation enclenche un processus également créatif chez le spectateur et c’est à ce moment précis, dans cet entre-deux activé de la contreforme de l’espace réel et mental, que réside la réalité vivante de la vérité de l’œuvre.
L’œuvre énigmatique comporte autant de solutions qu’il existe d’enquêteurs.
Chacun peut se combiner avec l’œuvre en y associant sa sensibilité, son intelligence, ses connaissances, ses expériences et ainsi exercer sa propre capacité à inventer, imaginer, extrapoler, à apporter de la poésie et de l’impondérable…
La voûte étoilée d’une nuit d’été est objectivement magnifique mais atteint le sublime si l’observateur attribue à l’un des points lumineux le nom d’un être aimé ou une espérance blottie au fond de son âme ou tout autre projection radicalement subjective.
Il n’y a création qu’à partir du dévoilement à autrui de l’œuvre et non dans le secret de la cervelle de l’artiste esseulé en sa tour d’ivoire.
Dans les magnifiques peintures noires de Goya on devine la présence d’une vérité sur l’âme humaine sans qu’il soit possible d’en révéler la nature exacte.
Face à cette mystérieuse complexité esthétique, un phénomène de type ondulatoire se produit à la surface de notre conscience dévoilant les contours d’un continent jusqu’alors inconnu entre onirisme et réalisme dont nous pouvons commencer à imaginer l’exploration.
N’ayant rien construit mais imaginant dans ses grands dessins un univers architectural d’une rare beauté et des séries de portraits allégoriques extrêmement percutants, Jean-Jacques Lequeu (1757-1826) est le parfait exemple de l’artiste génial qui a proposé une œuvre aussi sublime qu’énigmatique.
« L’origine du monde », l’œuvre provocante de Gustave Courbet est sans doute inspirée des estampes érotiques (parfois pornographiques) de Jean-Jacques Lequeu.
Le fameux tableau aurait été en possession de Marcel Duchamp, ce qui permet d’envisager une secrète, fascinante et féconde filiation intellectuelle.
C’est l’un des plus fascinants phénomènes de combustion interne qui pousse un créateur à élaborer avec une précision d’horloger certaines procédures, à privilégier l’usage de tel médium et à être fasciné par des sujets rigoureusement délimités sans qu’il puisse nécessairement expliquer l’origine de ses choix et encore moins les justifier.
Le mystère ne doit pas être confondu avec l’opacité, car l’obscurité c’est le néant tandis que le mystère n’existe qu’entouré d’excitants indices d’intensités variables mais bien présents.
Dans l’ensemble d’une œuvre, l’énigme prend la forme d’un labyrinthe comportant une infinité de chemins possibles.
S’égarer, c’est produire sciemment de la complexité incompréhensible.
Penser qu’une œuvre réussie exige la consultation d’un volumineux mode d’emploi est autant une erreur que de croire qu’une œuvre nécessitant une explication est ratée.
Les deux écueils consistent d’une part à sombrer dans l’intellectualisme sibyllin et d’autre part à délivrer un message trop explicite.
Afin de laisser opérer la transmutation du plomb en or, il est contre-productif de vouloir tout contrôler.
Le mystère est indispensable pour ménager un accès par lequel se glissera subrepticement une autre subjectivité, celle du spectateur.
Une proposition ouverte à l’interprétation enclenche un processus également créatif chez le spectateur et c’est à ce moment précis, dans cet entre-deux activé de la contreforme de l’espace réel et mental, que réside la réalité vivante de la vérité de l’œuvre.
L’œuvre énigmatique comporte autant de solutions qu’il existe d’enquêteurs.
Chacun peut se combiner avec l’œuvre en y associant sa sensibilité, son intelligence, ses connaissances, ses expériences et ainsi exercer sa propre capacité à inventer, imaginer, extrapoler, à apporter de la poésie et de l’impondérable…
La voûte étoilée d’une nuit d’été est objectivement magnifique mais atteint le sublime si l’observateur attribue à l’un des points lumineux le nom d’un être aimé ou une espérance blottie au fond de son âme ou tout autre projection radicalement subjective.
Il n’y a création qu’à partir du dévoilement à autrui de l’œuvre et non dans le secret de la cervelle de l’artiste esseulé en sa tour d’ivoire.
Dans les magnifiques peintures noires de Goya on devine la présence d’une vérité sur l’âme humaine sans qu’il soit possible d’en révéler la nature exacte.
Face à cette mystérieuse complexité esthétique, un phénomène de type ondulatoire se produit à la surface de notre conscience dévoilant les contours d’un continent jusqu’alors inconnu entre onirisme et réalisme dont nous pouvons commencer à imaginer l’exploration.
N’ayant rien construit mais imaginant dans ses grands dessins un univers architectural d’une rare beauté et des séries de portraits allégoriques extrêmement percutants, Jean-Jacques Lequeu (1757-1826) est le parfait exemple de l’artiste génial qui a proposé une œuvre aussi sublime qu’énigmatique.
« L’origine du monde », l’œuvre provocante de Gustave Courbet est sans doute inspirée des estampes érotiques (parfois pornographiques) de Jean-Jacques Lequeu.
Le fameux tableau aurait été en possession de Marcel Duchamp, ce qui permet d’envisager une secrète, fascinante et féconde filiation intellectuelle.
FÉMINISME
Le féminisme est la plus grande révolution anthropologique depuis la sédentarisation il y a 10 000 ans. Depuis le début, le masculin a créé et imposé une société déséquilibrée, trop à son image, privilégiant donc l’agressivité dans la compétition suscitée par le désir mimétique d’être le mâle alpha. Le pouvoir (réel ou symbolique) et l’argent sont érigés en critères ultimes de réussite dans le système phallocratique et patriarcal qui perdure. Les hommes devraient enfin reconnaître l’échec de leur modèle de civilisation mortifère basée sur des archaïsmes comportementaux impliquant l’élimination des rivaux quitte à risquer l’extinction de l’espèce.
Il ne faut pas espérer des hommes qu’ils se déconstruisent (comme l’exigent des extrémistes dans une équivoque quête de pureté) mais il est temps qu’ils abandonnent le pouvoir réel (au moins pour un temps) en le dissociant des valeurs masculines. On conservera la virilité dans les jeux de séduction au même titre que la féminité pour les femmes.
Les femmes ne détiennent pas l’exclusivité de certaines qualités dites « féminines » mais en sont naturellement mieux pourvues :
empathie, compassion, communication, intelligence émotionnelle, patience, non-violence, collaboration…
Dans leur propagande habituelle les hommes dénigrent et rabaissent ces qualités au rang des accessoires inutiles alors qu’elles sont exactement ce dont nous avons urgemment besoin pour sauver l’humanité.
La quête d’égalité (malheureusement toujours d’actualité) du féminisme historique dans une société conçue par les hommes est devenu un piège pour les femmes.
Le féminisme est la plus grande révolution anthropologique depuis la sédentarisation il y a 10 000 ans. Depuis le début, le masculin a créé et imposé une société déséquilibrée, trop à son image, privilégiant donc l’agressivité dans la compétition suscitée par le désir mimétique d’être le mâle alpha. Le pouvoir (réel ou symbolique) et l’argent sont érigés en critères ultimes de réussite dans le système phallocratique et patriarcal qui perdure. Les hommes devraient enfin reconnaître l’échec de leur modèle de civilisation mortifère basée sur des archaïsmes comportementaux impliquant l’élimination des rivaux quitte à risquer l’extinction de l’espèce.
Il ne faut pas espérer des hommes qu’ils se déconstruisent (comme l’exigent des extrémistes dans une équivoque quête de pureté) mais il est temps qu’ils abandonnent le pouvoir réel (au moins pour un temps) en le dissociant des valeurs masculines. On conservera la virilité dans les jeux de séduction au même titre que la féminité pour les femmes.
Les femmes ne détiennent pas l’exclusivité de certaines qualités dites « féminines » mais en sont naturellement mieux pourvues :
empathie, compassion, communication, intelligence émotionnelle, patience, non-violence, collaboration…
Dans leur propagande habituelle les hommes dénigrent et rabaissent ces qualités au rang des accessoires inutiles alors qu’elles sont exactement ce dont nous avons urgemment besoin pour sauver l’humanité.
La quête d’égalité (malheureusement toujours d’actualité) du féminisme historique dans une société conçue par les hommes est devenu un piège pour les femmes.
L’invention de l’art.
Il est plus logique d’imaginer que ce sont les femmes qui ont inventé l’art car elles en avaient tout simplement le temps avant et après un accouchement. Comme tous les membres de la tribu, elles étaient sans cesse occupées à toutes sortes d’activités dont la chasse mais vivaient aussi ce moment singulier qui pouvait être consacré non seulement à penser le monde dans la collective gynécée primitive mais sans doute aussi à le représenter en dessinant sur les parois des grottes (ou en sculptant ce qui pourrait naturellement être des autoportraits telles les Vénus de Laussel, de Willendorf, de Brassempou, etc.).
Il est plus logique d’imaginer que ce sont les femmes qui ont inventé l’art car elles en avaient tout simplement le temps avant et après un accouchement. Comme tous les membres de la tribu, elles étaient sans cesse occupées à toutes sortes d’activités dont la chasse mais vivaient aussi ce moment singulier qui pouvait être consacré non seulement à penser le monde dans la collective gynécée primitive mais sans doute aussi à le représenter en dessinant sur les parois des grottes (ou en sculptant ce qui pourrait naturellement être des autoportraits telles les Vénus de Laussel, de Willendorf, de Brassempou, etc.).
Tout a peut-être commencé comme cela :
Il y a 40 000 ans, deux femmes de Néandertal sont en équilibre sur un rocher au milieu du torrent pour attraper les saumons. La pêche acrobatique au milieu du tumulte des eaux vives provoque entre X et Y une jouissive et inédite complicité. Mais soudain Y glisse, tombe à l’eau. Sa tête qui a frappé le fond resurgit au loin sanguinolente puis disparaît dans le terrifiant bouillonnement. Un point de souffrance insupportable vrille le cœur de X. La mort dans l’âme, elle regagne la grotte à flanc de falaise qui héberge la tribu.
Toute la nuit, la douleur lui compresse le cerveau et le lendemain, postée au bord du précipice, elle le scrute comme jamais elle ne l’avait fait auparavant avec autant d’acuité les moindres détails du vaste panorama qui s’étend devant ses yeux fatigués par l’insomnie. Au loin dans la plaine, les plus costauds et les plus habiles, mâles ou femelles, chassent toutes sortes d’animaux tandis que d’autres comme figés dans le paysage collectent les boules rouges sucrées. X a le sentiment étrange de ne plus appartenir à ce monde extérieur à la grotte dans laquelle elle préfère s’isoler pour se consacrer à une nouvelle occupation dont l’inspiration lui est venue dans l’ennui d’une triste solitude.
Elle passe dorénavant le plus clair de son temps à tracer des lignes avec un charbon de bois sur les parois minérales...
On le lui reproche sans ménagement car elle n’était pas la plus maladroite à la chasse et depuis plusieurs jours, on revient bredouille. Alors X se lève et devant l’assistance des australopithèques éberlués, dessine une magnifique antilope à taille réelle plus vraie que nature. Dès le lendemain, une flopée d’antilopes se font piéger et on la laisse tranquille car on fait confusément un rapprochement.
X continua à barbouiller tranquillement les moindres recoins de la grotte en diversifiant les techniques mais esseulée, elle commençait à se lasser…
Un beau matin, Z, une femme enceinte qui n’avait cessé de l’observer depuis plusieurs jours, traça la petite silhouette d’un être humain courant derrière un taureau dessiné par X pour qui ce fut une révélation.
Les semaines qui suivirent sont vécues dans le plaisir partagé d’une double production effrénée mais la caverne étant presque entièrement recouverte de peintures, l’activité créatrice diminua progressivement puis cessa. On ne peut leur jeter la pierre car à l’âge du même nom il y avait quand même d’autres chats sauvages à fouetter et encore pas mal de choses absolument utiles à inventer…
En cette année (- 38 000) l’hiver fut rude et Z, d’une nature fragile, n’y survécut pas...
On la trouva complètement gelée dans un goulet d’étranglement par où elle s’était glissée pour dessiner un minuscule bison exactement à l’endroit bosselé qui accentuerait le réalisme de la silhouette. Z était sans nul doute, une perfectionniste…
L’épreuve de cette seconde perte fut extrêmement pénible pour X. À la nuit tombée, elle se perdait dans la contemplation des dessins de Z qui possédaient l’étrange pouvoir de la consoler de son absence en prenant vie sur les parois éclairées par la lumière tremblante du feu. Z n’avait pas réellement disparu puisque ses tracés d’un noir profond ou ses mains négatives (l’une de ses inventions) d’un ocre rouge intense rappelaient le moment de la création magnifiquement figé pour l’éternité.
Cela suscita chez X, l’irrépressible désir de chercher une grotte vierge dans laquelle elle initia ensuite d’autres apprenti(e)s en quête d’immortalité…
Comme celle de la chasse, de l’accouplement ou du feu, la fonction de l’art se trouva, depuis cette époque lointaine, parfaitement comprise par nos ancêtres pas moins intelligents que nous.
Il y a 40 000 ans, deux femmes de Néandertal sont en équilibre sur un rocher au milieu du torrent pour attraper les saumons. La pêche acrobatique au milieu du tumulte des eaux vives provoque entre X et Y une jouissive et inédite complicité. Mais soudain Y glisse, tombe à l’eau. Sa tête qui a frappé le fond resurgit au loin sanguinolente puis disparaît dans le terrifiant bouillonnement. Un point de souffrance insupportable vrille le cœur de X. La mort dans l’âme, elle regagne la grotte à flanc de falaise qui héberge la tribu.
Toute la nuit, la douleur lui compresse le cerveau et le lendemain, postée au bord du précipice, elle le scrute comme jamais elle ne l’avait fait auparavant avec autant d’acuité les moindres détails du vaste panorama qui s’étend devant ses yeux fatigués par l’insomnie. Au loin dans la plaine, les plus costauds et les plus habiles, mâles ou femelles, chassent toutes sortes d’animaux tandis que d’autres comme figés dans le paysage collectent les boules rouges sucrées. X a le sentiment étrange de ne plus appartenir à ce monde extérieur à la grotte dans laquelle elle préfère s’isoler pour se consacrer à une nouvelle occupation dont l’inspiration lui est venue dans l’ennui d’une triste solitude.
Elle passe dorénavant le plus clair de son temps à tracer des lignes avec un charbon de bois sur les parois minérales...
On le lui reproche sans ménagement car elle n’était pas la plus maladroite à la chasse et depuis plusieurs jours, on revient bredouille. Alors X se lève et devant l’assistance des australopithèques éberlués, dessine une magnifique antilope à taille réelle plus vraie que nature. Dès le lendemain, une flopée d’antilopes se font piéger et on la laisse tranquille car on fait confusément un rapprochement.
X continua à barbouiller tranquillement les moindres recoins de la grotte en diversifiant les techniques mais esseulée, elle commençait à se lasser…
Un beau matin, Z, une femme enceinte qui n’avait cessé de l’observer depuis plusieurs jours, traça la petite silhouette d’un être humain courant derrière un taureau dessiné par X pour qui ce fut une révélation.
Les semaines qui suivirent sont vécues dans le plaisir partagé d’une double production effrénée mais la caverne étant presque entièrement recouverte de peintures, l’activité créatrice diminua progressivement puis cessa. On ne peut leur jeter la pierre car à l’âge du même nom il y avait quand même d’autres chats sauvages à fouetter et encore pas mal de choses absolument utiles à inventer…
En cette année (- 38 000) l’hiver fut rude et Z, d’une nature fragile, n’y survécut pas...
On la trouva complètement gelée dans un goulet d’étranglement par où elle s’était glissée pour dessiner un minuscule bison exactement à l’endroit bosselé qui accentuerait le réalisme de la silhouette. Z était sans nul doute, une perfectionniste…
L’épreuve de cette seconde perte fut extrêmement pénible pour X. À la nuit tombée, elle se perdait dans la contemplation des dessins de Z qui possédaient l’étrange pouvoir de la consoler de son absence en prenant vie sur les parois éclairées par la lumière tremblante du feu. Z n’avait pas réellement disparu puisque ses tracés d’un noir profond ou ses mains négatives (l’une de ses inventions) d’un ocre rouge intense rappelaient le moment de la création magnifiquement figé pour l’éternité.
Cela suscita chez X, l’irrépressible désir de chercher une grotte vierge dans laquelle elle initia ensuite d’autres apprenti(e)s en quête d’immortalité…
Comme celle de la chasse, de l’accouplement ou du feu, la fonction de l’art se trouva, depuis cette époque lointaine, parfaitement comprise par nos ancêtres pas moins intelligents que nous.
GO
Le jeu de Go (d'origine chinoise) se distingue radicalement du jeu d’échecs par l’inversion de la relation entre la tactique et la stratégie.
Après seulement
quelques coups joués sur les 64 cases des échecs, c’est un inextricable encombrement de batailles tactiques à partir desquelles il faudra déduire une stratégie (passant par le sacrifice dans les duels). Sur les 361 intersections du Go, les premières pierres jouées sont des occupations de points stratégiques pour contrôler les grands espaces encore vides du Goban (le plateau de jeu) afin de garantir ensuite une supériorité dans les nombreux problèmes tactiques à venir aux « frontières » des territoires.
Les meilleurs coups au Go sont donc ceux prévoyant qu’une position s’avérera cruciale en privilégiant la vue d’ensemble et le long terme (parmi les qualités requises pour l’emporter, une forme d’acuité visuelle est un atout non négligeable).
À l’inverse de batailler jour après jour, le jeu consiste à prendre des risques de grands sauts temporels stratégiques qui ne trouveront leurs justifications que plus tard, voire en toute fin de partie. Au cours de l’existence des décisions telles que s’expatrier, s’engager pour un résultat exigeant des années de réalisation, avoir un enfant (etc.) sont des choix identiques privilégiant le long au court terme.
Il est intéressant d’associer cette stratégie au concept du pli Gilles Deleuze (pour réunir deux points éloignés initialement injoignables) et à l’intrication quantique qui est l’interaction manifeste entre deux particules quelle que soit la distance qui les sépare.
Bien qu’il existe plus de possibilités au Go que de grains de sable sur la planète, le programme Alpha-Go a battu le champion de monde en 2016 (le Coréen Lee Sedol) en innovant dans la stratégie par un coup qu’aucun joueur n’aurait envisagé (on entendit des rires dans le public qui assistait au championnat) et qui s’avérera pourtant être le coup de maître faisant basculer la partie. Lee Sedol déclarera : « je n’ai jamais autant appris en si peu de temps ».
Le Go est l’une des plus belles portes d’accès à la culture Japonaise : sublime raffinement esthétique de la grille asymétrique du Goban pour tenir compte de la perspective (et ainsi créer l’illusion de carrés parfaits)* et des pierres noires opaques face aux pierres blanches brillantes (et ainsi équilibrer la « présence » visuelle de chaque camp !) dans un environnement traditionnel tel le pavillon d’or à Kyoto…
Les parties peuvent durer assez longtemps (3 heures par exemple) sans que l’ennui jamais ne s’immisce.
* Ce qui nécessite de positionner correctement le plateau avant de jouer face à face.
Le jeu de Go (d'origine chinoise) se distingue radicalement du jeu d’échecs par l’inversion de la relation entre la tactique et la stratégie.
Après seulement
quelques coups joués sur les 64 cases des échecs, c’est un inextricable encombrement de batailles tactiques à partir desquelles il faudra déduire une stratégie (passant par le sacrifice dans les duels). Sur les 361 intersections du Go, les premières pierres jouées sont des occupations de points stratégiques pour contrôler les grands espaces encore vides du Goban (le plateau de jeu) afin de garantir ensuite une supériorité dans les nombreux problèmes tactiques à venir aux « frontières » des territoires.
Les meilleurs coups au Go sont donc ceux prévoyant qu’une position s’avérera cruciale en privilégiant la vue d’ensemble et le long terme (parmi les qualités requises pour l’emporter, une forme d’acuité visuelle est un atout non négligeable).
À l’inverse de batailler jour après jour, le jeu consiste à prendre des risques de grands sauts temporels stratégiques qui ne trouveront leurs justifications que plus tard, voire en toute fin de partie. Au cours de l’existence des décisions telles que s’expatrier, s’engager pour un résultat exigeant des années de réalisation, avoir un enfant (etc.) sont des choix identiques privilégiant le long au court terme.
Il est intéressant d’associer cette stratégie au concept du pli Gilles Deleuze (pour réunir deux points éloignés initialement injoignables) et à l’intrication quantique qui est l’interaction manifeste entre deux particules quelle que soit la distance qui les sépare.
Bien qu’il existe plus de possibilités au Go que de grains de sable sur la planète, le programme Alpha-Go a battu le champion de monde en 2016 (le Coréen Lee Sedol) en innovant dans la stratégie par un coup qu’aucun joueur n’aurait envisagé (on entendit des rires dans le public qui assistait au championnat) et qui s’avérera pourtant être le coup de maître faisant basculer la partie. Lee Sedol déclarera : « je n’ai jamais autant appris en si peu de temps ».
Le Go est l’une des plus belles portes d’accès à la culture Japonaise : sublime raffinement esthétique de la grille asymétrique du Goban pour tenir compte de la perspective (et ainsi créer l’illusion de carrés parfaits)* et des pierres noires opaques face aux pierres blanches brillantes (et ainsi équilibrer la « présence » visuelle de chaque camp !) dans un environnement traditionnel tel le pavillon d’or à Kyoto…
Les parties peuvent durer assez longtemps (3 heures par exemple) sans que l’ennui jamais ne s’immisce.
* Ce qui nécessite de positionner correctement le plateau avant de jouer face à face.
Maschinengewehr 08
HONNEUR
Dans des premières semaines de la première guerre mondiale, le front ne s’étant pas encore figé le long de tranchées séparées par un no man’s land, les offensives se déroulaient en rase campagne face à des lignes de défenses temporaires constituées de bosquets, de haies ou de taillis à l’orée des bois derrière lesquels, embusqué, on décimait l’ennemi à la mitrailleuse.
Côté allemand, la fameuse Maschinengewehr 08, connaissait un problème de surchauffe du radiateur dégageant de la vapeur d’eau par une soupape, ce qui permettait immanquablement de repérer le tireur dont l’espérance de vie ne dépassait pas la demi-heure, victime d’un tireur d’élite français. Pourtant, considérant qu’il s’agissait d’un privilège et d’un honneur de servir une machine si moderne et performante, les soldats faisaient la queue pour prendre la place.
L’honneur associé à la patrie n’a pas survécu à deux guerres mondiales déclenchées au nom des nationalismes et la notion d’honneur individuel semble avoir suivi le même chemin de l’oubli.
On donnait sa parole d’honneur comme garantie absolue de bonne foi, pour tenir une promesse ou garder un secret.
Pour une certaine idée qu’on se faisait de soi-même, plutôt qu’endurer le déshonneur on était prêt au sacrifice suprême dans un duel ou en préférant se suicider.
Il s’agissait d’une façon de se distinguer de la bassesse ou de la mollesse de caractère et souvent la parole donnée valait certitude sauf à risquer de perdre son irremplaçable réputation d’honnête homme.
Pour éviter de mal se comporter, il convenait de savoir faire son examen de conscience en espérant constater que dans toutes les situations l’honneur avait été sauf.
En tout bien tout honneur, on gagnait l’estime de soi et de celles de ses contemporains.
Au nom de l’honneur, certes, les pires crimes furent commis mais combien de destinées furent par contre heureusement dirigées vers le haut par ce tuteur intérieur ?
Peut-être trouverions-nous avantage à réactiver le potentiel de la puissante notion d’honneur individuel pour redéfinir notre rapport harmonieux au monde, à autrui et à notre être profond.
Ne pas confondre l’honneur avec l’orgueil ou l’arrogance.
Dans des premières semaines de la première guerre mondiale, le front ne s’étant pas encore figé le long de tranchées séparées par un no man’s land, les offensives se déroulaient en rase campagne face à des lignes de défenses temporaires constituées de bosquets, de haies ou de taillis à l’orée des bois derrière lesquels, embusqué, on décimait l’ennemi à la mitrailleuse.
Côté allemand, la fameuse Maschinengewehr 08, connaissait un problème de surchauffe du radiateur dégageant de la vapeur d’eau par une soupape, ce qui permettait immanquablement de repérer le tireur dont l’espérance de vie ne dépassait pas la demi-heure, victime d’un tireur d’élite français. Pourtant, considérant qu’il s’agissait d’un privilège et d’un honneur de servir une machine si moderne et performante, les soldats faisaient la queue pour prendre la place.
L’honneur associé à la patrie n’a pas survécu à deux guerres mondiales déclenchées au nom des nationalismes et la notion d’honneur individuel semble avoir suivi le même chemin de l’oubli.
On donnait sa parole d’honneur comme garantie absolue de bonne foi, pour tenir une promesse ou garder un secret.
Pour une certaine idée qu’on se faisait de soi-même, plutôt qu’endurer le déshonneur on était prêt au sacrifice suprême dans un duel ou en préférant se suicider.
Il s’agissait d’une façon de se distinguer de la bassesse ou de la mollesse de caractère et souvent la parole donnée valait certitude sauf à risquer de perdre son irremplaçable réputation d’honnête homme.
Pour éviter de mal se comporter, il convenait de savoir faire son examen de conscience en espérant constater que dans toutes les situations l’honneur avait été sauf.
En tout bien tout honneur, on gagnait l’estime de soi et de celles de ses contemporains.
Au nom de l’honneur, certes, les pires crimes furent commis mais combien de destinées furent par contre heureusement dirigées vers le haut par ce tuteur intérieur ?
Peut-être trouverions-nous avantage à réactiver le potentiel de la puissante notion d’honneur individuel pour redéfinir notre rapport harmonieux au monde, à autrui et à notre être profond.
Ne pas confondre l’honneur avec l’orgueil ou l’arrogance.
INTEMPORALITÉ
L’éternel retour selon Nietzsche : chaque instant de notre vie est et sera vécu une infinité de fois.
Le Phénix renaissant de ses cendres.
La suite infinie des cycles de la réincarnation.
Être présent c’est être en équilibre entre la mémoire de toutes les expérience passées et l’anticipation dans l’arborescence des possibles.
L’œuvre d’art est le passeport pour l’intemporalité.
Le moment présent de la création n’a de sens que dans le dévoilement d’une beauté potentiellement incorruptible.
L’ultime but est la beauté qui persiste.
L’art éphémère c’est le néant d’une jouissance stérile aussitôt oubliée.
En entretenant l’espoir de la pérennité de l’œuvre au moment même de la création, on s’extrait des contingences de son époque et des injonctions esthétiques à la mode.
Penser que l’art est par essence avant tout intemporel permet non pas de vaincre la mort mais d’en avoir la fantastique illusion.
(voir Metabox dans PROCESS)
La disparition du sacré et du mystère dans le monde moderne.
Le désenchantement du monde tel que Max Weber l’exprime en opposant la religion et la science.
Dans un texte en prose de Baudelaire, il y a ce voyageur dans un train traversant une forêt la nuit qui aperçoit par la fenêtre l’improbable lumière fugitive qui provient d’un feu. Cet événement qui ne dure ici qu’une fraction de seconde était la vibrante réalité d’un mystérieux enchantement du monde dans lequel on s’attardait jadis pour le peupler de rêves et de mythes. Baudelaire invente paradoxalement la modernité en la critiquant radicalement comme une probable décadence.
Plutôt que d’inventer de nouveaux dieux, sacralisons à nouveau la nature en nous inspirant de l’animisme (notamment le Shinto japonais ou chez les amérindiens) qui est la forme de spiritualité à l’opposé du transhumanisme scientiste anthropocentriste qui triomphe en saccageant la planète.
L’éternel retour selon Nietzsche : chaque instant de notre vie est et sera vécu une infinité de fois.
Le Phénix renaissant de ses cendres.
La suite infinie des cycles de la réincarnation.
Être présent c’est être en équilibre entre la mémoire de toutes les expérience passées et l’anticipation dans l’arborescence des possibles.
L’œuvre d’art est le passeport pour l’intemporalité.
Le moment présent de la création n’a de sens que dans le dévoilement d’une beauté potentiellement incorruptible.
L’ultime but est la beauté qui persiste.
L’art éphémère c’est le néant d’une jouissance stérile aussitôt oubliée.
En entretenant l’espoir de la pérennité de l’œuvre au moment même de la création, on s’extrait des contingences de son époque et des injonctions esthétiques à la mode.
Penser que l’art est par essence avant tout intemporel permet non pas de vaincre la mort mais d’en avoir la fantastique illusion.
(voir Metabox dans PROCESS)
La disparition du sacré et du mystère dans le monde moderne.
Le désenchantement du monde tel que Max Weber l’exprime en opposant la religion et la science.
Dans un texte en prose de Baudelaire, il y a ce voyageur dans un train traversant une forêt la nuit qui aperçoit par la fenêtre l’improbable lumière fugitive qui provient d’un feu. Cet événement qui ne dure ici qu’une fraction de seconde était la vibrante réalité d’un mystérieux enchantement du monde dans lequel on s’attardait jadis pour le peupler de rêves et de mythes. Baudelaire invente paradoxalement la modernité en la critiquant radicalement comme une probable décadence.
Plutôt que d’inventer de nouveaux dieux, sacralisons à nouveau la nature en nous inspirant de l’animisme (notamment le Shinto japonais ou chez les amérindiens) qui est la forme de spiritualité à l’opposé du transhumanisme scientiste anthropocentriste qui triomphe en saccageant la planète.
Creusé par l’érosion du fleuve Colorado sur une période de 6 millions d’années rendues visibles par strates géologiques dans un immense panorama, le Grand canyon est une expérience spatiotemporelle incomparable procurant le sentiment d’être à sa vraie place dans l’univers dont le centre est potentiellement partout, donc éventuellement ici, au bord du précipice, face à la splendeur minérale consumée par le soleil couchant.
Un agnostique concède l’impossibilité d’accéder à la connaissance ultime mais peut penser que le plus probable est finalement que Dieu existe.
En tant qu’athée, mon unique et intime conviction est que Dieu est une invention mais qu’au-delà de la mort, il existe une possibilité de retrouver les êtres aimés dont je porte le deuil. Sans désir d’abréger les attentes – les leurs et la mienne – j’imagine l’inévitable moment des retrouvailles.
Si cet espoir s’éteint, le choix du combat préconisé par Albert Camus pour affronter l’absurdité de l’existence (et ne pas se suicider) n’est pas suffisant.
Un agnostique concède l’impossibilité d’accéder à la connaissance ultime mais peut penser que le plus probable est finalement que Dieu existe.
En tant qu’athée, mon unique et intime conviction est que Dieu est une invention mais qu’au-delà de la mort, il existe une possibilité de retrouver les êtres aimés dont je porte le deuil. Sans désir d’abréger les attentes – les leurs et la mienne – j’imagine l’inévitable moment des retrouvailles.
Si cet espoir s’éteint, le choix du combat préconisé par Albert Camus pour affronter l’absurdité de l’existence (et ne pas se suicider) n’est pas suffisant.
Les objets précieux que l’on trouve dans les premières sépultures du néolithique sont les preuves d’un désir spirituel lié directement à une promesse post-mortem. Depuis l’aube de notre humanité pensante, la mort de l’autre est insupportable en l’absence d’une perspective d’immortalité. Prédire un arrière monde règle en partie le problème du deuil et ipso facto celui de sa propre mort. Je n’ai peur que de la mort de ceux que j’aime.
L’immortalité impliquerait d’être constamment plongé dans le présent.
ATARAXA
Un roman sans plan préétabli tel un cadavre exquis en solitaire dont le fond et la forme sont créés soit en fonction des nécessités inhérentes au principe de narration (personnages, principe de causalité, coups de théâtre, etc.) soit en fonction de dérapages contrôlés dans une forme de prose poétique totalement libre de toutes contingences. Karl, le « héros », part au bout du monde écrire un livre de SF ayant pour thème principal l’immortalité dont l’histoire va venir s’insérer paradoxalement dans ce qui a permis son écriture. D’une facture la plus classique possible, la narration de la vie de Karl entre en contradiction avec la liberté expérimentale du roman d’anticipation.
extrait :
001
Entité 200015031961 – 80513 ans
Ignorant le passé, jamais il ne s’inquiétait pour l’avenir tandis que sa conscience, en tant que combinaison d’immuables vérités, flottait dans un éternel présent.
Pour l’avoir gobée en cachet mou académique, il connaissait la notion de temporalité en trouvant inepte le système alternatif de pensée chronologique dont certaines Entités proclamaient dorénavant l’inéluctable retour.
Comment pouvait-on soutenir la théorie aussi illogique que déprimante consistant à prétendre que le Temps peut être perdu puis retrouvé et d’autres élucubrations du même acabit ?
Qui avait initialement introduit cette spéculation dans le Tout ?
ATARAXA
Un roman sans plan préétabli tel un cadavre exquis en solitaire dont le fond et la forme sont créés soit en fonction des nécessités inhérentes au principe de narration (personnages, principe de causalité, coups de théâtre, etc.) soit en fonction de dérapages contrôlés dans une forme de prose poétique totalement libre de toutes contingences. Karl, le « héros », part au bout du monde écrire un livre de SF ayant pour thème principal l’immortalité dont l’histoire va venir s’insérer paradoxalement dans ce qui a permis son écriture. D’une facture la plus classique possible, la narration de la vie de Karl entre en contradiction avec la liberté expérimentale du roman d’anticipation.
extrait :
001
Entité 200015031961 – 80513 ans
Ignorant le passé, jamais il ne s’inquiétait pour l’avenir tandis que sa conscience, en tant que combinaison d’immuables vérités, flottait dans un éternel présent.
Pour l’avoir gobée en cachet mou académique, il connaissait la notion de temporalité en trouvant inepte le système alternatif de pensée chronologique dont certaines Entités proclamaient dorénavant l’inéluctable retour.
Comment pouvait-on soutenir la théorie aussi illogique que déprimante consistant à prétendre que le Temps peut être perdu puis retrouvé et d’autres élucubrations du même acabit ?
Qui avait initialement introduit cette spéculation dans le Tout ?
JEU
La lumineuse lucidité de Ludwig Wittgenstein.
Wittgenstein a été au bout d’une démarche radicale, honnête et courageuse. Il a d’abord pensé que la raison pouvait décrire la relation entre le réel et le langage dans son ouvrage principal : The Tractatus Logico-Philosophicus. Le langage est le miroir logique du réel, mais il ne peut rendre compte de son intégralité – le discours philosophique en fait partie de facto, incluant l’esthétique et l’éthique.
Il n’existe pas de langage objectif car le mot vérité, par exemple, utilisé par un philosophe, un scientifique ou un enfant ne signifiera pas la même chose.
À la fin de sa vie, Wittgenstein remet tout en cause en émettant l’hypothèse qu’il n’existe en réalité que des jeux de langage ayant une infinité de règles spécifiques puisque en réalité, les échanges entre deux interlocuteurs dépendront non seulement de leurs caractéristiques propres mais aussi du contexte (il ne suffit pas de parler lion pour se faire comprendre d’un lion).
Toute réalité se résume à ce que deux entités définies en disent dans un environnement impliquant l’usage de règles spécifiques qu’on ne peut transgresser sans risquer le quiproquo.
Le langage est-il le fin mot de l’histoire (!) où la réalité nous commande-t-elle tandis que nous bavardons inutilement ?
La lumineuse lucidité de Ludwig Wittgenstein.
Wittgenstein a été au bout d’une démarche radicale, honnête et courageuse. Il a d’abord pensé que la raison pouvait décrire la relation entre le réel et le langage dans son ouvrage principal : The Tractatus Logico-Philosophicus. Le langage est le miroir logique du réel, mais il ne peut rendre compte de son intégralité – le discours philosophique en fait partie de facto, incluant l’esthétique et l’éthique.
Il n’existe pas de langage objectif car le mot vérité, par exemple, utilisé par un philosophe, un scientifique ou un enfant ne signifiera pas la même chose.
À la fin de sa vie, Wittgenstein remet tout en cause en émettant l’hypothèse qu’il n’existe en réalité que des jeux de langage ayant une infinité de règles spécifiques puisque en réalité, les échanges entre deux interlocuteurs dépendront non seulement de leurs caractéristiques propres mais aussi du contexte (il ne suffit pas de parler lion pour se faire comprendre d’un lion).
Toute réalité se résume à ce que deux entités définies en disent dans un environnement impliquant l’usage de règles spécifiques qu’on ne peut transgresser sans risquer le quiproquo.
Le langage est-il le fin mot de l’histoire (!) où la réalité nous commande-t-elle tandis que nous bavardons inutilement ?
Joseph Beuys en 1965 lors d'une célèbre performance expliquant des oeuvres à un lièvre mort.
K
K, le personnage principal dans le Procès et le Château de Franz Kafka.
Proche de la mairie du 15e arrondissement à Paris se trouve la bibliothèque municipale Vaugirard, un bâtiment alternant briques et pierres de taille sur une armature de fer typique de l’architecture républicaine fin de siècle (1891) et je devais avoir 12 ou 13 ans lorsque je décidais d’y pénétrer avec l’émotion particulière des premières fois.
Dans la jouissance d’une liberté qui me semblait être due en tant que citoyen en herbe, je déambulais en silence dans ce nouveau territoire sacré au gré de ne je sais quelle inspiration pour choisir un livre, ici un rayon de soleil sur la tranche d’un ouvrage, là un titre énigmatique…
Je laissais le hasard guider ma main vers un livre de poche point trop épais sans avoir la moindre idée de ce que j’allais y découvrir.
Sagement installé à l’une des grandes tables en bois qui exhalait une odeur de vieux vernis accentuant le charme désuet de l’endroit par ailleurs quasiment vide en ce début d’après-midi, je lus la première phrase :
« En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte ».
La lecture de la métamorphose de Franz Kafka fut bien entendu un choc colossal et la révélation que les écrivains allaient être les inestimables témoins et passeurs de secrets pour comprendre ma propre existence.
« Celui qui ne lit pas se condamne à ne vivre qu’une seule vie, la sienne »
(citation attribuée à Umberto Eco).
Dans le Procès, K se perd et s’épuise dans le dédale d’une procédure judiciaire en ne parvenant jamais à prendre connaissance de ce dont on l’accuse et finit par se persuader de sa culpabilité !
Dans le Château (œuvre inachevée), K ne parvient jamais à y pénétrer pour officialiser son statut d’arpenteur auprès des fonctionnaires.
Face à l’évidente absurdité de l’existence, la quête éperdue de sens, de raisons d’être, d’explications philosophiques dissertant de pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, sont autant de pièges empêchant l’action, le combat, l’écriture.
Expérimenter toutes les formes d’écritures (pourquoi se priver de diversité ?) : aphorisme, poésie, essais courts ou longs, roman, nouvelles, lettres, prédictions, critique artistique, quête philosophique, témoignage, pensées en vrac, listes diverses, projets, mode d’emploi, etc.
Écrire pour ne pas se mentir à soi-même car se relire, parfois des années plus tard, permet de lever une partie (spécifique et inédite) du voile sur l’histoire de son propre parcours intellectuel et culturel.
Écrire pour ne pas devenir fou perdu dans un labyrinthe de pensées mal formulées car jamais précisées et assumées noir sur blanc avec l’exigence formelle et l’honnêteté que cela implique.
Écrire pour le plaisir de l’enchaînement parfois magiquement et spontanément juste des mots.
Écrire pour la satisfaction inverse consistant à remanier et corriger sans cesse un texte puis décider de le valider ou de l’effacer pour toujours.
K, le personnage principal dans le Procès et le Château de Franz Kafka.
Proche de la mairie du 15e arrondissement à Paris se trouve la bibliothèque municipale Vaugirard, un bâtiment alternant briques et pierres de taille sur une armature de fer typique de l’architecture républicaine fin de siècle (1891) et je devais avoir 12 ou 13 ans lorsque je décidais d’y pénétrer avec l’émotion particulière des premières fois.
Dans la jouissance d’une liberté qui me semblait être due en tant que citoyen en herbe, je déambulais en silence dans ce nouveau territoire sacré au gré de ne je sais quelle inspiration pour choisir un livre, ici un rayon de soleil sur la tranche d’un ouvrage, là un titre énigmatique…
Je laissais le hasard guider ma main vers un livre de poche point trop épais sans avoir la moindre idée de ce que j’allais y découvrir.
Sagement installé à l’une des grandes tables en bois qui exhalait une odeur de vieux vernis accentuant le charme désuet de l’endroit par ailleurs quasiment vide en ce début d’après-midi, je lus la première phrase :
« En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte ».
La lecture de la métamorphose de Franz Kafka fut bien entendu un choc colossal et la révélation que les écrivains allaient être les inestimables témoins et passeurs de secrets pour comprendre ma propre existence.
« Celui qui ne lit pas se condamne à ne vivre qu’une seule vie, la sienne »
(citation attribuée à Umberto Eco).
Dans le Procès, K se perd et s’épuise dans le dédale d’une procédure judiciaire en ne parvenant jamais à prendre connaissance de ce dont on l’accuse et finit par se persuader de sa culpabilité !
Dans le Château (œuvre inachevée), K ne parvient jamais à y pénétrer pour officialiser son statut d’arpenteur auprès des fonctionnaires.
Face à l’évidente absurdité de l’existence, la quête éperdue de sens, de raisons d’être, d’explications philosophiques dissertant de pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, sont autant de pièges empêchant l’action, le combat, l’écriture.
Expérimenter toutes les formes d’écritures (pourquoi se priver de diversité ?) : aphorisme, poésie, essais courts ou longs, roman, nouvelles, lettres, prédictions, critique artistique, quête philosophique, témoignage, pensées en vrac, listes diverses, projets, mode d’emploi, etc.
Écrire pour ne pas se mentir à soi-même car se relire, parfois des années plus tard, permet de lever une partie (spécifique et inédite) du voile sur l’histoire de son propre parcours intellectuel et culturel.
Écrire pour ne pas devenir fou perdu dans un labyrinthe de pensées mal formulées car jamais précisées et assumées noir sur blanc avec l’exigence formelle et l’honnêteté que cela implique.
Écrire pour le plaisir de l’enchaînement parfois magiquement et spontanément juste des mots.
Écrire pour la satisfaction inverse consistant à remanier et corriger sans cesse un texte puis décider de le valider ou de l’effacer pour toujours.
LABORATOIRE
La recherche fondamentale artistique.
L’ambivalence de l’activité créatrice.
Pour un créateur, les qualités et les défauts n’auront pas forcément les valeurs (positives ou négatives) qu’on leur attribue communément : l’habileté, le courage et la persévérance peuvent éventuellement accoucher d’un ennuyeux académisme, pathétique et laborieux tandis que, la paresse, l’absence de réflexion et l’égocentrisme le plus outrancier engendrent parfois une œuvre dont on admirera l’étonnante économie de moyen, la rare spontanéité et la force d’introspection.
Arthur Rimbaud démontra de manière définitive « qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années » et le temps consacré à la tâche peut n’avoir aucune importance. Une œuvre très élaborée aussi bien qu’un seul trait sur une feuille peut représenter l’ensemble de l’univers.
La valeur cardinale pour un artiste est la sincérité ; le talent consiste en partie à ne pas se mentir à soi-même. L’individu souhaitant mériter (à ses propres yeux) d’appartenir à la longue lignée des artistes dignes de ce nom doit risquer la totalité du sens qu’il va donner à son existence dans la matérialisation sensible d’une trace pérenne. Les seules limites de n’importe quel processus de création sont le manque d’originalité et l’absence d’imagination.
L’artiste bénéficie par définition d’un privilège rare et exorbitant consistant à choisir les contraintes auxquelles il va lui-même s’astreindre. L’usage de cette liberté comporte des pièges à identifier afin de ne pas perdre son temps à tout gâcher par maladresse ou naïveté.
Le marécage des fausses aspirations.
On peut y patauger longtemps et même ne jamais s’en extraire en se méprenant sur les buts poursuivis. La banale façon de s’enliser consiste à pervertir sa production en se souciant trop des influences extérieures encombrées des normes esthétiques ou philosophiques. Tel un alpiniste en pleine ascension, l’artiste n’a pas besoin de chercher l’assentiment des critiques ou l’admiration d’un public quelconque pour s’attaquer à ses montagnes.
Seuls les temps futurs décideront de ce qui relève de l’accessoire et de ce qui demeurera une trace post-mortem susceptible de traverser les siècles. Bien des artistes injustement conspués ou boudés de leur vivant ont été réévalués tandis que bien d’autres portés aux nues par leurs contemporains ont purement et simplement disparu de la mémoire collective. Aspirer à la postérité n’est pas de la vanité mais la boussole permettant de ne pas s’égarer lorsqu’on juge soi-même la valeur de sa propre production. Le critère ultime pour juger de la qualité d’une œuvre d’art est bien sa pérennité. Dans ces conditions, vouloir maîtriser ce qui peut ressembler à une loterie de l’histoire en se souciant d’une manière ou d’une autre de ne pas sombrer dans l’oubli peut sembler un but inaccessible. C’est paradoxalement la démesure de cet objectif qui justifie de le poursuivre. Parvenir à l’intemporelle révélation d’une exemplaire singularité poussée à son extrême.
Il faut souffrir de la soif pour espérer l’oasis. Il y a une foule de gens qui se croient intelligents ou talentueux sans l’être et sincères sans l’être non plus. Un examen de conscience sans une claire déclaration d’intention ne mène le plus souvent qu’à se fourvoyer davantage. Un créateur a intérêt à faire preuve de discernement et de lucidité en formalisant notamment par écrit les critères à respecter pour prétendre à la justesse dans la réalisation de son dessein.
En pratique ce n’est pas aussi complexe que l’exposé théorique pourrait le laisser supposer. Sur le temps de décades de production on pose fatalement des bornes pour délimiter ce qui relève de la persévérance et non du laborieux ou le séduisant du racoleur ou encore l’originalité de l’esbroufe… Certains défauts n’apparaissent pas instantanément mais se révèlent inexorablement à plus ou moins long terme.
Le « non déjà vu » est l’ingrédient essentiel à toute recherche esthétique car à quoi bon se fatiguer à calquer sa singularité sur une autre ou à suivre des sillons déjà abondamment labourés pour parvenir à du déjà connu parfois aussi déjà oublié…
Pour se distinguer dans l’ancien système vertical hiérarchisé des valeurs communément attribuées à une œuvre, la plupart des artistes se pensaient condamnés à trouver une manière univoque de s’affirmer en peaufinant un style aisément identifiable. Tel un Sisyphe à la palette réduite, le candidat à la reconnaissance par ses pairs produisait le même effort en tentant de faire toujours mieux la prochaine fois avec une visible obstination censée forcer le respect. Espérer s’extirper de la masse en appliquant les vieilles recettes de la propagande, notamment celle du message unique asséné le plus fréquemment possible, c’est se tromper d’époque.
Quelle que soit la force de la proposition artistique formellement engoncée dans un style se voulant singulier, rien ne résiste plus à l’hypertexte et au scrolling. La perception d’une image sur écran rétroéclairé ne dépassant que rarement la demi-seconde, l’ironie est que deux œuvres distinctes mais de même facture créent un effet de déjà-vu immédiatement agaçant et sont d’autant plus rapidement balayées visuellement. Il est toujours envisageable de se focaliser pour un temps donné, éventuellement assez long, sur le travail répétitif d’un seul individu mais pourquoi s’attarder sur lui plutôt que tous les milliers d’autres qui semblent à première vue également dignes d’intérêt ?
Toute image résultant d’une intention artistique devrait donc se suffire à elle-même en représentant la totalité de la vision du créateur ou du moins être comprise comme telle, sans corrélations avec des propositions antérieures qui en auraient été les prémices laborieuses ou avec de stériles radotages ultérieurs. Le but n’est donc pas d’imposer, en petit-maître des élégances, un système esthétique fermé, mais de susciter un désir d’investigation chez le spectateur qui n’est plus soumis au manichéisme consistant à aimer ou à rejeter.
Affirmer qu’il n’existe pas de progrès dans l’art est à la fois vrai et faux.
On constate dans l’histoire de l’art une remarquable permanence pour les questionnements existentiels ou tautologiques tandis que le progrès réside plutôt dans les régulières révolutions esthétiques formelles qui sont le fruit d’artistes exceptionnels comme Piero della Francesca plaçant l’être humain au centre d’un dispositif de perspective spatiale ou Picasso introduisant la quatrième dimension (temporelle) dans le cubisme ou encore Marcel Duchamp nous révélant l’omniprésence de beauté relativement là où chacun décide qu’elle se trouve. Ces séismes formels marquant pour toujours un avant et un après dans le paysage sont aussi rares que spectaculaires mais l’art progresse aussi par le simple renouvellement des techniques utilisées. Bien que les outils anciens soient tous disponibles avec leurs spécificités qui demeurent attachantes, l’engouement pour la toile de lin ou le daguerréotype a visiblement décliné car on se lasse des médiums connus au profit des innovations technologiques permettant de découvrir des formes d’expression inédites. Le choix d’utiliser un ordinateur au 21e siècle semble plus pertinent que d’avoir recours à des techniques usées jusqu’à la corde même si quelques excellents contre-exemples existent toujours. Comme les possibilités de la peinture à l’huile surpassèrent celles de la peinture à l’œuf aux capacités plus réduites (séchage rapide), l’ordinateur trace la courbe exponentielle d’un potentiel à exploiter qui ne peut que susciter un irrépressible attrait. Au confort consistant à faire aussi bien et peut-être mieux que nos prédécesseurs en manipulant un médium traditionnel, on peut à juste titre sentir l’ennui poindre au bout du crayon alors que tout est à inventer dans l’exploration d’une arborescence infinie de possibles digitaux.
Des recherches en neurologie ont montré que nous manipulons nos souvenirs à notre insu. Distinguer la réalité révolue de son imaginative reconstruction est quasiment impossible. Dans ces conditions qu’advient-il de notre libre arbitre dans l’acte de création si le principe que l’on souhaite respecter est de ne pas éclairer ce qui a déjà été mis en lumière ?
Si la mémoire – en l’occurrence visuelle – est faillible, il devient difficile de juger de la singularité de sa propre production. Les artistes qui nous inspirent respect et admiration sont référencés dans ce que l’on pense être un archivage assez ordonné alors qu’il s’agit d’un ensemble chaotique de mémorisation d’images associées à des concepts spécifiques, à des émotions particulières, à des états psychologiques les plus divers, à des souvenirs, des rêves… Comment donc être certain qu’on ne s’abuse pas soi-même en pensant créer alors qu’on ne fait qu’interpréter une partition déjà écrite correspondant à une archive qui n’est pas consciemment identifiée comme telle ?
L’exercice ultime de la liberté de l’artiste est la décision de cesser de produire avant que d’y être contraint par les inéluctables effets d’une forme de décadence. Passé un certain âge, on a vu souvent ne pas rejaillir le feu créateur et bien des œuvres d’une vie se sont abîmées dans l’auto-caricature, la redondance ou le gâtisme. Le moment venu, la lucidité est l’élégance de ceux qui distinguent l’endurance de l’acharnement. Aux très rares génies (se comptant sur les doigts d’une main à chaque siècle) dont personne ne conteste la puissance créative hors norme on accordera le privilège de persévérer sans être ridicule jusqu’à la seconde fatidique du trépas. Au commun des mortels certes talentueux mais vieux, on conseillera d’écrire la fin de l’histoire avant que la lumière crépusculaire n’empêche de le faire correctement. L’artiste qui pense que la mise à la retraite est une malédiction qui ne le concerne pas se méprend sur le cycle qui commande d’atteindre un zénith puis de négocier une descente au mieux de ses capacités déclinantes. Le présomptueux qui pense échapper à la règle d’obsolescence programmée en prétendant se soumettre à une toujours impérieuse nécessité de créer prend le risque de faire n’importe quoi. Son argument est généralement que seule l’assiduité, voire la ténacité autorisent une marge de progression et que rien ne prouve qu’il n’en sera pas toujours ainsi. Hokusai déclarait à 90 ans, avec une fausse modestie presque effrayante, qu’il parviendrait à dessiner correctement un arbre s’il avait encore des décades devant lui ! (mais ce génial dessinateur y parvenait déjà à 20 ans).
C’est par ailleurs paradoxal de penser en termes d’évolution exponentielle ou de faux plat infini puisque cela signifie que toute œuvre serait destinée à s’améliorer. Celle de toute une vie ne vaudrait finalement pas grand-chose puisque la mort vient nous priver d’un toujours meilleur qui ne sera donc jamais produit.
Après avoir vaincu les angoisses de la page blanche et dûment noirci celle-ci fort longtemps, il faut prendre conscience que l’excellence est derrière soi à un moment donné. Pour échapper au lent et perfide Alzheimer créatif, il faut entretenir sa capacité à s’extraire de son œuvre en ne confondant pas sa vision du monde et le monde lui-même. De l’arrêt de l’activité créatrice résulte un gain inestimable de temps permettant de se consacrer à ceux qu’on aime, à la réflexion philosophique, à l’art des autres, à sa relation à la nature, à la méditation…
La recherche fondamentale artistique.
L’ambivalence de l’activité créatrice.
Pour un créateur, les qualités et les défauts n’auront pas forcément les valeurs (positives ou négatives) qu’on leur attribue communément : l’habileté, le courage et la persévérance peuvent éventuellement accoucher d’un ennuyeux académisme, pathétique et laborieux tandis que, la paresse, l’absence de réflexion et l’égocentrisme le plus outrancier engendrent parfois une œuvre dont on admirera l’étonnante économie de moyen, la rare spontanéité et la force d’introspection.
Arthur Rimbaud démontra de manière définitive « qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années » et le temps consacré à la tâche peut n’avoir aucune importance. Une œuvre très élaborée aussi bien qu’un seul trait sur une feuille peut représenter l’ensemble de l’univers.
La valeur cardinale pour un artiste est la sincérité ; le talent consiste en partie à ne pas se mentir à soi-même. L’individu souhaitant mériter (à ses propres yeux) d’appartenir à la longue lignée des artistes dignes de ce nom doit risquer la totalité du sens qu’il va donner à son existence dans la matérialisation sensible d’une trace pérenne. Les seules limites de n’importe quel processus de création sont le manque d’originalité et l’absence d’imagination.
L’artiste bénéficie par définition d’un privilège rare et exorbitant consistant à choisir les contraintes auxquelles il va lui-même s’astreindre. L’usage de cette liberté comporte des pièges à identifier afin de ne pas perdre son temps à tout gâcher par maladresse ou naïveté.
Le marécage des fausses aspirations.
On peut y patauger longtemps et même ne jamais s’en extraire en se méprenant sur les buts poursuivis. La banale façon de s’enliser consiste à pervertir sa production en se souciant trop des influences extérieures encombrées des normes esthétiques ou philosophiques. Tel un alpiniste en pleine ascension, l’artiste n’a pas besoin de chercher l’assentiment des critiques ou l’admiration d’un public quelconque pour s’attaquer à ses montagnes.
Seuls les temps futurs décideront de ce qui relève de l’accessoire et de ce qui demeurera une trace post-mortem susceptible de traverser les siècles. Bien des artistes injustement conspués ou boudés de leur vivant ont été réévalués tandis que bien d’autres portés aux nues par leurs contemporains ont purement et simplement disparu de la mémoire collective. Aspirer à la postérité n’est pas de la vanité mais la boussole permettant de ne pas s’égarer lorsqu’on juge soi-même la valeur de sa propre production. Le critère ultime pour juger de la qualité d’une œuvre d’art est bien sa pérennité. Dans ces conditions, vouloir maîtriser ce qui peut ressembler à une loterie de l’histoire en se souciant d’une manière ou d’une autre de ne pas sombrer dans l’oubli peut sembler un but inaccessible. C’est paradoxalement la démesure de cet objectif qui justifie de le poursuivre. Parvenir à l’intemporelle révélation d’une exemplaire singularité poussée à son extrême.
Il faut souffrir de la soif pour espérer l’oasis. Il y a une foule de gens qui se croient intelligents ou talentueux sans l’être et sincères sans l’être non plus. Un examen de conscience sans une claire déclaration d’intention ne mène le plus souvent qu’à se fourvoyer davantage. Un créateur a intérêt à faire preuve de discernement et de lucidité en formalisant notamment par écrit les critères à respecter pour prétendre à la justesse dans la réalisation de son dessein.
En pratique ce n’est pas aussi complexe que l’exposé théorique pourrait le laisser supposer. Sur le temps de décades de production on pose fatalement des bornes pour délimiter ce qui relève de la persévérance et non du laborieux ou le séduisant du racoleur ou encore l’originalité de l’esbroufe… Certains défauts n’apparaissent pas instantanément mais se révèlent inexorablement à plus ou moins long terme.
Le « non déjà vu » est l’ingrédient essentiel à toute recherche esthétique car à quoi bon se fatiguer à calquer sa singularité sur une autre ou à suivre des sillons déjà abondamment labourés pour parvenir à du déjà connu parfois aussi déjà oublié…
Pour se distinguer dans l’ancien système vertical hiérarchisé des valeurs communément attribuées à une œuvre, la plupart des artistes se pensaient condamnés à trouver une manière univoque de s’affirmer en peaufinant un style aisément identifiable. Tel un Sisyphe à la palette réduite, le candidat à la reconnaissance par ses pairs produisait le même effort en tentant de faire toujours mieux la prochaine fois avec une visible obstination censée forcer le respect. Espérer s’extirper de la masse en appliquant les vieilles recettes de la propagande, notamment celle du message unique asséné le plus fréquemment possible, c’est se tromper d’époque.
Quelle que soit la force de la proposition artistique formellement engoncée dans un style se voulant singulier, rien ne résiste plus à l’hypertexte et au scrolling. La perception d’une image sur écran rétroéclairé ne dépassant que rarement la demi-seconde, l’ironie est que deux œuvres distinctes mais de même facture créent un effet de déjà-vu immédiatement agaçant et sont d’autant plus rapidement balayées visuellement. Il est toujours envisageable de se focaliser pour un temps donné, éventuellement assez long, sur le travail répétitif d’un seul individu mais pourquoi s’attarder sur lui plutôt que tous les milliers d’autres qui semblent à première vue également dignes d’intérêt ?
Toute image résultant d’une intention artistique devrait donc se suffire à elle-même en représentant la totalité de la vision du créateur ou du moins être comprise comme telle, sans corrélations avec des propositions antérieures qui en auraient été les prémices laborieuses ou avec de stériles radotages ultérieurs. Le but n’est donc pas d’imposer, en petit-maître des élégances, un système esthétique fermé, mais de susciter un désir d’investigation chez le spectateur qui n’est plus soumis au manichéisme consistant à aimer ou à rejeter.
Affirmer qu’il n’existe pas de progrès dans l’art est à la fois vrai et faux.
On constate dans l’histoire de l’art une remarquable permanence pour les questionnements existentiels ou tautologiques tandis que le progrès réside plutôt dans les régulières révolutions esthétiques formelles qui sont le fruit d’artistes exceptionnels comme Piero della Francesca plaçant l’être humain au centre d’un dispositif de perspective spatiale ou Picasso introduisant la quatrième dimension (temporelle) dans le cubisme ou encore Marcel Duchamp nous révélant l’omniprésence de beauté relativement là où chacun décide qu’elle se trouve. Ces séismes formels marquant pour toujours un avant et un après dans le paysage sont aussi rares que spectaculaires mais l’art progresse aussi par le simple renouvellement des techniques utilisées. Bien que les outils anciens soient tous disponibles avec leurs spécificités qui demeurent attachantes, l’engouement pour la toile de lin ou le daguerréotype a visiblement décliné car on se lasse des médiums connus au profit des innovations technologiques permettant de découvrir des formes d’expression inédites. Le choix d’utiliser un ordinateur au 21e siècle semble plus pertinent que d’avoir recours à des techniques usées jusqu’à la corde même si quelques excellents contre-exemples existent toujours. Comme les possibilités de la peinture à l’huile surpassèrent celles de la peinture à l’œuf aux capacités plus réduites (séchage rapide), l’ordinateur trace la courbe exponentielle d’un potentiel à exploiter qui ne peut que susciter un irrépressible attrait. Au confort consistant à faire aussi bien et peut-être mieux que nos prédécesseurs en manipulant un médium traditionnel, on peut à juste titre sentir l’ennui poindre au bout du crayon alors que tout est à inventer dans l’exploration d’une arborescence infinie de possibles digitaux.
Des recherches en neurologie ont montré que nous manipulons nos souvenirs à notre insu. Distinguer la réalité révolue de son imaginative reconstruction est quasiment impossible. Dans ces conditions qu’advient-il de notre libre arbitre dans l’acte de création si le principe que l’on souhaite respecter est de ne pas éclairer ce qui a déjà été mis en lumière ?
Si la mémoire – en l’occurrence visuelle – est faillible, il devient difficile de juger de la singularité de sa propre production. Les artistes qui nous inspirent respect et admiration sont référencés dans ce que l’on pense être un archivage assez ordonné alors qu’il s’agit d’un ensemble chaotique de mémorisation d’images associées à des concepts spécifiques, à des émotions particulières, à des états psychologiques les plus divers, à des souvenirs, des rêves… Comment donc être certain qu’on ne s’abuse pas soi-même en pensant créer alors qu’on ne fait qu’interpréter une partition déjà écrite correspondant à une archive qui n’est pas consciemment identifiée comme telle ?
L’exercice ultime de la liberté de l’artiste est la décision de cesser de produire avant que d’y être contraint par les inéluctables effets d’une forme de décadence. Passé un certain âge, on a vu souvent ne pas rejaillir le feu créateur et bien des œuvres d’une vie se sont abîmées dans l’auto-caricature, la redondance ou le gâtisme. Le moment venu, la lucidité est l’élégance de ceux qui distinguent l’endurance de l’acharnement. Aux très rares génies (se comptant sur les doigts d’une main à chaque siècle) dont personne ne conteste la puissance créative hors norme on accordera le privilège de persévérer sans être ridicule jusqu’à la seconde fatidique du trépas. Au commun des mortels certes talentueux mais vieux, on conseillera d’écrire la fin de l’histoire avant que la lumière crépusculaire n’empêche de le faire correctement. L’artiste qui pense que la mise à la retraite est une malédiction qui ne le concerne pas se méprend sur le cycle qui commande d’atteindre un zénith puis de négocier une descente au mieux de ses capacités déclinantes. Le présomptueux qui pense échapper à la règle d’obsolescence programmée en prétendant se soumettre à une toujours impérieuse nécessité de créer prend le risque de faire n’importe quoi. Son argument est généralement que seule l’assiduité, voire la ténacité autorisent une marge de progression et que rien ne prouve qu’il n’en sera pas toujours ainsi. Hokusai déclarait à 90 ans, avec une fausse modestie presque effrayante, qu’il parviendrait à dessiner correctement un arbre s’il avait encore des décades devant lui ! (mais ce génial dessinateur y parvenait déjà à 20 ans).
C’est par ailleurs paradoxal de penser en termes d’évolution exponentielle ou de faux plat infini puisque cela signifie que toute œuvre serait destinée à s’améliorer. Celle de toute une vie ne vaudrait finalement pas grand-chose puisque la mort vient nous priver d’un toujours meilleur qui ne sera donc jamais produit.
Après avoir vaincu les angoisses de la page blanche et dûment noirci celle-ci fort longtemps, il faut prendre conscience que l’excellence est derrière soi à un moment donné. Pour échapper au lent et perfide Alzheimer créatif, il faut entretenir sa capacité à s’extraire de son œuvre en ne confondant pas sa vision du monde et le monde lui-même. De l’arrêt de l’activité créatrice résulte un gain inestimable de temps permettant de se consacrer à ceux qu’on aime, à la réflexion philosophique, à l’art des autres, à sa relation à la nature, à la méditation…
Le philosophe, Rembrandt.
MÉDITATION
Le culte de l’instant présent est largement célébré par la propagande de la société de consommation imposant que chaque journée soit la capture de toujours plus d’instants remarquables ayant tous un prix.
L’argent étant la valeur suprême du matérialisme triomphant de la fameuse et obligatoire poursuite du bonheur ici et maintenant.
Capturé dans une forme d’acuité augmentée, l’instant présent en lui-même serait comme une promesse de réponses aux grands questionnements intellectuels, spirituels, existentiels mais il arrive le plus souvent qu’en cherchant dans les formes des nuages un magnifique quadrige de chevaux blancs immaculés caracolant dans l’azur (paréidolie), ne s’offre à notre regard qu’un bête amoncellement de cumulus.
La perpétuelle immersion dans le seul présent ne doit pas nous divertir de notre véritable destinée qui est triplement tracée par la mémoire au service de la sagesse, l’action afin d’engranger l’expérience présente et l’imagination projective pour anticiper.
La recherche d’un équilibre possible entre les deux états opposés, le révolu et l’avenir dans un troisième, le présent, est obtenu par une synchronisation méditative lorsque l’on se retrouve seul avec soi-même.
La sagesse ne se mesure pas au nombre des années à méditer mais à la capacité d’extraire la substantifique et instructive moelle de la journée qui vient de s’écouler comme de l’année ou la décade passée.
Se retirer du monde pour le penser, tel un moine, est une impasse car l’intensité de la méditation est totalement dépendante des expériences vécues dans le brouhaha du monde.
Méditer c’est synchroniser le passé, le présent et le futur.
Dans cet équilibre spatiotemporel, le meilleur de nous-même peut s’exprimer en provoquant des événements cérébraux qui sont comme des révélations existentielles, intellectuelles ou sensibles.
Ce qui émerge spontanément à la surface de la conscience est parfois d’une force qui change effectivement la perception de notre propre existence.
Comme exemple personnel, je citerais cette auto-révélation que les morts nous attendent avec autant d’impatience que nous avons de les retrouver.
En prenant conscience, seul dans le secret de mon âme, que la mort ne sépare pas, elle réunit, je donne du sens à mon existence non pas en inventeur de concepts dans l’absolu mais en auteur de ma propre vérité dans un contexte toujours en évolution.
L’important n’est pas le génie ou la banalité de cette pensée mais que j’en suis à l’origine.
Le culte de l’instant présent est largement célébré par la propagande de la société de consommation imposant que chaque journée soit la capture de toujours plus d’instants remarquables ayant tous un prix.
L’argent étant la valeur suprême du matérialisme triomphant de la fameuse et obligatoire poursuite du bonheur ici et maintenant.
Capturé dans une forme d’acuité augmentée, l’instant présent en lui-même serait comme une promesse de réponses aux grands questionnements intellectuels, spirituels, existentiels mais il arrive le plus souvent qu’en cherchant dans les formes des nuages un magnifique quadrige de chevaux blancs immaculés caracolant dans l’azur (paréidolie), ne s’offre à notre regard qu’un bête amoncellement de cumulus.
La perpétuelle immersion dans le seul présent ne doit pas nous divertir de notre véritable destinée qui est triplement tracée par la mémoire au service de la sagesse, l’action afin d’engranger l’expérience présente et l’imagination projective pour anticiper.
La recherche d’un équilibre possible entre les deux états opposés, le révolu et l’avenir dans un troisième, le présent, est obtenu par une synchronisation méditative lorsque l’on se retrouve seul avec soi-même.
La sagesse ne se mesure pas au nombre des années à méditer mais à la capacité d’extraire la substantifique et instructive moelle de la journée qui vient de s’écouler comme de l’année ou la décade passée.
Se retirer du monde pour le penser, tel un moine, est une impasse car l’intensité de la méditation est totalement dépendante des expériences vécues dans le brouhaha du monde.
Méditer c’est synchroniser le passé, le présent et le futur.
Dans cet équilibre spatiotemporel, le meilleur de nous-même peut s’exprimer en provoquant des événements cérébraux qui sont comme des révélations existentielles, intellectuelles ou sensibles.
Ce qui émerge spontanément à la surface de la conscience est parfois d’une force qui change effectivement la perception de notre propre existence.
Comme exemple personnel, je citerais cette auto-révélation que les morts nous attendent avec autant d’impatience que nous avons de les retrouver.
En prenant conscience, seul dans le secret de mon âme, que la mort ne sépare pas, elle réunit, je donne du sens à mon existence non pas en inventeur de concepts dans l’absolu mais en auteur de ma propre vérité dans un contexte toujours en évolution.
L’important n’est pas le génie ou la banalité de cette pensée mais que j’en suis à l’origine.
Petite méthode pour parvenir en pleine conscience à un état de synchronisation méditative.
Exercices les plus basiques de respiration.
Aucune obligation de posture dans un environnement particulier car cela n’a aucune importance.
Penser au souffle de l’élan vital qui nous traverse comme un flux d’énergie.
Sentir avec plus d’acuité les manifestations de la vie dans son corps.
Identifier les stimuli sensoriels externes afin de réduire (sans l’annuler nécessairement) le bruit de fond du monde là où l’on se trouve, en baissant l’attention accordée aux informations extérieures (mais ne pas utiliser d’accessoires inutiles comme des masques pour les yeux ou des bouchons d’oreille).
Fermer les yeux ou ouvrir les yeux selon l’envie.
S’abandonner dans ses pensées en acceptant toutes celles qui surgissent.
C’est le moment où l’on peut s’autoriser à penser dans l’ordre où dans le désordre, peu importe.
Le but n’est pas de penser à rien, il serait impossible à atteindre.
Suspendre son jugement mais pas son discernement afin de focaliser son attention sur les pensées qui semblent reprendre le fil d’Ariane des dernières « séances de synchronisation méditative ».
Se laisser aller dans une rêverie éveillée sans dériver vers un état de demi-sommeil peuplé de demi-rêves encombrés de demi-vérités.
La quête existentielle est dans l’auto-révélation de coïncidences entre le passé, le futur et le présent en se situant dans l’espace en tant que partie d’un ensemble infini, quelque part entre l’atome et le trou noir.
Suivre les chemins de traverse, prendre des raccourcis, s’égarer, approfondir…
Toutes les options déambulatoires dans notre psyché sont envisageables.
S’égarer c’est avoir oublié le chemin parcouru et non de ne pas savoir où on va.
Endiguer ses peurs dont celle de sa propre mort et canaliser ses pulsions.
Être au monde plutôt que penser le posséder.
Se focaliser sur des détails, s’imaginer omnipotent, tout est possible.
Être traversé par l’invisible, l’ineffable, le fugitif, un fantôme, une autre vie, un pressentiment, une autre dimension.
Détecter l’influence fugace ou prolongée d’ondes positives.
L’état méditatif n’est pas en lui-même sa finalité, il participe à la quête, le rétablissement ou le maintien d’un équilibre spatiotemporel entre sa propre subjectivité et la réalité objective du monde.
Au long de la vie, on progresse dans le discernement de ce qui vaut éventuellement la peine d’être vécu mais aussi ce qui doit être pensé.
Exercices les plus basiques de respiration.
Aucune obligation de posture dans un environnement particulier car cela n’a aucune importance.
Penser au souffle de l’élan vital qui nous traverse comme un flux d’énergie.
Sentir avec plus d’acuité les manifestations de la vie dans son corps.
Identifier les stimuli sensoriels externes afin de réduire (sans l’annuler nécessairement) le bruit de fond du monde là où l’on se trouve, en baissant l’attention accordée aux informations extérieures (mais ne pas utiliser d’accessoires inutiles comme des masques pour les yeux ou des bouchons d’oreille).
Fermer les yeux ou ouvrir les yeux selon l’envie.
S’abandonner dans ses pensées en acceptant toutes celles qui surgissent.
C’est le moment où l’on peut s’autoriser à penser dans l’ordre où dans le désordre, peu importe.
Le but n’est pas de penser à rien, il serait impossible à atteindre.
Suspendre son jugement mais pas son discernement afin de focaliser son attention sur les pensées qui semblent reprendre le fil d’Ariane des dernières « séances de synchronisation méditative ».
Se laisser aller dans une rêverie éveillée sans dériver vers un état de demi-sommeil peuplé de demi-rêves encombrés de demi-vérités.
La quête existentielle est dans l’auto-révélation de coïncidences entre le passé, le futur et le présent en se situant dans l’espace en tant que partie d’un ensemble infini, quelque part entre l’atome et le trou noir.
Suivre les chemins de traverse, prendre des raccourcis, s’égarer, approfondir…
Toutes les options déambulatoires dans notre psyché sont envisageables.
S’égarer c’est avoir oublié le chemin parcouru et non de ne pas savoir où on va.
Endiguer ses peurs dont celle de sa propre mort et canaliser ses pulsions.
Être au monde plutôt que penser le posséder.
Se focaliser sur des détails, s’imaginer omnipotent, tout est possible.
Être traversé par l’invisible, l’ineffable, le fugitif, un fantôme, une autre vie, un pressentiment, une autre dimension.
Détecter l’influence fugace ou prolongée d’ondes positives.
L’état méditatif n’est pas en lui-même sa finalité, il participe à la quête, le rétablissement ou le maintien d’un équilibre spatiotemporel entre sa propre subjectivité et la réalité objective du monde.
Au long de la vie, on progresse dans le discernement de ce qui vaut éventuellement la peine d’être vécu mais aussi ce qui doit être pensé.
NO SENSE
Tandis qu’en France au 18e siècle on faisait preuve d’esprit en jonglant avec les subtilités du langage pour amuser avec intelligence, les Anglais inventaient l’humour (humor) dont procédera l’humour absurde (no sense) d’une excentrique singularité.
Quelques références incontournables.
Alphonse Allais et les arts incohérents (premiers tableaux monochromes à vocation humoristique).
Alfred Jarry, Le Collège de pataphysique (lien probable avec notre famille car originaire de la même région des Pays de la Loire – Angers pour Papa, Laval pour Alfred).
L’anthologie de l’humour noir d’André Breton.
Hellzapoppin, un film culte de 1941 aussi peu connu que génial.
Ionesco, La Cantatrice chauve.
Monty Python.
Kamagurka, Pierre La police et Anouk Ricard.
Tandis qu’en France au 18e siècle on faisait preuve d’esprit en jonglant avec les subtilités du langage pour amuser avec intelligence, les Anglais inventaient l’humour (humor) dont procédera l’humour absurde (no sense) d’une excentrique singularité.
Quelques références incontournables.
Alphonse Allais et les arts incohérents (premiers tableaux monochromes à vocation humoristique).
Alfred Jarry, Le Collège de pataphysique (lien probable avec notre famille car originaire de la même région des Pays de la Loire – Angers pour Papa, Laval pour Alfred).
L’anthologie de l’humour noir d’André Breton.
Hellzapoppin, un film culte de 1941 aussi peu connu que génial.
Ionesco, La Cantatrice chauve.
Monty Python.
Kamagurka, Pierre La police et Anouk Ricard.
Roger Jarry, dessin, encre de chine.
ONTOLOGIE
Petit manuel d’ontologie pratique.
La conscience d’exister.
Innée, évidente, permanente, la conscience d’être en vie se manifeste spontanément dans un espace à quatre dimensions.
On arpente le chemin de crête entre les abyssales profondeurs intérieures de la psyché et la complexité sans limite du monde extérieur.
La réalité primordiale.
Le monde existe tel qu’il se présente objectivement préalablement à toute interaction.
Lorsque nous constatons des effets dans la réalité dont nos actions sont les causes, ce qui existe est nécessairement subjectivement défini.
La réclusion à perpétuité dans le corps.
Animé d’un élan vital auto-générateur d’énergie, le corps est un contenant fragile immergé dans une réalité dangereuse, hasardeuse et incompréhensible. Nos performances physiques peuvent faire illusion mais nos déficiences face à la maladie, la sénescence puis la mort, définissent prioritairement cet agrégat éphémère d’atomes qui se dispersera ensuite aléatoirement puisque rien ne se crée ex nihilo et tout se transforme (98.5 % de la masse du corps humain sont représentées par seulement six éléments : oxygène, carbone, hydrogène, azote, calcium, phosphore). Le corps, quotidiennement soumis aux impératifs triviaux et routiniers afin d’assurer sa conservation est régulièrement confronté aux deux extrêmes antagonistes que sont le plaisir (du plus simple à l’extase) et la souffrance (de la plus petite gêne aux pires douleurs). La pratique des exercices physiques ou une démonstration de dextérité suscite un illusoire et fugace sentiment de maîtrise.
L’instinctive conscience de soi.
En permanence nous mettons à jour un autoportrait mental constitué de fondamentaux de ce chacun pense être en tant qu’individu irréductible puisque n’ayant nulle part un double identique. En fonction de l’expérience acquise – le vécu – une image de soi plus nette se révèle tandis que notre aptitude à juger de sa crédibilité augmente.
Comme un pendule, l’ego balance entre la négation et l’acceptation de la personnalité se reflétant dans le miroir intérieur. Cette opposition trouve son équilibre dans l’estime de soi dont la clef est la sincérité afin de ne pas se mentir à soi-même. Incarner un autre que soi, un personnage inventé de toutes pièces, un encombrant imposteur, est un enfermement proche de la maladie mentale.
Le sempiternel monologue intérieur.
En constante relation avec l’extérieur ou en plongée introspective, la pensée se présente comme un flux de type ondulatoire, oscillant entre maîtrise et chaos qui ne cesse que durant les phases de sommeil sans rêves. Vagabonde ou focalisée, la pensée se cristallise grâce au langage ou par juxtaposition de sentiments échappant à l’élaboration sémantique.
Le règne de la raison.
La réalité s’offre à notre intelligibilité par le truchement du raisonnement logique : tout effet possède sa cause qu’il nous appartient d’identifier. Que nous soyons dans l’incapacité d’y parvenir systématiquement n’invalide pas cette conjecture qui est à l’origine de tout ce que l’humanité a accompli pour s’extraire de la condition animale primitive.
La liberté de l’imagination.
L’extérieur se présente également comme une scène de théâtre accueillant toutes les représentations du monde issues de notre imagination affranchie de la rationalité.
Le piège temporel.
Le passé ne peut être changé mais peut faire l’objet de réinterprétation. L’avenir n’est que très rarement prévisible mais des certitudes existent à court et parfois long terme (comme la fin de la journée et l’inévitable mort). La vitesse de l’écoulement du temps dans l’instant présent est perçue subjectivement : l’ennui et le contentement agissent inversement, par étirement ou contraction. En vieillissant, le temps a tendance à passer plus vite.
Le 6e sens de l’intuition.
Rien ne peut valider ou réfuter la pertinence de cette perception particulière mais l’intuition semble être l’ultime recours lorsque le raisonnement atteint ses limites.
Inexplicable car irrationnel, le ressenti intuitif est parfois si intense que nous ne pouvons échapper à son injonction sans avoir le sentiment de transgresser une règle de la nature. Il est scientifiquement prouvé que faire confiance à son intuition est réellement une bonne idée mais seulement dans les domaines dans lesquels nous avons déjà une expertise.
Le trip onirique.
Chaque nuit se poursuivent les aventures sibyllines et fantastiques d’un autre moi pour qui les lois qui gouvernent la réalité sont abolies : le temps, la mort, la causalité, l’enveloppe corporelle, le cosmos, les plus infimes détails de la vie diurne quotidienne, les limites, etc. Tout est reformulé sans qu’on puisse discerner le principe fondateur qui est à l’œuvre. S’agit-il d’une création aléatoire, d’un entraînement pour les enjeux à venir, d’une soupape de sécurité atténuant la souffrance des traumatismes refoulés, d’une fabrique de faux souvenirs, d’un système de communication avec un arrière monde ou entre dimensions du multivers ?
La solution de la spiritualité.
La liste est longue des formes de spiritualités qui furent inventées afin de nous révéler la présence, pourtant invisible, de flux d’énergie abstraits aux pouvoirs magiques maintenant l’équilibre entre le cosmos et les êtres le peuplant. Pour apaiser l’anxiété engendrée par les grandes questions existentielles, pourquoi ne pas s’en remettre à des postulats ésotériques surnaturels ?
Dieu, un être suprême omniscient, omnipotent, créateur de l’univers et de chacun d’entre nous est la solution transcendantale des religions du Livre, s’opposant aux religions préférant le concept opposé d’immanence (Bouddhisme) ou au polythéisme encore pratiqué (Hindouisme). Coexistant avec ces grands courants spirituels universels, l’animisme, est une forme de spiritualité dans laquelle tous les êtres vivants et même parfois les objets, disposent d’une conscience ou d’un esprit, voire d’une âme.
La réalité modulable.
Agir dans le réel c’est utiliser la base de données des expériences du passé stockée dans la mémoire pour contrôler (autant que possible) le présent et se projeter dans le futur immédiat ou lointain. L’expérience du monde est essentiellement dominée par le principe de causalité permettant de remplir les objectifs que l’on se donne, qu’ils soient triviaux pour simplement survivre ou complexes comme de travailler, créer, entrer en communications avec les autres, etc.
La peur de la folie.
Être fou – ou ce qui est peut-être pire, le devenir progressivement sans en avoir conscience – est la malédiction ultime, le cauchemar dont on ne se réveille pas, la déshumanisation radicale et sans doute la plus angoissante des menaces pesant sur le destin d’un individu, d’une tribu, d’un peuple ou de l’humanité tout entière.
Les paradis artificiels.
La modification forcée de l’état de conscience par des substances naturelles ou de synthèse est l’une des possibilités à notre disposition pour atteindre supposément un niveau supérieur non pas de connaissances (ou alors très limité) mais d’expériences égocentriques. Le LSD (ou l’ayahuasca, son équivalent naturel, par exemple) nous simule une connexion à l’échelle cosmique comme une antenne subitement activée. Mais on ne constate pas de bénéfice autre que l’assouvissement d’une jouissance immédiate et éphémère chez ceux qui s’adonnent aux drogues. Sur le plan culturel on perçoit un navrant conformisme en termes de création, un vide dans l’approche philosophique pataugeant dans le spiritualisme de pacotille et une baisse radicale de l’empathie puisque l’égocentrisme exacerbé est le principe du trip.
Les drogues douces et l’alcool (sans abuser) sont au contraire souvent et à juste titre associées à la convivialité et l’empathie.
L’alter ego salvateur.
Si Robinson Crusoé n’avait jamais pu s’évader de la prison dont il était l’unique prisonnier, on imagine que le plus probable aurait été qu’il sombre dans la folie. Il fut sauvé par une rencontre inattendue démontrant que les autres ce n’est pas nécessairement l’enfer. L’altérité pour ne pas s’égarer dans le labyrinthe intérieur dont les murs sont recouverts de miroirs.
L’alter ego destructeur.
L’enfer c’est pourtant à l’évidence, parfois, les autres, si on considère la cruauté sans limites dont peut faire preuve n’importe quel homo sapiens à l’encontre de son semblable. Insondable mystère que celui de l’absence totale de pitié entre membres de l’espèce s’estimant malgré tout supérieure à toute autre forme de vie terrestre.
Les questions existentielles.
Excepté la mort que l’on ne peut réduire aux tourments qu’elle provoque, les principales sources d’angoisses sont sans conteste l’absence de justifications de l’existence en tant que réalité valant la peine d’être vécue et le découragement face à l’inintelligible complexité du monde.
La fin programmée.
Deux façons d’envisager le trépas : un passage vers un arrière monde ou l’épuisement définitif de l’élan vital qui animait la conscience lorsque sont démontés les assemblages de particules constituant l’enveloppe corporelle post-mortem.
Deux façons également de considérer le moment fatidique soit comme une injustice lorsque cela advient prématurément (avant d’avoir vécu ce que la vie est censée offrir) soit comme une délivrance notamment pour un vénérable vieillard.
Enfin la dernière mais pas la moindre dichotomie fondamentale consiste à penser à notre propre mort ou à celles des autres dont les êtres qui nous sont chers.
Face au vide.
Certains souffrent toute leur vie d’un deuil traumatisant (ou de plusieurs) tandis que d’autres ne connaîtront jamais (ou très tard) le manque insupportable et le profond chagrin provoqués par une disparition d’un être aimé. On peut croire que nos morts nous attendent ou au contraire être convaincu qu’ils n’ont plus d’autre existence que celle virtuelle et provisoire dans nos rêves.
Les nourritures intellectuelles.
L’art, la littérature, la philosophie, la musique, les connaissances dans tous les domaines sont les moyens de sublimer nos capacités initiales individuelles en appréhendant le monde à travers une infinité de points de vue.
La création artistique.
Un sacerdoce souvent solitaire absorbant l’intégralité du temps d’une vie tel Saturne dévorant ses enfants mais avec la promesse de l’éternité de la trace laissée sur le fameux chemin.
L’ambivalence de la nature.
Menaçante et indomptable, sublime à contempler, nous appartenons à la nature alors que nous pensons à tort en être propriétaire. L’immersion en pleine nature est devenue une expérience si rare qu’il semble que notre espèce pourrait éventuellement s’en passer pour vivre dans un environnement entièrement artificiel couplé à un espace virtuel omniprésent illimité.
L’instinct grégaire.
Vivre en société, telle est notre irréfragable destinée. Se sentir en synergie avec le projet de société actuel quoi qu’il en coûte ou choisir la dissidence dans un combat sans violence, tel est l’inéluctable choix.
Changer la société par engagement politique.
Avec Thomas Hobbes existe la possibilité d’un contrat de société (qui peut faire l’objet d’une révision si nécessaire) tandis que pour Jean-Jacques Rousseau la corruption du bon sauvage d’avant la sédentarisation a déjà figé les règles.
La mondialisation du système capitaliste ultralibéral a vaincu son pire adversaire, le communisme puis n’a laissé ensuite aucune chance à l’écologie. Le matérialisme se prétend en mesure de promettre le retour de son contraire, une forme de spiritualité, le culte techno-scientiste étant la pierre sur laquelle se bâtit la religion transhumaniste nous guidant vers l’immortalité (catastrophistes antisystème contre élites survivalistes).
La réalité contextuelle.
Le travail, les rencontres, tous les événements imprévisibles ou prévisibles, la famille, la tribu intellectuelle, les centres d’intérêt, un projet à différents stades de sa réalisation, un engagement, un combat, une irrépressible envie de liberté absolue, d’anarchie (en tant que stade ultime de la maîtrise de chacun justifiant l’inutilité des lois par la carence de délits commis), un voyage, l’exil, l’aventure, une maladie grave, une panique et tout autre contextes conjoncturels influencent, favorisent ou pas le discernement dans la quête de sens ou de vérités. Être ou ne pas être, telle est la question… selon le contexte !
La dualité de l’état chronique des choses.
Présence de l’amour ou son absence. Indépendance ou soumission. Accomplissement ou inachèvement. Maladie, mélancolie, dépression, addiction. Nihilisme, ennui, blasé, misanthropie, fatigue. Conditions de vie précaires ou confortables. Rudes épreuves récentes ou non : deuil, traumas, maladies. Écrasante absurdité ou ennuyeuse banalité, etc.
Vertige de la virtualité.
Les mondes virtuels ont toujours existé : la littérature, les arts, la folie.
Schizophrénie, entre soi et son avatar dont il bon de connaître la personnalité en visualisant le temps consacré à chaque activité sur écran. Atomisation de chaque individu créant sa propre et irréductible vision du monde.
Petit manuel d’ontologie pratique.
La conscience d’exister.
Innée, évidente, permanente, la conscience d’être en vie se manifeste spontanément dans un espace à quatre dimensions.
On arpente le chemin de crête entre les abyssales profondeurs intérieures de la psyché et la complexité sans limite du monde extérieur.
La réalité primordiale.
Le monde existe tel qu’il se présente objectivement préalablement à toute interaction.
Lorsque nous constatons des effets dans la réalité dont nos actions sont les causes, ce qui existe est nécessairement subjectivement défini.
La réclusion à perpétuité dans le corps.
Animé d’un élan vital auto-générateur d’énergie, le corps est un contenant fragile immergé dans une réalité dangereuse, hasardeuse et incompréhensible. Nos performances physiques peuvent faire illusion mais nos déficiences face à la maladie, la sénescence puis la mort, définissent prioritairement cet agrégat éphémère d’atomes qui se dispersera ensuite aléatoirement puisque rien ne se crée ex nihilo et tout se transforme (98.5 % de la masse du corps humain sont représentées par seulement six éléments : oxygène, carbone, hydrogène, azote, calcium, phosphore). Le corps, quotidiennement soumis aux impératifs triviaux et routiniers afin d’assurer sa conservation est régulièrement confronté aux deux extrêmes antagonistes que sont le plaisir (du plus simple à l’extase) et la souffrance (de la plus petite gêne aux pires douleurs). La pratique des exercices physiques ou une démonstration de dextérité suscite un illusoire et fugace sentiment de maîtrise.
L’instinctive conscience de soi.
En permanence nous mettons à jour un autoportrait mental constitué de fondamentaux de ce chacun pense être en tant qu’individu irréductible puisque n’ayant nulle part un double identique. En fonction de l’expérience acquise – le vécu – une image de soi plus nette se révèle tandis que notre aptitude à juger de sa crédibilité augmente.
Comme un pendule, l’ego balance entre la négation et l’acceptation de la personnalité se reflétant dans le miroir intérieur. Cette opposition trouve son équilibre dans l’estime de soi dont la clef est la sincérité afin de ne pas se mentir à soi-même. Incarner un autre que soi, un personnage inventé de toutes pièces, un encombrant imposteur, est un enfermement proche de la maladie mentale.
Le sempiternel monologue intérieur.
En constante relation avec l’extérieur ou en plongée introspective, la pensée se présente comme un flux de type ondulatoire, oscillant entre maîtrise et chaos qui ne cesse que durant les phases de sommeil sans rêves. Vagabonde ou focalisée, la pensée se cristallise grâce au langage ou par juxtaposition de sentiments échappant à l’élaboration sémantique.
Le règne de la raison.
La réalité s’offre à notre intelligibilité par le truchement du raisonnement logique : tout effet possède sa cause qu’il nous appartient d’identifier. Que nous soyons dans l’incapacité d’y parvenir systématiquement n’invalide pas cette conjecture qui est à l’origine de tout ce que l’humanité a accompli pour s’extraire de la condition animale primitive.
La liberté de l’imagination.
L’extérieur se présente également comme une scène de théâtre accueillant toutes les représentations du monde issues de notre imagination affranchie de la rationalité.
Le piège temporel.
Le passé ne peut être changé mais peut faire l’objet de réinterprétation. L’avenir n’est que très rarement prévisible mais des certitudes existent à court et parfois long terme (comme la fin de la journée et l’inévitable mort). La vitesse de l’écoulement du temps dans l’instant présent est perçue subjectivement : l’ennui et le contentement agissent inversement, par étirement ou contraction. En vieillissant, le temps a tendance à passer plus vite.
Le 6e sens de l’intuition.
Rien ne peut valider ou réfuter la pertinence de cette perception particulière mais l’intuition semble être l’ultime recours lorsque le raisonnement atteint ses limites.
Inexplicable car irrationnel, le ressenti intuitif est parfois si intense que nous ne pouvons échapper à son injonction sans avoir le sentiment de transgresser une règle de la nature. Il est scientifiquement prouvé que faire confiance à son intuition est réellement une bonne idée mais seulement dans les domaines dans lesquels nous avons déjà une expertise.
Le trip onirique.
Chaque nuit se poursuivent les aventures sibyllines et fantastiques d’un autre moi pour qui les lois qui gouvernent la réalité sont abolies : le temps, la mort, la causalité, l’enveloppe corporelle, le cosmos, les plus infimes détails de la vie diurne quotidienne, les limites, etc. Tout est reformulé sans qu’on puisse discerner le principe fondateur qui est à l’œuvre. S’agit-il d’une création aléatoire, d’un entraînement pour les enjeux à venir, d’une soupape de sécurité atténuant la souffrance des traumatismes refoulés, d’une fabrique de faux souvenirs, d’un système de communication avec un arrière monde ou entre dimensions du multivers ?
La solution de la spiritualité.
La liste est longue des formes de spiritualités qui furent inventées afin de nous révéler la présence, pourtant invisible, de flux d’énergie abstraits aux pouvoirs magiques maintenant l’équilibre entre le cosmos et les êtres le peuplant. Pour apaiser l’anxiété engendrée par les grandes questions existentielles, pourquoi ne pas s’en remettre à des postulats ésotériques surnaturels ?
Dieu, un être suprême omniscient, omnipotent, créateur de l’univers et de chacun d’entre nous est la solution transcendantale des religions du Livre, s’opposant aux religions préférant le concept opposé d’immanence (Bouddhisme) ou au polythéisme encore pratiqué (Hindouisme). Coexistant avec ces grands courants spirituels universels, l’animisme, est une forme de spiritualité dans laquelle tous les êtres vivants et même parfois les objets, disposent d’une conscience ou d’un esprit, voire d’une âme.
La réalité modulable.
Agir dans le réel c’est utiliser la base de données des expériences du passé stockée dans la mémoire pour contrôler (autant que possible) le présent et se projeter dans le futur immédiat ou lointain. L’expérience du monde est essentiellement dominée par le principe de causalité permettant de remplir les objectifs que l’on se donne, qu’ils soient triviaux pour simplement survivre ou complexes comme de travailler, créer, entrer en communications avec les autres, etc.
La peur de la folie.
Être fou – ou ce qui est peut-être pire, le devenir progressivement sans en avoir conscience – est la malédiction ultime, le cauchemar dont on ne se réveille pas, la déshumanisation radicale et sans doute la plus angoissante des menaces pesant sur le destin d’un individu, d’une tribu, d’un peuple ou de l’humanité tout entière.
Les paradis artificiels.
La modification forcée de l’état de conscience par des substances naturelles ou de synthèse est l’une des possibilités à notre disposition pour atteindre supposément un niveau supérieur non pas de connaissances (ou alors très limité) mais d’expériences égocentriques. Le LSD (ou l’ayahuasca, son équivalent naturel, par exemple) nous simule une connexion à l’échelle cosmique comme une antenne subitement activée. Mais on ne constate pas de bénéfice autre que l’assouvissement d’une jouissance immédiate et éphémère chez ceux qui s’adonnent aux drogues. Sur le plan culturel on perçoit un navrant conformisme en termes de création, un vide dans l’approche philosophique pataugeant dans le spiritualisme de pacotille et une baisse radicale de l’empathie puisque l’égocentrisme exacerbé est le principe du trip.
Les drogues douces et l’alcool (sans abuser) sont au contraire souvent et à juste titre associées à la convivialité et l’empathie.
L’alter ego salvateur.
Si Robinson Crusoé n’avait jamais pu s’évader de la prison dont il était l’unique prisonnier, on imagine que le plus probable aurait été qu’il sombre dans la folie. Il fut sauvé par une rencontre inattendue démontrant que les autres ce n’est pas nécessairement l’enfer. L’altérité pour ne pas s’égarer dans le labyrinthe intérieur dont les murs sont recouverts de miroirs.
L’alter ego destructeur.
L’enfer c’est pourtant à l’évidence, parfois, les autres, si on considère la cruauté sans limites dont peut faire preuve n’importe quel homo sapiens à l’encontre de son semblable. Insondable mystère que celui de l’absence totale de pitié entre membres de l’espèce s’estimant malgré tout supérieure à toute autre forme de vie terrestre.
Les questions existentielles.
Excepté la mort que l’on ne peut réduire aux tourments qu’elle provoque, les principales sources d’angoisses sont sans conteste l’absence de justifications de l’existence en tant que réalité valant la peine d’être vécue et le découragement face à l’inintelligible complexité du monde.
La fin programmée.
Deux façons d’envisager le trépas : un passage vers un arrière monde ou l’épuisement définitif de l’élan vital qui animait la conscience lorsque sont démontés les assemblages de particules constituant l’enveloppe corporelle post-mortem.
Deux façons également de considérer le moment fatidique soit comme une injustice lorsque cela advient prématurément (avant d’avoir vécu ce que la vie est censée offrir) soit comme une délivrance notamment pour un vénérable vieillard.
Enfin la dernière mais pas la moindre dichotomie fondamentale consiste à penser à notre propre mort ou à celles des autres dont les êtres qui nous sont chers.
Face au vide.
Certains souffrent toute leur vie d’un deuil traumatisant (ou de plusieurs) tandis que d’autres ne connaîtront jamais (ou très tard) le manque insupportable et le profond chagrin provoqués par une disparition d’un être aimé. On peut croire que nos morts nous attendent ou au contraire être convaincu qu’ils n’ont plus d’autre existence que celle virtuelle et provisoire dans nos rêves.
Les nourritures intellectuelles.
L’art, la littérature, la philosophie, la musique, les connaissances dans tous les domaines sont les moyens de sublimer nos capacités initiales individuelles en appréhendant le monde à travers une infinité de points de vue.
La création artistique.
Un sacerdoce souvent solitaire absorbant l’intégralité du temps d’une vie tel Saturne dévorant ses enfants mais avec la promesse de l’éternité de la trace laissée sur le fameux chemin.
L’ambivalence de la nature.
Menaçante et indomptable, sublime à contempler, nous appartenons à la nature alors que nous pensons à tort en être propriétaire. L’immersion en pleine nature est devenue une expérience si rare qu’il semble que notre espèce pourrait éventuellement s’en passer pour vivre dans un environnement entièrement artificiel couplé à un espace virtuel omniprésent illimité.
L’instinct grégaire.
Vivre en société, telle est notre irréfragable destinée. Se sentir en synergie avec le projet de société actuel quoi qu’il en coûte ou choisir la dissidence dans un combat sans violence, tel est l’inéluctable choix.
Changer la société par engagement politique.
Avec Thomas Hobbes existe la possibilité d’un contrat de société (qui peut faire l’objet d’une révision si nécessaire) tandis que pour Jean-Jacques Rousseau la corruption du bon sauvage d’avant la sédentarisation a déjà figé les règles.
La mondialisation du système capitaliste ultralibéral a vaincu son pire adversaire, le communisme puis n’a laissé ensuite aucune chance à l’écologie. Le matérialisme se prétend en mesure de promettre le retour de son contraire, une forme de spiritualité, le culte techno-scientiste étant la pierre sur laquelle se bâtit la religion transhumaniste nous guidant vers l’immortalité (catastrophistes antisystème contre élites survivalistes).
La réalité contextuelle.
Le travail, les rencontres, tous les événements imprévisibles ou prévisibles, la famille, la tribu intellectuelle, les centres d’intérêt, un projet à différents stades de sa réalisation, un engagement, un combat, une irrépressible envie de liberté absolue, d’anarchie (en tant que stade ultime de la maîtrise de chacun justifiant l’inutilité des lois par la carence de délits commis), un voyage, l’exil, l’aventure, une maladie grave, une panique et tout autre contextes conjoncturels influencent, favorisent ou pas le discernement dans la quête de sens ou de vérités. Être ou ne pas être, telle est la question… selon le contexte !
La dualité de l’état chronique des choses.
Présence de l’amour ou son absence. Indépendance ou soumission. Accomplissement ou inachèvement. Maladie, mélancolie, dépression, addiction. Nihilisme, ennui, blasé, misanthropie, fatigue. Conditions de vie précaires ou confortables. Rudes épreuves récentes ou non : deuil, traumas, maladies. Écrasante absurdité ou ennuyeuse banalité, etc.
Vertige de la virtualité.
Les mondes virtuels ont toujours existé : la littérature, les arts, la folie.
Schizophrénie, entre soi et son avatar dont il bon de connaître la personnalité en visualisant le temps consacré à chaque activité sur écran. Atomisation de chaque individu créant sa propre et irréductible vision du monde.
PROCESS
L’artiste révèle et cristallise dans une forme pérenne la beauté cachée du monde.
Il ne peut prétendre (ni souhaiter) concurrencer Bouddha (buddha signifiant littéralement « qui s’est éveillé » en sanskrit), figure emblématique du penseur parvenant à l’extase d’une autorévélation explicite tandis que l’artiste s’attache à dévoiler l’implicite du monde.
La postérité est le seul objectif qui vaille la peine d’être poursuivi et aucun artiste n’a le désir de se contenter de jouir de l’instant présent malgré l’ivresse que procure souvent le moment exact de la création, sinon un peintre (par exemple) n’aurait à acquérir qu’une bonne fois pour toutes une unique toile sur laquelle il accumulerait en couches successives tous les tableaux qu’il désirait réaliser.
Combinons la théorie du chaos prédisant que par une succession d’effets suivis de causes le battement d’ailes d’un papillon peut engendrer un cyclone à l’autre bout de la planète et la parabole du colibri dont les efforts, tout seul, pour éteindre le feu de forêt semblent vains mais au moins aura-t-il fait sa part. Dans cette association s’exprime une idée simple mais vraie : chacun agit sans pouvoir préjuger de l’impact potentiellement décisif de son action individuelle sur l’ordre du monde ou son désordre. Créer c’est défricher une piste à grands coups de machette dans une inextricable jungle intérieure afin de dévoiler des points de vue inédits sur de toujours plus vastes territoires à explorer.
La carte de cet espace mental demeurera incomplète mais révélatrice d’un chaos qui est l’unique réalité que seule l’œuvre parvient à sublimer par sa faculté à voyager dans le temps.
À la démonstration souvent laborieuse consistant à toujours polir la même pierre, on peut préférer l’incertitude du vagabondage dans un réseau d’expériences multiples pour tendre vers la quintessence de l’existence sans jamais l’atteindre afin que le désir soit toujours incandescent.
Le mystère absolu de l’âme humaine résiste à toutes les tentatives d’encerclement, dont celle pourtant parfois sublime de l’art.
Bien des œuvres se voulant monumentales, monolithiques et définitives ne furent que des fragiles édifices que la moindre brise emporta dans l’oubli.
L’œuvre d’art est la contreforme se créant dans le double espace, réel et mental, au moment de la rencontre avec le spectateur.
Robinson Crusoé en sa tour d’ivoire.
S’isoler dans le fameux édifice devient un problème lorsqu’on ignore ce que fabriquent les autres dans leurs propres tours. Ne pas fréquenter les musées, les grandes expositions d’art contemporain et les galeries à Paris, Londres ou New York serait comme mourir de soif au bord de la rivière.
L’artiste révèle et cristallise dans une forme pérenne la beauté cachée du monde.
Il ne peut prétendre (ni souhaiter) concurrencer Bouddha (buddha signifiant littéralement « qui s’est éveillé » en sanskrit), figure emblématique du penseur parvenant à l’extase d’une autorévélation explicite tandis que l’artiste s’attache à dévoiler l’implicite du monde.
La postérité est le seul objectif qui vaille la peine d’être poursuivi et aucun artiste n’a le désir de se contenter de jouir de l’instant présent malgré l’ivresse que procure souvent le moment exact de la création, sinon un peintre (par exemple) n’aurait à acquérir qu’une bonne fois pour toutes une unique toile sur laquelle il accumulerait en couches successives tous les tableaux qu’il désirait réaliser.
Combinons la théorie du chaos prédisant que par une succession d’effets suivis de causes le battement d’ailes d’un papillon peut engendrer un cyclone à l’autre bout de la planète et la parabole du colibri dont les efforts, tout seul, pour éteindre le feu de forêt semblent vains mais au moins aura-t-il fait sa part. Dans cette association s’exprime une idée simple mais vraie : chacun agit sans pouvoir préjuger de l’impact potentiellement décisif de son action individuelle sur l’ordre du monde ou son désordre. Créer c’est défricher une piste à grands coups de machette dans une inextricable jungle intérieure afin de dévoiler des points de vue inédits sur de toujours plus vastes territoires à explorer.
La carte de cet espace mental demeurera incomplète mais révélatrice d’un chaos qui est l’unique réalité que seule l’œuvre parvient à sublimer par sa faculté à voyager dans le temps.
À la démonstration souvent laborieuse consistant à toujours polir la même pierre, on peut préférer l’incertitude du vagabondage dans un réseau d’expériences multiples pour tendre vers la quintessence de l’existence sans jamais l’atteindre afin que le désir soit toujours incandescent.
Le mystère absolu de l’âme humaine résiste à toutes les tentatives d’encerclement, dont celle pourtant parfois sublime de l’art.
Bien des œuvres se voulant monumentales, monolithiques et définitives ne furent que des fragiles édifices que la moindre brise emporta dans l’oubli.
L’œuvre d’art est la contreforme se créant dans le double espace, réel et mental, au moment de la rencontre avec le spectateur.
Robinson Crusoé en sa tour d’ivoire.
S’isoler dans le fameux édifice devient un problème lorsqu’on ignore ce que fabriquent les autres dans leurs propres tours. Ne pas fréquenter les musées, les grandes expositions d’art contemporain et les galeries à Paris, Londres ou New York serait comme mourir de soif au bord de la rivière.
La trilogie programmatique de mon PROCESS de création.
METAMNESIA
HYPERIMAGE
METABOX
METAMNESIA
HYPERIMAGE
METABOX
METAMNESIA présente l’ensemble de la production artistique jusqu’en 2005 ayant pour origine un monde virtuel créé en 1995. Techniquement mon travail consiste à produire beaucoup d’images pour chaque série particulière puis d’en extraire un best of qui sera ensuite sans cesse réévalué (parfois des années plus tard).
HYPERIMAGE est un concept primordial marquant l’impossibilité de distinguer une image dans la myriade de fichiers désormais universellement visible dans le réseau infini des hyperliens (hyperliens symbolisés par le tracé virtuel de la poursuite de l’activité oculaire face à une mosaïque d’images).
Finir en beauté.
Les ultimes images sont produites avec l’intelligence artificielle pour marquer la fin d’une époque et l’avénement d’une ère radicalement différente. Quel artiste n’as pas rêver un jour de transformer les mots en images statiques ou animées. C’est l’un des plus ancien rêve - de fusionner langage et image - qui est dorénavant devenu réalité dans toutes les cultures du monde pour les millions d’utilisateurs de l’IA génératrice de visuels à partir du prompt. La phénoménale créativité des innombrables post est l’événement esthétique majeur (et inédit) du présent en 2025.
Finir en beauté.
Les ultimes images sont produites avec l’intelligence artificielle pour marquer la fin d’une époque et l’avénement d’une ère radicalement différente. Quel artiste n’as pas rêver un jour de transformer les mots en images statiques ou animées. C’est l’un des plus ancien rêve - de fusionner langage et image - qui est dorénavant devenu réalité dans toutes les cultures du monde pour les millions d’utilisateurs de l’IA génératrice de visuels à partir du prompt. La phénoménale créativité des innombrables post est l’événement esthétique majeur (et inédit) du présent en 2025.
METABOX rassemble une trentaine de modèles (uniques ou en série) de boîtes contenant un condensé de la recherche à laquelle j’ai décidé de mettre un terme le 15 mars 2026 (65 ans). Des vidéos montrant les contenus seront disponibles fin 2026.
Comment les boîtes vont-elles voyager dans le temps ?
Elles sont léguées dans le patrimoine familial ou données à un ami ou encore enterrées dans le désert. Penser que l’art est, avant tout et par essence, intemporel permet non pas de vaincre la mort mais d’en avoir la fantastique illusion. Bien après la disparition du créateur et de tout ce qui constituait son monde à jamais révolu, les Metabox demeureront des objets mystérieux entre œuvres d’art et capsules temporelles passant d’un foyer à un autre, redécouvertes génération après génération… Elles seront peut-être perdues et leur contenu abîmé, éparpillé, voire détruit, mais je crois que leur destin sera au contraire de perdurer en traversant les époques grâce au lien de parenté ou d’amitié qui assure la continuité. Certaines boîtes enterrées dans le désert seront éventuellement découvertes dans un lointain futur.
Comment les boîtes vont-elles voyager dans le temps ?
Elles sont léguées dans le patrimoine familial ou données à un ami ou encore enterrées dans le désert. Penser que l’art est, avant tout et par essence, intemporel permet non pas de vaincre la mort mais d’en avoir la fantastique illusion. Bien après la disparition du créateur et de tout ce qui constituait son monde à jamais révolu, les Metabox demeureront des objets mystérieux entre œuvres d’art et capsules temporelles passant d’un foyer à un autre, redécouvertes génération après génération… Elles seront peut-être perdues et leur contenu abîmé, éparpillé, voire détruit, mais je crois que leur destin sera au contraire de perdurer en traversant les époques grâce au lien de parenté ou d’amitié qui assure la continuité. Certaines boîtes enterrées dans le désert seront éventuellement découvertes dans un lointain futur.
Lettre pour Solène.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »
Célèbre citation d’Alphonse de Lamartine qui exprime une sensibilité romantique dans une réflexion sur la relation entre les objets et les êtres humains suggérant une possible connexion spirituelle. Mon affinité particulière avec les biens matériels est d’ordre temporel et plus précisément transgénérationnel.
Un idéal en fin de vie serait de ne rien posséder sinon le strict minimum tel l’ermite du désert ayant auparavant pris soin de préserver un précieux ensemble constitué de séries de boîtes, d’objets uniques et de collections (bd-toys-livres) destinés aux générations futures qui pourront consulter, conserver et peut-être augmenter cet héritage. C’est important pour moi de me faire bien comprendre : cette idée de constituer un patrimoine dont les fondations ne sont rien moins que l’art, la philosophie et la poésie est un rêve qui m’a tenu éveillé et c’était là sa principale justification. Par conséquent, je te laisse libre de décider parmi les propositions suivantes :
1 – Tu peux tout ranger dans un coin sans te soucier d’autre chose que de transmettre le tout aux générations suivantes.
2 – Tu n’es pas obligé de conserver l’intégralité et tu peux donner une boîte, un objet ou vendre une collection à n’importe quel moment.
3 – Tu peux tout garder dans un espace de stockage (accessible si possible) en y ajoutant éventuellement tes propres acquisitions pour passer ensuite le témoin à ta descendance (ou à tes amis les plus proches).
NB: la mission à ne pas manquer de remplir est de donner les boites de 003 à 008 destinées aux amis (ou à leurs enfants).
Metabox ALPHA de 001 à 008
Les deux grandes boites 001 et 002 ne doivent pas être séparées et restent dans la famille.
Les boîtes de 003 à 008 sont destinées aux amis (le nom est inscrit aux dos des boîtes)
Metabox DESERT de 009 à 014
Ces boîtes seront enterrées dans un désert suivant le protocole prévu sauf 009 et 012 qui sont deux exceptions à la règle de la capsule temporelle (009 à conserver comme preuve de l’existence des autres boites de la série DÉSERT et 012 contenant la sulfure de Mamie à conserver dans la famille.
Metabox BOX de 015 à 030
À transmettre soit à la famille soit à des amis.
015 – L’architecte – appartient déjà à Solène
016 – L’artiste – pour Andrew
Les grandes boîtes rectangulaires :
017 – Survivors
018 – Hypermnesia
019 – Secret
025 – Ultima
026 – Timebomb
028 – Kolektor
Les boîtes plus petites :
020 – Master = reste dans Ultima
021 – Hermits = reste dans Ultima
022 – Random
023 – Hyperlink
024 – Triptyk
027 – Binôme = pour Lola
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »
Célèbre citation d’Alphonse de Lamartine qui exprime une sensibilité romantique dans une réflexion sur la relation entre les objets et les êtres humains suggérant une possible connexion spirituelle. Mon affinité particulière avec les biens matériels est d’ordre temporel et plus précisément transgénérationnel.
Un idéal en fin de vie serait de ne rien posséder sinon le strict minimum tel l’ermite du désert ayant auparavant pris soin de préserver un précieux ensemble constitué de séries de boîtes, d’objets uniques et de collections (bd-toys-livres) destinés aux générations futures qui pourront consulter, conserver et peut-être augmenter cet héritage. C’est important pour moi de me faire bien comprendre : cette idée de constituer un patrimoine dont les fondations ne sont rien moins que l’art, la philosophie et la poésie est un rêve qui m’a tenu éveillé et c’était là sa principale justification. Par conséquent, je te laisse libre de décider parmi les propositions suivantes :
1 – Tu peux tout ranger dans un coin sans te soucier d’autre chose que de transmettre le tout aux générations suivantes.
2 – Tu n’es pas obligé de conserver l’intégralité et tu peux donner une boîte, un objet ou vendre une collection à n’importe quel moment.
3 – Tu peux tout garder dans un espace de stockage (accessible si possible) en y ajoutant éventuellement tes propres acquisitions pour passer ensuite le témoin à ta descendance (ou à tes amis les plus proches).
NB: la mission à ne pas manquer de remplir est de donner les boites de 003 à 008 destinées aux amis (ou à leurs enfants).
Metabox ALPHA de 001 à 008
Les deux grandes boites 001 et 002 ne doivent pas être séparées et restent dans la famille.
Les boîtes de 003 à 008 sont destinées aux amis (le nom est inscrit aux dos des boîtes)
Metabox DESERT de 009 à 014
Ces boîtes seront enterrées dans un désert suivant le protocole prévu sauf 009 et 012 qui sont deux exceptions à la règle de la capsule temporelle (009 à conserver comme preuve de l’existence des autres boites de la série DÉSERT et 012 contenant la sulfure de Mamie à conserver dans la famille.
Metabox BOX de 015 à 030
À transmettre soit à la famille soit à des amis.
015 – L’architecte – appartient déjà à Solène
016 – L’artiste – pour Andrew
Les grandes boîtes rectangulaires :
017 – Survivors
018 – Hypermnesia
019 – Secret
025 – Ultima
026 – Timebomb
028 – Kolektor
Les boîtes plus petites :
020 – Master = reste dans Ultima
021 – Hermits = reste dans Ultima
022 – Random
023 – Hyperlink
024 – Triptyk
027 – Binôme = pour Lola
QUALIS PATER, TALIS FILIUS (?)
Tel père, tel fils (?)
Le destin de Papa et le mien.
Roger.
J’ai parfois présumé que Papa avait le sentiment que sa vie lui échappait. Il incarna successivement ou simultanément des personnages différents dont aucun ne coïncida parfaitement, me semble-t-il, avec le destin qui aurait dû être le sien.
Le Rastignac pragmatique.
Jeune, il montrait de réelles capacités pour les études et ses parents de condition modeste eurent sans doute très tôt l’espoir d’une future ascension sociale de leur fils qui se concrétisera effectivement à Paris.
Il quitta Angers la provinciale pour conquérir la capitale où ses qualités intellectuelles au début des trente glorieuses lui permirent de bien gagner sa vie avec une relative facilité. Diplômé en droit et en lettres, il ne semble pas qu’il choisit sa voie professionnelle avec une intention plus compliquée que de subvenir le plus rapidement possible à ses besoins matériels.
Au moment du mythique coup de foudre, Maman vivait seule avec trois enfants que Roger adopta officiellement puis ensemble ils eurent deux enfants : mon frère Michaël et moi-même quatre ans plus tard. Il devint, ex abrupto, chef (comme on disait à l’époque) d’une famille nombreuse pour laquelle il nourrit l’espoir d’une certaine forme de bonheur tribal nécessitant une incontestable sécurité financière.
Il ne fut donc jamais en mesure de remettre en cause son métier d’administrateur de biens finalement assez peu prestigieux mais lui assurant un salaire élevé. En considérant le milieu dont il était issu, son parcours pouvait s’apparenter à une réussite exemplaire mais des velléités à se distinguer le démangeaient…
Le politicien dilettante.
Non dépourvu de charisme, excellent orateur, cultivé, plein d’humour et depuis toujours féru d’histoire, Roger a sauté dans l’arène politique en pensant avoir trouvé la solution idéale pour occuper le devant d’une scène où sa nature profonde trouverait à s’exprimer.
Ce fut un fiasco car si d’un bon mot, auquel il n’a jamais su résister, il pouvait éliminer par KO un adversaire, son blindage de défense comportait par contre des défaillances rédhibitoires. Sa susceptibilité à fleur de peau l’emportait parfois sur le sang-froid pourtant indispensable dans les joutes politiciennes, et maintes fois blessé dans son orgueil par les attaques de ses concurrents ou meurtri par les trahisons de ses faux amis du parti auquel il avait adhéré par conviction, il ne parvenait pas à encaisser les coups bas.
Pourtant, lorsqu’il se présenta en novice au premier tour des législatives dans notre circonscription (du 15e ardt. de Paris, désigné par le parti réformateur de centre droit) il mit en ballottage le député qui avait toujours été élu au premier tour depuis 15 ans. Malheureusement une ténébreuse histoire de pression afin qu’il se désiste pour le second tour transforma le demi-succès en un échec complet (cette pression aurait été exercée sous forme de chantage par le grand patron lui-même de l’entreprise qui l’employait).
Déçu de ne pas avoir reçu le soutien espéré de son propre parti, il abandonna définitivement l’action politique pressé par l’urgence de restaurer une situation financière catastrophique suite à la trop coûteuse campagne électorale.
Le patriarche déchu.
La séparation bien qu’annoncée par son comportement cahotique à l’origine de nombreuses scènes de ménage, fut un choc douloureux pour Maman. Il fera ensuite tout son possible pour rester en bons termes avec elle car sans doute nourrissait-il un sentiment de culpabilité peu compatible avec son sens de l’honneur.
Par un gris dimanche de novembre en fin d’après-midi, il se leva de son fauteuil et sorti en chausson dans la rue pour ne jamais revenir. On l’imagine traverser le quartier en direction de la rue de l’Université pour débarquer un peu plus tard, pour ainsi dire tout équipé, dans le salon de son nouveau logis.
Deux semaines auparavant nous étions en Norvège. J’étais le seul enfant convié et qui accepta cette escapade nordique qui s’annonçait cafardeuse. En réalité, tout se passait assez bien car nous étions comme subjugués par la beauté à couper le souffle des paysages magnifiés par l’éclat des couleurs de l’automne. J’ai même pensé que mon entrain (j’avais 17 ans) pourrait éventuellement participer à dissiper ce que je pensais être un brouillard de malentendus dans lequel ils s’étaient peu à peu égarés à force de se chamailler (j’ignorais l’existence de la future seconde femme de Roger).
Une sorte de trêve s’installa entre eux et des moments de bonheur furent partagés, notamment lorsque nous visitâmes l’extraordinaire musée consacré à l’œuvre prolifique d’Edvard Munch à Bergen ou au hasard des fjords lorsque l’eau parfaitement immobile et miroitante découpe le monde horizontalement en deux parties strictement identiques.
Depuis longtemps sans doute mon Père ne parvenait pas à prendre la décision fatidique de quitter la mère de ses enfants et c’est sans doute cet événement extraordinaire durant le voyage qui va le pousser à franchir le Rubicon lorsque nous fîmes une halte au bord d’un torrent sans remarquer l’interdiction de s’approcher des berges inopinément submergées par des lâchages de retenues d’eau en amont comme c’est parfois le cas en montagne.
Papa devant nous se tenait debout sur un rocher quand il fut balayé comme une vulgaire brindille par une très grosse vague aussi soudaine qu’inattendue. Maman et moi étions sous le choc de l’avoir vu disparaître dans les flots puis, à intervalles irréguliers, entrapercevoir sa tête comme une minuscule coquille d’œuf emportée par le déluge… Visiblement sonné mais sauvé, il s’échoua finalement sur la rive d’une zone plus calme en aval.
Lui, que je n’avais jamais vu dans l’eau autrement qu’en grimaçant à la moindre goutte dans les yeux, se retrouvait presque noyé, ayant bu la tasse, trempé dégoulinant tout habillé, l’air hagard, stupide, traumatisé. De cette vallée perdue de Norvège jusqu’à Paris, en passant par la traversée en bateau pour rejoindre Amsterdam puis l’autoroute du retour jusqu’au périphérique parisien, il ne dit pas un seul mot. Je lui en ai toujours beaucoup voulu car ce fut un véritable calvaire que de supporter son mutisme.
Point besoin d’être un expert pour deviner qu’en voyant sans doute une version de sa vie défiler durant les quelques secondes de sa noyade, il lui apparut définitivement qu’elle manquait d’un chapitre qu’il s’empressa de commencer à écrire le dimanche suivant sans prendre le temps de retirer ses charentaises.
La séparation fut mal vécue par les trois enfants « adoptés » qui décidèrent (avec une certaine lâcheté) de couper les ponts définitivement. Les liens du sang étant sans doute toujours plus forts, Micou et moi adoptions le parti de continuer à voir le coupable désigné quoi qu’il nous en coûta. Ce n’était pas une sinécure car sa nouvelle famille d’accueil somnolait dans le milieu peu excitant de la vieille bourgeoisie coincée du septième arrondissement. Apparemment satisfait, malgré tout, du renouvellement de l’eau du bain, Roger barbotait tel un nouveau-né dans une seconde vie mais demeurait triste en considérant comme la marque d’une terrible ingratitude le comportement de ceux qui l’avaient renié.
Se désolant de ne pas savoir comment s’y prendre pour améliorer la situation catastrophique de Micou définitivement marginalisé (et déjà en mauvaise santé), il attendait le jour où il ferait prévaloir ses droits à la retraite mais l’année de son départ pour un repos bien mérité, c’est au cimetière qu’il le trouva.
Cachant sa maladie, il passa l’arme à gauche à Nice trois jours après que je fus prévenu de son état subitement désespéré. J’ai pu lui tenir la main lors des derniers instants mais sans pouvoir communiquer car il était soit très agité, comme en transe, soit assommé de calmants. J’étais le seul de la famille ayant assisté à cette triste fin prématurée. Micou était à l’hôpital à Paris tandis que les autres par leurs absences, parachevaient leur ressentiment.
On ne peut donc que s’interroger sur l’emploi de son temps dans cette maison de la Creuse dont il était plutôt fier d’avoir fait la récente acquisition. Il se serait certainement consacré à sa passion qui n’avait jamais diminué tout au long de son existence pour les arts plastiques et plus particulièrement le dessin.
L’artiste virtuel.
Roger n’eut jamais l’opportunité de choisir une carrière artistique à laquelle il aurait pu prétendre au regard de ses dons mis au service d’un esprit libre et inspiré mais je ne l’ai jamais entendu exprimer le moindre regret ni montrer dans ses propos de l’aigreur qui aurait trahi une intime souffrance de n’être pas ce qu’il aurait éventuellement pu être.
C’était toujours dans la plus franche des bonnes humeurs que tous les dimanches matin, il perpétuait le rituel de la création en disposant sur la table du salon tout le matériel nécessaire, les crayons, les craies, l’encre de chine, les tubes d’aquarelle, les tout petits pots de peinture à l’huile très liquide mais très couvrante normalement utilisés pour finaliser des maquettes, la carte à gratter (carte lisse pré-imprimée d’une très fine couche d’encre noir à attaquer à la plume à vaccin, pour obtenir un dessin en négatif), des feuilles de différents formats et de textures variées, etc.
Mes années d’enfance furent marquées par ces séances dominicales, à la fois créatives et récréatives, auxquelles je participais sur le coin de la table et c’est peu dire que j’y pris goût.
C’est à cette école de la liberté d’expression, que se forma précocement une combinaison inédite de plaisir et d’application qui perdure encore aujourd’hui. À l’époque de ce petit paradis à jamais disparu, l’appréhension de la page blanche était inexistante et l’espace de création infini. Mon exploit le plus mémorable fut de réaliser les plus fameuses batailles de Napoléon sur des feuilles format raisin (50 x 65 cm) qui furent perdues dans la précipitation du déménagement consécutif à la séparation (et je ne possède qu’un nombre très limité d’œuvres de Roger lui-même pour la même stupide raison !).
On devine que sa relation à l’art était compliquée à cause du schéma de répétition qui s’imposa à lui en ayant deux garçons, l’un sage et l’autre pas. Roger avait en effet un frère qui mena une modeste mais réelle carrière de sculpteur en parallèle d’un travail alimentaire qui devait nourrir ses quatre enfants. Ce qui détermina le destin funeste de cet oncle Claude – divorce, précarité, maladie, mort dans la cinquantaine – fut son alcoolisme. Micou, dont la vie dissolue fut également marquée par diverses addictions se considérait avant tout, lui aussi, comme un artiste dès sa plus tendre enfance et ses beaux dessins étaient punaisés sur les murs de sa chambre. Edvard Munch, Gustav Klimt et Hundertwasser étaient ses idoles à l’adolescence et plus tard, il passa le plus clair de son temps dans des squats artistiques parisiens à guerroyer entre son désir de créer et ses penchants pour l’autodestruction.
Roger devait fatalement voir en ce premier fils la réplique de son propre frère aîné avec lequel il avait fini par rompre à la suite de divers esclandres. Logiquement, j’occupais donc malgré moi la place du reflet dans le miroir lorsque Roger posait son regard paternel plein de tendresse sur moi, son second gamin jamais plus heureux que le dimanche matin…
Papa était d’une génération ayant naturellement intégré les avant-gardes (comme le Dadaïsme dont il adorait l’humour noir) mais l’art ancien conservait un statut supérieur et plutôt que de s’intéresser à l’art contemporain dans la suite logique de son acceptation du modernisme, il revenait toujours aux plaisirs que lui procuraient les visites de musées ou les rétrospectives célébrant les grands maîtres du passé et nous avons arpenté ensemble les grands musées de Paris et quelques-uns en Europe dont l’Italie et Amsterdam.
À la maison, j’ai le souvenir de longues discussions dans la bibliothèque où s’alignaient, comme autant de nouveaux mondes à conquérir, de beaux livres d’art « classiques et modernes » (beaucoup de monographies d’artistes et les ouvrages d’esthètes consacrés tels Elie Faure ou d’André Malraux).
Il y eut la mémorable visite de la Biennale de Venise de 1974 dont il subsiste miraculeusement une emblématique photo.
Papa cet homme mystérieux.
Par une extraordinaire coïncidence et une terrible ironie de l’histoire, sa disparition précédera de seulement quelques mois la naissance de sa petite fille, Solène, qu’il n’aura connu qu’à travers l’image imprécise d’une échographie imprimée au format d’une carte de visite ! Une fois n’était pas coutume, je l’avais invité chez moi pour un déjeuner en tête-à-tête durant lequel il ne me révéla pas sa maladie qui devait pourtant l’emporter quelques semaines plus tard.
Se contentant de sourire, il ne fit aucun commentaire concernant ma future paternité, n’articula pas la phrase qui se serait gravée dans mon esprit alors qu’il savait que s’écoulaient les ultimes grains de son sablier. Notre relation s’était mystérieusement dégradée et les non-dits avaient progressivement remplacé les bavardages d’esthètes.
Encore maintenant, j’ai bien de la difficulté à comprendre son attitude car j’étais un peu le fils parfait (trop parfait peut-être). J’étais sorti major de promotion de l’école de graphisme réputée la plus exigeante de Paris. J’avais expérimenté le salariat puis conquis mon indépendance en free-lance en enchaînant les commandes dont certaines plaçaient ma carrière sous les meilleurs auspices. J’accordais du temps à Maman et j’aidais autant que faire se pouvait Micou.
Bien dissimulées dans le labyrinthe de ses pensées me concernant, il devait sans doute exister quelques missions que j’eusse dû également remplir afin d’être, non pas aimé – car il m’aimait profondément depuis ma plus tendre enfance, à n’en pas douter – mais estimé à une plus juste valeur.
Si j’avais connu son état de santé, j’aurais ardemment désiré avoir une longue conversation philosophique à la hauteur que son intelligence et sa culture lui permettaient d’atteindre aisément.
Ne pouvant achever ce bref portrait paternel par ce qui peut apparaître comme un reproche (quand bien même il serait justifié), je me dois d’insister sur sa qualité principale qui était son humour au service d’un certain art de vivre l’instant présent. Je ne peux que lui en être reconnaissant de m’avoir fait autant rire en me guidant sur la voie du second degré permettant de relativiser avec finesse et légèreté les moments plus difficiles de l’existence.
Ses dessins humoristiques agissent toujours comme une piqûre de rappel d’un vaccin anti-morosité.
Avais-je inconsciemment l’impératif de faire mieux que Papa ? Cette pensée que mon destin avait été comme tracé dans les dessins que je faisais petit sur mon coin de table m’a traversé l’esprit en suscitant un questionnement sur mon libre arbitre. Puis avec le temps et le travail, cette question devint accessoire.
Tel père, tel fils (?)
Le destin de Papa et le mien.
Roger.
J’ai parfois présumé que Papa avait le sentiment que sa vie lui échappait. Il incarna successivement ou simultanément des personnages différents dont aucun ne coïncida parfaitement, me semble-t-il, avec le destin qui aurait dû être le sien.
Le Rastignac pragmatique.
Jeune, il montrait de réelles capacités pour les études et ses parents de condition modeste eurent sans doute très tôt l’espoir d’une future ascension sociale de leur fils qui se concrétisera effectivement à Paris.
Il quitta Angers la provinciale pour conquérir la capitale où ses qualités intellectuelles au début des trente glorieuses lui permirent de bien gagner sa vie avec une relative facilité. Diplômé en droit et en lettres, il ne semble pas qu’il choisit sa voie professionnelle avec une intention plus compliquée que de subvenir le plus rapidement possible à ses besoins matériels.
Au moment du mythique coup de foudre, Maman vivait seule avec trois enfants que Roger adopta officiellement puis ensemble ils eurent deux enfants : mon frère Michaël et moi-même quatre ans plus tard. Il devint, ex abrupto, chef (comme on disait à l’époque) d’une famille nombreuse pour laquelle il nourrit l’espoir d’une certaine forme de bonheur tribal nécessitant une incontestable sécurité financière.
Il ne fut donc jamais en mesure de remettre en cause son métier d’administrateur de biens finalement assez peu prestigieux mais lui assurant un salaire élevé. En considérant le milieu dont il était issu, son parcours pouvait s’apparenter à une réussite exemplaire mais des velléités à se distinguer le démangeaient…
Le politicien dilettante.
Non dépourvu de charisme, excellent orateur, cultivé, plein d’humour et depuis toujours féru d’histoire, Roger a sauté dans l’arène politique en pensant avoir trouvé la solution idéale pour occuper le devant d’une scène où sa nature profonde trouverait à s’exprimer.
Ce fut un fiasco car si d’un bon mot, auquel il n’a jamais su résister, il pouvait éliminer par KO un adversaire, son blindage de défense comportait par contre des défaillances rédhibitoires. Sa susceptibilité à fleur de peau l’emportait parfois sur le sang-froid pourtant indispensable dans les joutes politiciennes, et maintes fois blessé dans son orgueil par les attaques de ses concurrents ou meurtri par les trahisons de ses faux amis du parti auquel il avait adhéré par conviction, il ne parvenait pas à encaisser les coups bas.
Pourtant, lorsqu’il se présenta en novice au premier tour des législatives dans notre circonscription (du 15e ardt. de Paris, désigné par le parti réformateur de centre droit) il mit en ballottage le député qui avait toujours été élu au premier tour depuis 15 ans. Malheureusement une ténébreuse histoire de pression afin qu’il se désiste pour le second tour transforma le demi-succès en un échec complet (cette pression aurait été exercée sous forme de chantage par le grand patron lui-même de l’entreprise qui l’employait).
Déçu de ne pas avoir reçu le soutien espéré de son propre parti, il abandonna définitivement l’action politique pressé par l’urgence de restaurer une situation financière catastrophique suite à la trop coûteuse campagne électorale.
Le patriarche déchu.
La séparation bien qu’annoncée par son comportement cahotique à l’origine de nombreuses scènes de ménage, fut un choc douloureux pour Maman. Il fera ensuite tout son possible pour rester en bons termes avec elle car sans doute nourrissait-il un sentiment de culpabilité peu compatible avec son sens de l’honneur.
Par un gris dimanche de novembre en fin d’après-midi, il se leva de son fauteuil et sorti en chausson dans la rue pour ne jamais revenir. On l’imagine traverser le quartier en direction de la rue de l’Université pour débarquer un peu plus tard, pour ainsi dire tout équipé, dans le salon de son nouveau logis.
Deux semaines auparavant nous étions en Norvège. J’étais le seul enfant convié et qui accepta cette escapade nordique qui s’annonçait cafardeuse. En réalité, tout se passait assez bien car nous étions comme subjugués par la beauté à couper le souffle des paysages magnifiés par l’éclat des couleurs de l’automne. J’ai même pensé que mon entrain (j’avais 17 ans) pourrait éventuellement participer à dissiper ce que je pensais être un brouillard de malentendus dans lequel ils s’étaient peu à peu égarés à force de se chamailler (j’ignorais l’existence de la future seconde femme de Roger).
Une sorte de trêve s’installa entre eux et des moments de bonheur furent partagés, notamment lorsque nous visitâmes l’extraordinaire musée consacré à l’œuvre prolifique d’Edvard Munch à Bergen ou au hasard des fjords lorsque l’eau parfaitement immobile et miroitante découpe le monde horizontalement en deux parties strictement identiques.
Depuis longtemps sans doute mon Père ne parvenait pas à prendre la décision fatidique de quitter la mère de ses enfants et c’est sans doute cet événement extraordinaire durant le voyage qui va le pousser à franchir le Rubicon lorsque nous fîmes une halte au bord d’un torrent sans remarquer l’interdiction de s’approcher des berges inopinément submergées par des lâchages de retenues d’eau en amont comme c’est parfois le cas en montagne.
Papa devant nous se tenait debout sur un rocher quand il fut balayé comme une vulgaire brindille par une très grosse vague aussi soudaine qu’inattendue. Maman et moi étions sous le choc de l’avoir vu disparaître dans les flots puis, à intervalles irréguliers, entrapercevoir sa tête comme une minuscule coquille d’œuf emportée par le déluge… Visiblement sonné mais sauvé, il s’échoua finalement sur la rive d’une zone plus calme en aval.
Lui, que je n’avais jamais vu dans l’eau autrement qu’en grimaçant à la moindre goutte dans les yeux, se retrouvait presque noyé, ayant bu la tasse, trempé dégoulinant tout habillé, l’air hagard, stupide, traumatisé. De cette vallée perdue de Norvège jusqu’à Paris, en passant par la traversée en bateau pour rejoindre Amsterdam puis l’autoroute du retour jusqu’au périphérique parisien, il ne dit pas un seul mot. Je lui en ai toujours beaucoup voulu car ce fut un véritable calvaire que de supporter son mutisme.
Point besoin d’être un expert pour deviner qu’en voyant sans doute une version de sa vie défiler durant les quelques secondes de sa noyade, il lui apparut définitivement qu’elle manquait d’un chapitre qu’il s’empressa de commencer à écrire le dimanche suivant sans prendre le temps de retirer ses charentaises.
La séparation fut mal vécue par les trois enfants « adoptés » qui décidèrent (avec une certaine lâcheté) de couper les ponts définitivement. Les liens du sang étant sans doute toujours plus forts, Micou et moi adoptions le parti de continuer à voir le coupable désigné quoi qu’il nous en coûta. Ce n’était pas une sinécure car sa nouvelle famille d’accueil somnolait dans le milieu peu excitant de la vieille bourgeoisie coincée du septième arrondissement. Apparemment satisfait, malgré tout, du renouvellement de l’eau du bain, Roger barbotait tel un nouveau-né dans une seconde vie mais demeurait triste en considérant comme la marque d’une terrible ingratitude le comportement de ceux qui l’avaient renié.
Se désolant de ne pas savoir comment s’y prendre pour améliorer la situation catastrophique de Micou définitivement marginalisé (et déjà en mauvaise santé), il attendait le jour où il ferait prévaloir ses droits à la retraite mais l’année de son départ pour un repos bien mérité, c’est au cimetière qu’il le trouva.
Cachant sa maladie, il passa l’arme à gauche à Nice trois jours après que je fus prévenu de son état subitement désespéré. J’ai pu lui tenir la main lors des derniers instants mais sans pouvoir communiquer car il était soit très agité, comme en transe, soit assommé de calmants. J’étais le seul de la famille ayant assisté à cette triste fin prématurée. Micou était à l’hôpital à Paris tandis que les autres par leurs absences, parachevaient leur ressentiment.
On ne peut donc que s’interroger sur l’emploi de son temps dans cette maison de la Creuse dont il était plutôt fier d’avoir fait la récente acquisition. Il se serait certainement consacré à sa passion qui n’avait jamais diminué tout au long de son existence pour les arts plastiques et plus particulièrement le dessin.
L’artiste virtuel.
Roger n’eut jamais l’opportunité de choisir une carrière artistique à laquelle il aurait pu prétendre au regard de ses dons mis au service d’un esprit libre et inspiré mais je ne l’ai jamais entendu exprimer le moindre regret ni montrer dans ses propos de l’aigreur qui aurait trahi une intime souffrance de n’être pas ce qu’il aurait éventuellement pu être.
C’était toujours dans la plus franche des bonnes humeurs que tous les dimanches matin, il perpétuait le rituel de la création en disposant sur la table du salon tout le matériel nécessaire, les crayons, les craies, l’encre de chine, les tubes d’aquarelle, les tout petits pots de peinture à l’huile très liquide mais très couvrante normalement utilisés pour finaliser des maquettes, la carte à gratter (carte lisse pré-imprimée d’une très fine couche d’encre noir à attaquer à la plume à vaccin, pour obtenir un dessin en négatif), des feuilles de différents formats et de textures variées, etc.
Mes années d’enfance furent marquées par ces séances dominicales, à la fois créatives et récréatives, auxquelles je participais sur le coin de la table et c’est peu dire que j’y pris goût.
C’est à cette école de la liberté d’expression, que se forma précocement une combinaison inédite de plaisir et d’application qui perdure encore aujourd’hui. À l’époque de ce petit paradis à jamais disparu, l’appréhension de la page blanche était inexistante et l’espace de création infini. Mon exploit le plus mémorable fut de réaliser les plus fameuses batailles de Napoléon sur des feuilles format raisin (50 x 65 cm) qui furent perdues dans la précipitation du déménagement consécutif à la séparation (et je ne possède qu’un nombre très limité d’œuvres de Roger lui-même pour la même stupide raison !).
On devine que sa relation à l’art était compliquée à cause du schéma de répétition qui s’imposa à lui en ayant deux garçons, l’un sage et l’autre pas. Roger avait en effet un frère qui mena une modeste mais réelle carrière de sculpteur en parallèle d’un travail alimentaire qui devait nourrir ses quatre enfants. Ce qui détermina le destin funeste de cet oncle Claude – divorce, précarité, maladie, mort dans la cinquantaine – fut son alcoolisme. Micou, dont la vie dissolue fut également marquée par diverses addictions se considérait avant tout, lui aussi, comme un artiste dès sa plus tendre enfance et ses beaux dessins étaient punaisés sur les murs de sa chambre. Edvard Munch, Gustav Klimt et Hundertwasser étaient ses idoles à l’adolescence et plus tard, il passa le plus clair de son temps dans des squats artistiques parisiens à guerroyer entre son désir de créer et ses penchants pour l’autodestruction.
Roger devait fatalement voir en ce premier fils la réplique de son propre frère aîné avec lequel il avait fini par rompre à la suite de divers esclandres. Logiquement, j’occupais donc malgré moi la place du reflet dans le miroir lorsque Roger posait son regard paternel plein de tendresse sur moi, son second gamin jamais plus heureux que le dimanche matin…
Papa était d’une génération ayant naturellement intégré les avant-gardes (comme le Dadaïsme dont il adorait l’humour noir) mais l’art ancien conservait un statut supérieur et plutôt que de s’intéresser à l’art contemporain dans la suite logique de son acceptation du modernisme, il revenait toujours aux plaisirs que lui procuraient les visites de musées ou les rétrospectives célébrant les grands maîtres du passé et nous avons arpenté ensemble les grands musées de Paris et quelques-uns en Europe dont l’Italie et Amsterdam.
À la maison, j’ai le souvenir de longues discussions dans la bibliothèque où s’alignaient, comme autant de nouveaux mondes à conquérir, de beaux livres d’art « classiques et modernes » (beaucoup de monographies d’artistes et les ouvrages d’esthètes consacrés tels Elie Faure ou d’André Malraux).
Il y eut la mémorable visite de la Biennale de Venise de 1974 dont il subsiste miraculeusement une emblématique photo.
Papa cet homme mystérieux.
Par une extraordinaire coïncidence et une terrible ironie de l’histoire, sa disparition précédera de seulement quelques mois la naissance de sa petite fille, Solène, qu’il n’aura connu qu’à travers l’image imprécise d’une échographie imprimée au format d’une carte de visite ! Une fois n’était pas coutume, je l’avais invité chez moi pour un déjeuner en tête-à-tête durant lequel il ne me révéla pas sa maladie qui devait pourtant l’emporter quelques semaines plus tard.
Se contentant de sourire, il ne fit aucun commentaire concernant ma future paternité, n’articula pas la phrase qui se serait gravée dans mon esprit alors qu’il savait que s’écoulaient les ultimes grains de son sablier. Notre relation s’était mystérieusement dégradée et les non-dits avaient progressivement remplacé les bavardages d’esthètes.
Encore maintenant, j’ai bien de la difficulté à comprendre son attitude car j’étais un peu le fils parfait (trop parfait peut-être). J’étais sorti major de promotion de l’école de graphisme réputée la plus exigeante de Paris. J’avais expérimenté le salariat puis conquis mon indépendance en free-lance en enchaînant les commandes dont certaines plaçaient ma carrière sous les meilleurs auspices. J’accordais du temps à Maman et j’aidais autant que faire se pouvait Micou.
Bien dissimulées dans le labyrinthe de ses pensées me concernant, il devait sans doute exister quelques missions que j’eusse dû également remplir afin d’être, non pas aimé – car il m’aimait profondément depuis ma plus tendre enfance, à n’en pas douter – mais estimé à une plus juste valeur.
Si j’avais connu son état de santé, j’aurais ardemment désiré avoir une longue conversation philosophique à la hauteur que son intelligence et sa culture lui permettaient d’atteindre aisément.
Ne pouvant achever ce bref portrait paternel par ce qui peut apparaître comme un reproche (quand bien même il serait justifié), je me dois d’insister sur sa qualité principale qui était son humour au service d’un certain art de vivre l’instant présent. Je ne peux que lui en être reconnaissant de m’avoir fait autant rire en me guidant sur la voie du second degré permettant de relativiser avec finesse et légèreté les moments plus difficiles de l’existence.
Ses dessins humoristiques agissent toujours comme une piqûre de rappel d’un vaccin anti-morosité.
Avais-je inconsciemment l’impératif de faire mieux que Papa ? Cette pensée que mon destin avait été comme tracé dans les dessins que je faisais petit sur mon coin de table m’a traversé l’esprit en suscitant un questionnement sur mon libre arbitre. Puis avec le temps et le travail, cette question devint accessoire.
Mon propre parcours professionnel.
À 18 ans, n’ayant pas d’interlocuteur pour disserter à loisir de mon avenir, je me sentais bien esseulé pour choisir les études supérieures qu’il me fallait envisager. Papa était occupé à quitter Maman et en bon dernier des cinq enfants je me retrouvais seul avec elle, totalement effondrée par la séparation soudaine, dans un petit appartement dans lequel nous avions précipitamment déménagé.
De 4 ans mon aîné, Micou s’autodétruisait déjà depuis des années et chaque conversation un peu sérieuse avec lui tournait invariablement autour de ses problèmes d’addiction. Sa dérive antisociale le rendait financièrement dépendant de Roger.
Un demi-frère, Christian et deux demi-sœurs, Chantal et Catou, mes aînés de respectivement 15, 12 et 10 ans ne se souciaient pas plus de moi que de Maman pour laquelle ils se contentaient d’un maigre soutien psychologique intermittent tandis que jamais ils ne s’investissaient dans un quelconque plan de sauvetage pour Micou.
En classe terminale je m’inscris à des cours de croquis de nu à Montparnasse dans l’antique atelier aux rideaux rouges en velours d’époque d’un artiste peintre vétéran des combats d’arrière-garde qui jouait au professeur à barbichette blanche. Il m’informa que les écoles d’arts n’étaient accessibles que sur concours (épreuves + dossier) et qu’il était indispensable de s’y préparer par une année dans des ateliers préparatoires. Le plus réputé était Penninghen préparant aux concours des écoles publiques d’art appliqués et aussi pour l’entrée sur dossier à l’École Supérieure d’Art Graphiques au sein du même établissement. L’ESAG, école réputée ultra-sélective, proposait d’obtenir en trois ans un diplôme en bénéficiant d’un réseau d’anciens parfaitement implantés dans les professions de la communication visuelle.
Dans un café de la rue de l’Université, je confiais à mon Père mes intentions de faire l’atelier préparatoire pour tenter l’entrée à l’ESAG en ayant pour unique motivation la certitude que j’allais pratiquer à temps plein mon activité favorite qui était le dessin. Papa ne rechigna pas à sortir le chéquier pour payer l’année préparatoire comme les trois suivantes après mon admission à l’ESAG mais jamais nous ne discutâmes de cette orientation choisie presque par hasard en méconnaissant parfaitement les réelles implications en termes d’activité professionnelle ultérieure.
L’idéal, dont je n’avais malheureusement pas conscience à l’époque, aurait été de viser une maîtrise de philosophie ou de lettres puis de présenter les beaux-arts (plutôt qu’une école d’arts appliqués comme Penninghen) avec un dossier personnel constitué parallèlement en toute liberté.
Plus expérimenté et moins influençable à 22 ans qu’à 18 ans, j’aurais mieux résisté aux pressions de l’académisme tout en envisageant une carrière d’artiste plasticien avec le réseau idoine mais tout ceci est une histoire qui n’a pas eu lieu (ma petite uchronie personnelle).
Profitant de certaines facilités, j’ai terminé l’atelier préparatoire en tête du classement annuel (sur 300), puis emporté par mon élan, j’ai ensuite obtenu la même place (sur les 30 de la promotion) chaque année de l’école supérieure puis logiquement j’ai fini diplômé, major de promotion.
Je ne tire aucune gloriole de ce parcours sans faute, car avec le recul, j’y vois aussi un manque de lucidité causé par le rythme de travail effréné de l’ESAG cloisonné dans un système de notation implacable.
Inévitablement, lors de l’exposition des diplômes, un directeur de création me proposa immédiatement un premier job dans une excellente et prestigieuse agence pour le mois de septembre et c’est le cœur léger que je partis dans le sud pour un été proche de la perfection.
La première désillusion vint de mon aversion qui s’avéra rédhibitoire pour une carrière de directeur artistique dans la publicité qui m’apparut être une sorte d’escroquerie intellectuelle inintéressante dont j’étais complètement écœuré après un essai méritoire de deux ans dans deux agences différentes.
Par ailleurs le refus presque physique du monde de l’entreprise exigeant la soumission à un système hiérarchique en subissant l’abrutissement du rythme métro, boulot, dodo, me força à devenir free-lance.
Ne pas recevoir d’ordre et être libre d’alterner les nuits blanches de travail avec celles dédiées à profiter de la vie nocturne parisienne, vendre mes propres projets en résolvant des problèmes de communication visuelle pour des clients que je choisissais, jouir d’un sentiment de contrôle et d’indépendance, pour tout ceci qui était plaisant et rémunérateur à long terme, il y aurait un prix à payer que je n’avais pas calculé.
À la nécessité triviale de gagner ma vie s’est ajouté le souci permanent de ne jamais savoir de quoi demain sera fait si les commandes venaient à diminuer.
Je mis donc les bouchées doubles dans l’illustration et le graphisme en me spécialisant dans les identités visuelles car j’avais la satisfaction du toucher le cœur du sujet lors des réunions décidant d’un logotype.
Je ne rencontrais jamais de difficultés particulières dans la conception ou la réalisation et je faisais du bon boulot en m’imposant une discipline sans faille dans le travail.
En obtenant la Villa Médicis une décade plus tard, la bonne réputation déjà acquise se confirmant, j’avais encore l’impression que tout allait bien. C’est paradoxalement à Rome que je pris réellement conscience que je m’étais fourvoyé et que l’erreur commise était colossale.
Durant cette année sabbatique aussi exceptionnelle qu’imprévue, j’ai enfin pu consacrer tout mon temps à une recherche purement artistique en créant le catalogue raisonné d’un artiste virtuel, mon intérêt pour le cyber-space datant de la fin des années quatre-vingt (pour l’anecdote j’ai créé en 1995 le premier site de la Villa Médicis en établissant la première connexion à Internet).
De retour à Paris, il me fallut immédiatement reprendre le collier du graphiste à succès en reléguant comme d’habitude la recherche fondamentale dans les fugitifs moments de temps libre. L’ironie fut donc qu’au moment où je devais profiter d’une respectabilité augmentée (en créant un studio de graphisme avec tous les avantages que cela promettait) je n’avais plus aucune motivation pour le métier, ayant momentanément goûté à la divine source de la liberté absolue.
J’ai rusé avec moi-même en prospectant mes clients dans le monde de l’art, pensant que cela me rapprocherait de mon but mais cela ne fit que renforcer mon image de graphiste dans un milieu que j’aurais préféré fréquenter plus utilement en jouant un autre rôle.
Je poursuivais donc ma recherche artistique au compte-goutte quand soudainement le métier de graphiste subit une métamorphose majeure. L’ordinateur personnel qui m’avait été indispensable en tant que free-lance devint bientôt mon pire ennemi car la PAO (publication assistée par ordinateur) n’était plus l’apanage de quelques graphistes pionniers de mon espèce mais une carte de visite facile pour une foule de nouveaux concurrents souvent sans autre talent que celui d’avoir acheté un mac.
J’ai encore en mémoire une soirée assez cocasse où quasiment tout le monde se prétendait graphiste juste en connaissant les fonctions de base de la trilogie X-press/Illustrator/Photoshop (mise en page – dessin vectoriel – image). Les amateurs novices offrant les mêmes services à bien moindre coût évidemment sans se soucier de légitimer leur prétention par l’obtention d’un diplôme ou la moindre expérience visible dans un book. Cette activité que je ne voulais plus exercer perdait de son aura et ses principes fondamentaux qui n’ont rien à voir avec l’outil informatique lui-même semblaient de poussiéreuses règles inutiles.
Je n’avais plus vraiment d’autres choix que de faire preuve d’un pragmatisme en or massif en devenant le créateur de ma petite entreprise reconnu pour son expertise dans la communication visuelle ayant peaufiné son réseau dans le monde de la culture, les musées, les fondations, etc.
J’ai résisté à cette tentation car les exemples d’entrepreneurs autour de moi ne me disaient rien qui vaille la peine d’être imité sauf à vouloir abandonner une bonne fois pour toutes mon ambition artistique puis à trouver définitivement plaisant de perdre sa vie à la gagner. Vint le coup de théâtre d’une proposition de travail pour Isabelle qui impliquait sur le plan financier que je puisse envisager d’arrêter de casser du caillou dans le pénitencier.
Depuis plus de 20 ans que je m’y collais, autant dire que je garde des années de libération qui suivirent un ineffable souvenir de jouissance extrême de chaque instant consacré à l’art pour l’art. Je mis un point d’honneur à beaucoup travailler dans une frénésie créatrice tous azimuts pour enfin approfondir la recherche en obtenant quelques fois la qualité que j’espérais.
Le fait que je sois tombé gravement malade au moment où j’allais accorder plus de temps à la promotion qu’à la création aurait pu me faire croire à une forme de destin définitivement hors du système contre lequel il était vain de se rebeller. En réalité, c’est l’analyse objective de la situation qui a fait naître en moi un scepticisme sur mes chances de pénétrer réellement le milieu artistique passé un certain âge. Il existe toujours des opportunités mais demeure le fait qu’il y a également (et heureusement) beaucoup plus d’artistes qu’auparavant en quête du même Graal de l’exposition. Les galeries sont submergées de demandes auxquelles elles ne prêtent aucune attention puisqu’Internet permet dorénavant de prospecter tranquillement les talents.
J’ai été épuisé par avance de ce trop long parcours du combattant à effectuer pour être exposé : constitution progressive de réseaux, fréquentation assidue du milieu en quête d’expos de groupes puis en solo, créations d’historiques de relations personnelles avec des galeristes, des curators, des critiques…
La série des METABOX m’a définitivement délivré de la quête de sens de ma démarche artistique et bienheureux dans la tour d’ivoire, j’ai produit images et textes en éprouvant un immense sentiment de gratitude pour Isabelle qui a rendu possible cette aventure.
À 18 ans, n’ayant pas d’interlocuteur pour disserter à loisir de mon avenir, je me sentais bien esseulé pour choisir les études supérieures qu’il me fallait envisager. Papa était occupé à quitter Maman et en bon dernier des cinq enfants je me retrouvais seul avec elle, totalement effondrée par la séparation soudaine, dans un petit appartement dans lequel nous avions précipitamment déménagé.
De 4 ans mon aîné, Micou s’autodétruisait déjà depuis des années et chaque conversation un peu sérieuse avec lui tournait invariablement autour de ses problèmes d’addiction. Sa dérive antisociale le rendait financièrement dépendant de Roger.
Un demi-frère, Christian et deux demi-sœurs, Chantal et Catou, mes aînés de respectivement 15, 12 et 10 ans ne se souciaient pas plus de moi que de Maman pour laquelle ils se contentaient d’un maigre soutien psychologique intermittent tandis que jamais ils ne s’investissaient dans un quelconque plan de sauvetage pour Micou.
En classe terminale je m’inscris à des cours de croquis de nu à Montparnasse dans l’antique atelier aux rideaux rouges en velours d’époque d’un artiste peintre vétéran des combats d’arrière-garde qui jouait au professeur à barbichette blanche. Il m’informa que les écoles d’arts n’étaient accessibles que sur concours (épreuves + dossier) et qu’il était indispensable de s’y préparer par une année dans des ateliers préparatoires. Le plus réputé était Penninghen préparant aux concours des écoles publiques d’art appliqués et aussi pour l’entrée sur dossier à l’École Supérieure d’Art Graphiques au sein du même établissement. L’ESAG, école réputée ultra-sélective, proposait d’obtenir en trois ans un diplôme en bénéficiant d’un réseau d’anciens parfaitement implantés dans les professions de la communication visuelle.
Dans un café de la rue de l’Université, je confiais à mon Père mes intentions de faire l’atelier préparatoire pour tenter l’entrée à l’ESAG en ayant pour unique motivation la certitude que j’allais pratiquer à temps plein mon activité favorite qui était le dessin. Papa ne rechigna pas à sortir le chéquier pour payer l’année préparatoire comme les trois suivantes après mon admission à l’ESAG mais jamais nous ne discutâmes de cette orientation choisie presque par hasard en méconnaissant parfaitement les réelles implications en termes d’activité professionnelle ultérieure.
L’idéal, dont je n’avais malheureusement pas conscience à l’époque, aurait été de viser une maîtrise de philosophie ou de lettres puis de présenter les beaux-arts (plutôt qu’une école d’arts appliqués comme Penninghen) avec un dossier personnel constitué parallèlement en toute liberté.
Plus expérimenté et moins influençable à 22 ans qu’à 18 ans, j’aurais mieux résisté aux pressions de l’académisme tout en envisageant une carrière d’artiste plasticien avec le réseau idoine mais tout ceci est une histoire qui n’a pas eu lieu (ma petite uchronie personnelle).
Profitant de certaines facilités, j’ai terminé l’atelier préparatoire en tête du classement annuel (sur 300), puis emporté par mon élan, j’ai ensuite obtenu la même place (sur les 30 de la promotion) chaque année de l’école supérieure puis logiquement j’ai fini diplômé, major de promotion.
Je ne tire aucune gloriole de ce parcours sans faute, car avec le recul, j’y vois aussi un manque de lucidité causé par le rythme de travail effréné de l’ESAG cloisonné dans un système de notation implacable.
Inévitablement, lors de l’exposition des diplômes, un directeur de création me proposa immédiatement un premier job dans une excellente et prestigieuse agence pour le mois de septembre et c’est le cœur léger que je partis dans le sud pour un été proche de la perfection.
La première désillusion vint de mon aversion qui s’avéra rédhibitoire pour une carrière de directeur artistique dans la publicité qui m’apparut être une sorte d’escroquerie intellectuelle inintéressante dont j’étais complètement écœuré après un essai méritoire de deux ans dans deux agences différentes.
Par ailleurs le refus presque physique du monde de l’entreprise exigeant la soumission à un système hiérarchique en subissant l’abrutissement du rythme métro, boulot, dodo, me força à devenir free-lance.
Ne pas recevoir d’ordre et être libre d’alterner les nuits blanches de travail avec celles dédiées à profiter de la vie nocturne parisienne, vendre mes propres projets en résolvant des problèmes de communication visuelle pour des clients que je choisissais, jouir d’un sentiment de contrôle et d’indépendance, pour tout ceci qui était plaisant et rémunérateur à long terme, il y aurait un prix à payer que je n’avais pas calculé.
À la nécessité triviale de gagner ma vie s’est ajouté le souci permanent de ne jamais savoir de quoi demain sera fait si les commandes venaient à diminuer.
Je mis donc les bouchées doubles dans l’illustration et le graphisme en me spécialisant dans les identités visuelles car j’avais la satisfaction du toucher le cœur du sujet lors des réunions décidant d’un logotype.
Je ne rencontrais jamais de difficultés particulières dans la conception ou la réalisation et je faisais du bon boulot en m’imposant une discipline sans faille dans le travail.
En obtenant la Villa Médicis une décade plus tard, la bonne réputation déjà acquise se confirmant, j’avais encore l’impression que tout allait bien. C’est paradoxalement à Rome que je pris réellement conscience que je m’étais fourvoyé et que l’erreur commise était colossale.
Durant cette année sabbatique aussi exceptionnelle qu’imprévue, j’ai enfin pu consacrer tout mon temps à une recherche purement artistique en créant le catalogue raisonné d’un artiste virtuel, mon intérêt pour le cyber-space datant de la fin des années quatre-vingt (pour l’anecdote j’ai créé en 1995 le premier site de la Villa Médicis en établissant la première connexion à Internet).
De retour à Paris, il me fallut immédiatement reprendre le collier du graphiste à succès en reléguant comme d’habitude la recherche fondamentale dans les fugitifs moments de temps libre. L’ironie fut donc qu’au moment où je devais profiter d’une respectabilité augmentée (en créant un studio de graphisme avec tous les avantages que cela promettait) je n’avais plus aucune motivation pour le métier, ayant momentanément goûté à la divine source de la liberté absolue.
J’ai rusé avec moi-même en prospectant mes clients dans le monde de l’art, pensant que cela me rapprocherait de mon but mais cela ne fit que renforcer mon image de graphiste dans un milieu que j’aurais préféré fréquenter plus utilement en jouant un autre rôle.
Je poursuivais donc ma recherche artistique au compte-goutte quand soudainement le métier de graphiste subit une métamorphose majeure. L’ordinateur personnel qui m’avait été indispensable en tant que free-lance devint bientôt mon pire ennemi car la PAO (publication assistée par ordinateur) n’était plus l’apanage de quelques graphistes pionniers de mon espèce mais une carte de visite facile pour une foule de nouveaux concurrents souvent sans autre talent que celui d’avoir acheté un mac.
J’ai encore en mémoire une soirée assez cocasse où quasiment tout le monde se prétendait graphiste juste en connaissant les fonctions de base de la trilogie X-press/Illustrator/Photoshop (mise en page – dessin vectoriel – image). Les amateurs novices offrant les mêmes services à bien moindre coût évidemment sans se soucier de légitimer leur prétention par l’obtention d’un diplôme ou la moindre expérience visible dans un book. Cette activité que je ne voulais plus exercer perdait de son aura et ses principes fondamentaux qui n’ont rien à voir avec l’outil informatique lui-même semblaient de poussiéreuses règles inutiles.
Je n’avais plus vraiment d’autres choix que de faire preuve d’un pragmatisme en or massif en devenant le créateur de ma petite entreprise reconnu pour son expertise dans la communication visuelle ayant peaufiné son réseau dans le monde de la culture, les musées, les fondations, etc.
J’ai résisté à cette tentation car les exemples d’entrepreneurs autour de moi ne me disaient rien qui vaille la peine d’être imité sauf à vouloir abandonner une bonne fois pour toutes mon ambition artistique puis à trouver définitivement plaisant de perdre sa vie à la gagner. Vint le coup de théâtre d’une proposition de travail pour Isabelle qui impliquait sur le plan financier que je puisse envisager d’arrêter de casser du caillou dans le pénitencier.
Depuis plus de 20 ans que je m’y collais, autant dire que je garde des années de libération qui suivirent un ineffable souvenir de jouissance extrême de chaque instant consacré à l’art pour l’art. Je mis un point d’honneur à beaucoup travailler dans une frénésie créatrice tous azimuts pour enfin approfondir la recherche en obtenant quelques fois la qualité que j’espérais.
Le fait que je sois tombé gravement malade au moment où j’allais accorder plus de temps à la promotion qu’à la création aurait pu me faire croire à une forme de destin définitivement hors du système contre lequel il était vain de se rebeller. En réalité, c’est l’analyse objective de la situation qui a fait naître en moi un scepticisme sur mes chances de pénétrer réellement le milieu artistique passé un certain âge. Il existe toujours des opportunités mais demeure le fait qu’il y a également (et heureusement) beaucoup plus d’artistes qu’auparavant en quête du même Graal de l’exposition. Les galeries sont submergées de demandes auxquelles elles ne prêtent aucune attention puisqu’Internet permet dorénavant de prospecter tranquillement les talents.
J’ai été épuisé par avance de ce trop long parcours du combattant à effectuer pour être exposé : constitution progressive de réseaux, fréquentation assidue du milieu en quête d’expos de groupes puis en solo, créations d’historiques de relations personnelles avec des galeristes, des curators, des critiques…
La série des METABOX m’a définitivement délivré de la quête de sens de ma démarche artistique et bienheureux dans la tour d’ivoire, j’ai produit images et textes en éprouvant un immense sentiment de gratitude pour Isabelle qui a rendu possible cette aventure.
REGRET
Ne pas avoir de regrets c’est manquer d’imagination car avec le temps on discerne les occasions manquées en mesurant plus précisément les conséquences de nos actions ou de notre inaction.
L’absence de prise de risques est sans doute le regret le plus affligeant.
Les regrets ne sont éternels que sur les pierres tombales.
Ne pas confondre le regret avec la nostalgie car on ne regrette pas un instant magique, un moment de bonheur, une époque heureuse révolue.
Il faut distinguer le regret du remords qui correspond à une « mauvaise » action dégradant l’estime de soi (qu’il est éventuellement possible de rééquilibrer avec une « bonne » action).
Mon plus grand regret est d’avoir perdu trop tôt mon frère…
Michaël
Micou de quatre ans mon aîné avait inévitablement le dessus dans les incessantes bagarres qui souvent dégénéraient dangereusement tant était vif le désir d’avoir le dernier mot. Je compensais ma faiblesse musculaire par la ruse ou d’interminables palabres en prenant soin de demeurer à bonne distance. Comme un tigre agacé par un petit singe hors de portée, Micou cherchait un moyen de contourner par surprise la table de la salle à manger me servant de rempart ou bien de forcer la porte du cagibi qui fut maintes fois mon ultime refuge.
La soif d’en découdre jamais étanchée, je ne cessais de le provoquer tandis qu’il faisait preuve d’une fertile imagination pour me clore le bec comme lorsqu’il m’étouffait en pesant de tout son poids sur l’oreiller sans se soucier ni du temps qui s’écoulait ni du grognement censé être ma déshonorante demande d’armistice.
Bien que je puisse sans mentir affirmer avoir vécu une forme, non pas de martyre mais d’épreuve extrême, je n’étais pas en reste dans l’expression d’une violence incontrôlée. Une fois, je lui lançai de toutes les forces du gladiateur en fin de parcours, une sagaie de Madagascar (une authentique arme ramenée de l’autre hémisphère par mon père) qui s’est planté dans la porte de sa chambre claquée juste au dernier moment. La fente créée demeurera longtemps la trace de ma détermination à ne jamais m’avouer vaincu.
Il nous arrivait d’édicter des règles chevaleresques lorsque des armes redoutables nous fascinaient par leur potentiel. Ainsi se tabasser avec les longues chaussettes d’hiver bourrées d’autres chaussettes nécessitait certains interdits car qui n’a jamais pris un coup par-derrière d’un tel gourdin élastique ne peut sans doute pas saisir l’impérieuse obligation à ne pas dépasser certaines limites dans ce jeu de massacre.
Un dimanche matin, trop agacé par nos cris scandant un infernal chahut, Papa nous tira par les maillots de corps (invariable accoutrement de mon enfance qui allait de pair avec le slip kangourou de l’époque) pour nous caler l’un en face de l’autre autour de la table du salon. Les visages rougis par l’énervement, les corps dégoulinant de sueur, nous reprenions notre souffle, sommés de s’expliquer diplomatiquement :
– Monsieur Philou, ce traître m’a cogné la tête avec…
– Monsieur Micou, ce lâche m’a forcé à…
Un dialogue de sourds butés sans résultats probants n’ayant eu finalement pour raison d’être que le souvenir qu’il m’en reste puisque c’est l’une des très rares images à la remarquable exactitude que j’ai conservée du visage de mon frère à cette époque lointaine de mon enfance.
Je me souviens d’une promesse faite à moi-même de ne jamais oublier que j’avais pleuré presque chaque jour (serment formulé lorsque je fus saucissonné, les pieds reliés au montant de la fenêtre et les mains à la poignée de la porte refermée de la chambre pour me laisser ainsi, seul, attaché durant ce qui m’apparut être une éternité).
Bien plus tard, je me suis rendu à l’évidence que j’avais éprouvé un plaisir un peu malsain à ma position d’infériorité comme un petit pays peut être fier de se défendre de l’impérialisme de son puissant voisin. J’ignore toujours quelles forces obscures animaient Micou car je n’ai jamais eu l’occasion de revenir sur les raisons qui auraient expliqué la violence somme toute excessive de nos bagarres. Sans doute était-il subjugué – comme je devais l’être mais de manière plus vague – par ce mélange aberrant de pleurs et de fous rires qui nous laissaient blêmes et fourbus après une interminable dispute.
La rentrée de sixième propulsant brusquement Micou dans l’adolescence eut pour conséquence que l’enfant de 8 ans que j’étais se retrouva soudainement esseulé… J’ai bien plus souffert par cette séparation forcée par la différence d’âge que des bleus résultant des combats qui cessèrent faute de combattant. S’installa alors la paix des braves en toute fraternité car le plus infime sentiment de haine ne s’était jamais immiscé dans notre état de conflit permanent. Dorénavant, Micou s’enfermait souvent dans sa chambre tandis que je restais des journées entières dans la mienne à tenter de me convaincre que mes petits soldats en plastique avaient une âme.
Avant de devoir me résigner à cette solitude inhabituelle, nous avons été moult fois, non pas ennemis, mais complices dans bien des entreprises censées circonscrire le réel selon nos propres normes. On peut évoquer le jour où Micou, se mettant par terre sur le dos, jambes repliées, m’invitait à m’asseoir sur ses pieds afin de jouer au cosmonaute dont j’avais reçu le magnifique déguisement argenté pour mon anniversaire. Lorsqu’il me projeta en orbite en dépliant ses jambes de toutes ses forces, l’oreiller que nous avions placé à l’emplacement prévu de l’alunissage sur le sol ne fut d’aucun secours puisque je cognais la tête la première le mur d’en face à un bon mètre de hauteur, tombant non pas dans les plumes, mais réellement dans les pommes. La visière orange en plastique dur du casque éclata en plusieurs morceaux dont les pointes effilées frôlèrent mes yeux… J’avais le crâne bosselé, les cheveux gluants de sang mais je ne pouvais me plaindre puisque le plan de vol avait été élaboré d’un commun accord.
Un Noël, Micou commanda une boîte de chimie qui le passionna au plus haut point et il trouva peu après la recette d’un mélange détonnant (Chlorate de potassium et sucre en poudre) que nous avons confiné dans un petit bocal dont l’explosion projeta dans la cuisine des centaines d’éclats de verre ! Cette expérience d’apprenti chimiste marqua définitivement la table en Formica d’une méchante balafre noire qui nous rappelait à chaque repas, que nous avions failli nous défigurer. La fabrication de fusées avec des tubes en carton sembla la meilleure idée pour faire durer le plaisir explosif puisque nous possédions une excellente base de lancement sur la terrasse au dernier étage de l’immeuble d’un copain aussi inconscient et turbulent que nous. Voir les roquettes s’enflammer en décrivant de belles courbes dans le ciel gris de Paris fut un grand moment de félicité interrompu par le gardien affolé qui tambourinait comme un fou à la porte de l’appartement. Recevions-nous ensuite des raclées à la maison pour ce genre d’exploit qui aurait pu embraser le quartier ? Non…
Mais notre jeu en double préféré (et bien plus innocent) était de tenter de passer inaperçus en progressant le soir dans l’appartement alors que nous étions officiellement au lit. La tenue de commando n’était autre que le classique maillot de corps et slip blanc déjà évoqués. À l’époque, nous étions encore sept à vivre à la maison et ces missions que nous nous proposions de remplir n’étaient donc pas de tout repos. La plus périlleuse consistait à rester planqué dans le placard de l’entrée un long moment puis de saisir l’opportunité de ramper sur le parquet sous le long buffet du salon afin de mater le film du soir à la télé en retenant notre souffle et nos rires nerveux lorsqu’en bas de l’écran était présent le fameux carré blanc des programmes « interdits aux enfants » (dans les années soixante).
Deux événements remarquables et dramatiques dans lesquels Micou joua un rôle primordial ont marqué à jamais mon enfance en entrelaçant définitivement nos destins puisque mon frère eut l’occasion de me sauver la vie à deux reprises. Dans une station balnéaire espagnole (dont j’ai oublié le nom), j’ai failli me noyer dans l’océan en m’étant imprudemment éloigné du rivage. Lorsque mon petit bateau en plastique a chaviré et fut propulsé hors de ma portée par le vent à une vitesse supersonique, j’ai nagé bêtement de toutes mes forces de gamin de 6 ou 7 ans pour le rattraper. Ayant rapidement gaspillé toute mon énergie, j’ai bien senti que j’allais couler à pic au moment ou Micou, miraculeusement présent dans les parages, m’a crié de tenir bon le temps qu’il puisse m’alpaguer et me ramener sur la plage en utilisant la technique des sauveteurs dont il était très fier de maîtriser les rudiments (nager sur le dos en allongeant devant soi le rescapé dont on maintient la tête hors de l’eau en glissant une main sous son menton).
Lors d’un camp d’été des éclaireurs de France dans les Pyrénées, il intervint in extremis une seconde fois. Afin de préparer ce qui devait être un mémorable méchoui d’un mouton entier, nous devions toute l’après-midi récolter le plus de bois possible. En fin de journée, j’avais fini par me glisser seul dans une demi-obscurité en contrebas de la berge d’une rivière où flottaient de grosses branches qu’il eut été assez remarquable de parvenir à rapporter au camp. Encore une fois j’avais préjugé de mes forces qui m’abandonnèrent en baignant trop longtemps dans l’eau glacée jusqu’au torse. On se mit tardivement mais activement à ma recherche et ce fut Micou – à l’instinct apparemment infaillible – qui me retrouva dans les ténèbres et me transporta au camp sur son dos. On m’installa tout grelottant près du feu qui était grand. La chaleur créait sur tout mon corps des volutes de vapeur dont j’admirais, épuisé et comme stupide, l’imbrication compliquée des formes. J’apercevais parfois Micou qui s’affairait comme les autres aux préparatifs du festin. Il ne songeait sans doute déjà plus au fait qu’une improbable fortune lui avait permis de m’éviter l’hypothermie et sans doute encore une fois la noyade.
Par ailleurs ce fut lors de la dernière soirée de ce camp que se produisit un incident dont on pourra évaluer ensuite la gravité malgré son caractère anecdotique initial. Précisons auparavant que les éclaireurs (laïques) calquent leur organisation sur celle des scouts (chrétiens) sans en conserver le caractère trop strict. L’uniforme n’était pas vraiment obligatoire (à l’exception du foulard pour de multiples raisons pratiques ou ludiques) tandis que la discipline presque militaire de scouts était quasiment absente. Néanmoins nous partagions la traditionnelle et désuète cérémonie de la promesse afin que chacun se déclare pour toujours « prêt ». C’est-à-dire prêt à honorer certaines valeurs tels que l’aide à son prochain, l’amitié, le respect de ses engagements, etc.
Le soir venu pour les novices de faire leurs promesses, Micou très en verve céda à la tentation de faire le malin dans la silencieuse solennité requise en la circonstance en provoquant des rires autour de lui par des propos tournant le protocole en dérision. On lui reprocha son attitude désinvolte dans le train de nuit du retour vers Paris en lui signifiant rien de moins que son exclusion définitive des éclaireurs. Je revois encore sa tête de beau gosse mais blême, dans le couloir du wagon après avoir claqué la porte du compartiment dans lequel il avait soudainement compris que son plus grand espace de liberté peuplé de ses meilleurs potes venait de se volatiliser.
Plus tard, son insoumission à une hiérarchie quelconque lui rendait insupportable l’encadrement du lycée dont il sera définitivement exclu avant le bac. Il se marginalisa ensuite radicalement sans devenir un solitaire puisqu’il rejoignait la tribu des originaux dont on peut constater qu’elle fait souvent société au même titre que bien d’autres. Les parents furent rapidement complètement dépassés par la dégradation de sa situation qu’on ne pouvait circonscrire aux habituelles difficultés rencontrées à l’adolescence. Papa a inexplicablement baissé les bras en s’enfermant dans une attitude contre-productive qui consistait à se montrer trop déçu pour dialoguer tandis que Maman ramenait par la peau des fesses le voisin du dessus, copain et complice des premiers roulages de joints, pour le forcer à avouer devant mon Père interloqué, les après-midis de fumette et bien d’autres activités qui ne présageaient rien de bon comme les préparatifs d’une fugue avec un troisième compère.
Le paternel n’aura donc jamais pris le taureau par les cornes en se contentant d’assurer plus tard un soutien financier lui permettant sans doute de déculpabiliser à peu de frais alors que son fils était en chute libre. Maman, au contraire bataillera sur tous les fronts au jour le jour pour éviter le pire sans jamais parvenir à colmater les avaries qui finirent par faire couler prématurément le bateau souvent ivre puisque l’addiction à alcool fut bien plus problématique que les expériences de drogues diverses qui demeurèrent une sorte de saupoudrage irrégulier se raréfiant au fil des ans.
À partir de sa majorité, Micou incarna donc ce classique punky parisien borderline toujours prêt mais prêt à déconner, excellemment drôle mais aussi souvent très pénible à vivre – il faut bien le dire – car trop souvent alcoolisé. Il fréquentait les squats d’artistes de l’époque héroïque (notamment celui des fondateurs du DAL, Droit Au Logement) autant que les hôpitaux, d’abord sporadiquement aux urgences puis régulièrement dans différents services pour traiter les pathologies ordinairement consécutives des excès répétés dans le cadre d’un état de santé dégradé notamment par l’hépatite B.
Entre 20 et 30 ans la vitalité de l’adulte jeune l’emportait malgré tout et sa désinvolture, son anarchisme pacifique, son royal je-m’en-foutisme et surtout son humour totalement débridé me plaisait tandis que sa santé m’affligeait.
La dernière année encore, j’étais tellement blasé d’aller lui rendre visite dans tel ou tel service hospitalier que lorsque j’allais le voir à la Pitié-Salpêtrière, je n’envisageais pas un seul instant qu’il s’agissait de notre dernier tête-à-tête !
J’ai appris au téléphone son décès dans les jours qui ont suivi.
Depuis longtemps, Maman avait été assez adroite pour assujettir son aide financière à des visites chez des psys (parfois de renom comme le fameux Professeur Rapoport) ou à des séjours de désintoxication qui se soldaient par des échecs dès que Micou réintégrait la vie parisienne avec ses tentations à chaque coin de rue.
Lorsque j’ai emménagé dans mon premier appartement, rue du Faubourg du Temple, j’ai décidé de l’héberger pour lui coller aux fesses entre les réunions des alcooliques anonymes auxquelles je l’avais convaincu d’aller. Après quelques semaines, la mission se révéla impossible car dans le quartier (des années quatre-vingt) il y avait autant, voire plus de drogues en libre circulation que de combustible à exploser les compteurs d’alcoolémie (le patron du café en bas de chez moi trouait les petites cuillères à la perceuse afin de les rendre inutilisables par les junkies se shootant dans les toilettes de l’établissement). Donc, en attendant de reprendre ses habitudes spongieuses, Micou réglait ses problèmes de manque avec d’autres substances comme on peut le constater avec désolation dans le film Tchao Pantin où il apparaît brièvement (il fit le casting par hasard) pour jouer son propre rôle auprès de Richard Anconina qui lui refile une dose dans un sinistre rade parisien. Lorsque je gamberge en mode flash-back, je me laisse aller à penser à ce tout ce que je n’ai pas vécu avec Micou et je regrette, non pas de ne pas en avoir fait assez pour le sortir d’affaire car c’est une tâche à bien des égards qui n’appartenait qu’à lui d’accomplir pour en garantir le succès, mais de ne pas avoir vécu plus de moments exceptionnels comme de voyager ensemble ou de passer plus de temps avec nos filles.
Il est vrai que je n’étais pas forcément enclin à augmenter l’intensité de notre relation puisqu’il n’était pas rare que les choses partent brusquement en vrille comme l’illustre l’anecdote tragicomique de la brochette avec laquelle il embrocha ma cuisse par-dessous la table juste pour s’amuser à faire un peu d’escrime. Comme toujours, je ne considérais pas que cet incident peut être rédhibitoire, mais il me renforçait dans la conviction que point trop de Micou n’était nécessaire. Même dans les squats, il arrivait que ses potes lui fassent la leçon ou soient tentés de l’exclure lorsqu’il dépassait les limites.
À un moment, en désespoir de cause, je me résolus à utiliser l’arme de dissuasion massive en lui signifiant que les ponts seraient définitivement rompus si, ne serait-ce qu’une seule fois, il n’était pas « clean » lorsque nous avions prévu de nous voir, notamment les fois où il viendrait chez moi alors que Solène était présente. En l’obligeant à respecter ces règles strictes, j’ai pris le risque de le braquer et de ne plus le voir mais c’est sûrement la plus grande aide que j’ai pu lui apporter car cela a à peu près fonctionné même si un chantage n’est a priori jamais une solution. Progressivement et paradoxalement apparut dans les squats (que la municipalité de Paris n’osait plus menacer de descente de police) une forme d’embourgeoisement combinée à un système hiérarchique plutôt incompatible avec les revendications libertaires qui prévalaient initialement. Dans une singulière mise en abîme, Micou devenait l’électron libre provocateur au sein d’une communauté censée regrouper des individus s’émancipant de toute forme de sujétion à un ordre établi.
Lorsque Véronique fut enceinte, il était déjà clair que le couple qu’elle formait avec Micou ne parviendrait jamais à un point d’équilibre. En apportant à Maman le grand bonheur de devenir grand-mère, il payait une partie de sa dette envers elle. Lola fut une lumineuse éclaircie pour tout le monde dans un ciel gris, invariablement lourd de menaces. Au début, j’avoue avoir fait preuve du plus grand scepticisme s’agissant des capacités de Micou à relever le défi de la paternité puis son amour inconditionnel pour sa fille lui permit de tenir son rôle même s’il y eut forcément des passages à vide que son état de santé défaillant autorise à pardonner.
Durant trop longtemps j’entretenais une forme d’illusion consistant à confiner Micou dans l’image du frère qui a passé par dessus bord lorsque la tempête s’était déchaînée à l’adolescence et à qui je lançais ensuite sans cesse des bouées de sauvetage sans parvenir à le ramener sur le pont du bateau. Certes personne n’aurait pu affirmer que son existence était toujours rose mais un jour, par hasard, je me suis retrouvé bloqué dans un encombrement rue de la roquette. J’enrageais de m’être ainsi fait stupidement coincer si près de chez moi après une journée de boulot et de déplacements assez pénibles tandis que la canicule me tapait sur le système. Désœuvré, j’inventoriais les clients à la terrasse d’un café où je me serais bien vu prendre un demi, tranquille et insouciant plutôt que de faire du sur place. Parmi tous les porteurs de lunette de soleil qui se doraient la pilule en picolant une bière, je reconnus Micou, affublé d’un legging léopard et d’un T-shirt indescriptible, en compagnie d’un ou deux potes. Il paraissait d’humeur guillerette, comme abonné à une vie sans soucis en parfaite harmonie avec l’univers, ayant trouvé la solution pour ne rien faire toute en profitant. J’ai failli klaxonner un petit coup pour lui faire signe mais je me suis ravisé en demeurant songeur. Point de spectaculaire révolution copernicienne dans ma cervelle résultant de cette rencontre fortuite car je n’aurais pas échangé nos vies mais le point de fuite à l’horizon s’était suffisamment déplacé pour modifier la perspective que je croyais immuable.
La vie de Micou en valait bien une autre puisque, in fine, qui pourrait prétendre ne traîner aucun fardeau ? Le sien, aussi lourd qu’il a pu souvent être, avait sa contrepartie éventuellement désirable dans sa complète émancipation des règles contraignantes de l’enfermement dans le rythme métro, boulot, dodo.
Son destin aura été de sacrifier la longévité à l’intensité au nom d’une jouissive liberté mais au détriment de ceux qui l’aimaient lui ayant survécu qui durent ensuite souffrir de son absence durant de très longues années.
Ne pas avoir de regrets c’est manquer d’imagination car avec le temps on discerne les occasions manquées en mesurant plus précisément les conséquences de nos actions ou de notre inaction.
L’absence de prise de risques est sans doute le regret le plus affligeant.
Les regrets ne sont éternels que sur les pierres tombales.
Ne pas confondre le regret avec la nostalgie car on ne regrette pas un instant magique, un moment de bonheur, une époque heureuse révolue.
Il faut distinguer le regret du remords qui correspond à une « mauvaise » action dégradant l’estime de soi (qu’il est éventuellement possible de rééquilibrer avec une « bonne » action).
Mon plus grand regret est d’avoir perdu trop tôt mon frère…
Michaël
Micou de quatre ans mon aîné avait inévitablement le dessus dans les incessantes bagarres qui souvent dégénéraient dangereusement tant était vif le désir d’avoir le dernier mot. Je compensais ma faiblesse musculaire par la ruse ou d’interminables palabres en prenant soin de demeurer à bonne distance. Comme un tigre agacé par un petit singe hors de portée, Micou cherchait un moyen de contourner par surprise la table de la salle à manger me servant de rempart ou bien de forcer la porte du cagibi qui fut maintes fois mon ultime refuge.
La soif d’en découdre jamais étanchée, je ne cessais de le provoquer tandis qu’il faisait preuve d’une fertile imagination pour me clore le bec comme lorsqu’il m’étouffait en pesant de tout son poids sur l’oreiller sans se soucier ni du temps qui s’écoulait ni du grognement censé être ma déshonorante demande d’armistice.
Bien que je puisse sans mentir affirmer avoir vécu une forme, non pas de martyre mais d’épreuve extrême, je n’étais pas en reste dans l’expression d’une violence incontrôlée. Une fois, je lui lançai de toutes les forces du gladiateur en fin de parcours, une sagaie de Madagascar (une authentique arme ramenée de l’autre hémisphère par mon père) qui s’est planté dans la porte de sa chambre claquée juste au dernier moment. La fente créée demeurera longtemps la trace de ma détermination à ne jamais m’avouer vaincu.
Il nous arrivait d’édicter des règles chevaleresques lorsque des armes redoutables nous fascinaient par leur potentiel. Ainsi se tabasser avec les longues chaussettes d’hiver bourrées d’autres chaussettes nécessitait certains interdits car qui n’a jamais pris un coup par-derrière d’un tel gourdin élastique ne peut sans doute pas saisir l’impérieuse obligation à ne pas dépasser certaines limites dans ce jeu de massacre.
Un dimanche matin, trop agacé par nos cris scandant un infernal chahut, Papa nous tira par les maillots de corps (invariable accoutrement de mon enfance qui allait de pair avec le slip kangourou de l’époque) pour nous caler l’un en face de l’autre autour de la table du salon. Les visages rougis par l’énervement, les corps dégoulinant de sueur, nous reprenions notre souffle, sommés de s’expliquer diplomatiquement :
– Monsieur Philou, ce traître m’a cogné la tête avec…
– Monsieur Micou, ce lâche m’a forcé à…
Un dialogue de sourds butés sans résultats probants n’ayant eu finalement pour raison d’être que le souvenir qu’il m’en reste puisque c’est l’une des très rares images à la remarquable exactitude que j’ai conservée du visage de mon frère à cette époque lointaine de mon enfance.
Je me souviens d’une promesse faite à moi-même de ne jamais oublier que j’avais pleuré presque chaque jour (serment formulé lorsque je fus saucissonné, les pieds reliés au montant de la fenêtre et les mains à la poignée de la porte refermée de la chambre pour me laisser ainsi, seul, attaché durant ce qui m’apparut être une éternité).
Bien plus tard, je me suis rendu à l’évidence que j’avais éprouvé un plaisir un peu malsain à ma position d’infériorité comme un petit pays peut être fier de se défendre de l’impérialisme de son puissant voisin. J’ignore toujours quelles forces obscures animaient Micou car je n’ai jamais eu l’occasion de revenir sur les raisons qui auraient expliqué la violence somme toute excessive de nos bagarres. Sans doute était-il subjugué – comme je devais l’être mais de manière plus vague – par ce mélange aberrant de pleurs et de fous rires qui nous laissaient blêmes et fourbus après une interminable dispute.
La rentrée de sixième propulsant brusquement Micou dans l’adolescence eut pour conséquence que l’enfant de 8 ans que j’étais se retrouva soudainement esseulé… J’ai bien plus souffert par cette séparation forcée par la différence d’âge que des bleus résultant des combats qui cessèrent faute de combattant. S’installa alors la paix des braves en toute fraternité car le plus infime sentiment de haine ne s’était jamais immiscé dans notre état de conflit permanent. Dorénavant, Micou s’enfermait souvent dans sa chambre tandis que je restais des journées entières dans la mienne à tenter de me convaincre que mes petits soldats en plastique avaient une âme.
Avant de devoir me résigner à cette solitude inhabituelle, nous avons été moult fois, non pas ennemis, mais complices dans bien des entreprises censées circonscrire le réel selon nos propres normes. On peut évoquer le jour où Micou, se mettant par terre sur le dos, jambes repliées, m’invitait à m’asseoir sur ses pieds afin de jouer au cosmonaute dont j’avais reçu le magnifique déguisement argenté pour mon anniversaire. Lorsqu’il me projeta en orbite en dépliant ses jambes de toutes ses forces, l’oreiller que nous avions placé à l’emplacement prévu de l’alunissage sur le sol ne fut d’aucun secours puisque je cognais la tête la première le mur d’en face à un bon mètre de hauteur, tombant non pas dans les plumes, mais réellement dans les pommes. La visière orange en plastique dur du casque éclata en plusieurs morceaux dont les pointes effilées frôlèrent mes yeux… J’avais le crâne bosselé, les cheveux gluants de sang mais je ne pouvais me plaindre puisque le plan de vol avait été élaboré d’un commun accord.
Un Noël, Micou commanda une boîte de chimie qui le passionna au plus haut point et il trouva peu après la recette d’un mélange détonnant (Chlorate de potassium et sucre en poudre) que nous avons confiné dans un petit bocal dont l’explosion projeta dans la cuisine des centaines d’éclats de verre ! Cette expérience d’apprenti chimiste marqua définitivement la table en Formica d’une méchante balafre noire qui nous rappelait à chaque repas, que nous avions failli nous défigurer. La fabrication de fusées avec des tubes en carton sembla la meilleure idée pour faire durer le plaisir explosif puisque nous possédions une excellente base de lancement sur la terrasse au dernier étage de l’immeuble d’un copain aussi inconscient et turbulent que nous. Voir les roquettes s’enflammer en décrivant de belles courbes dans le ciel gris de Paris fut un grand moment de félicité interrompu par le gardien affolé qui tambourinait comme un fou à la porte de l’appartement. Recevions-nous ensuite des raclées à la maison pour ce genre d’exploit qui aurait pu embraser le quartier ? Non…
Mais notre jeu en double préféré (et bien plus innocent) était de tenter de passer inaperçus en progressant le soir dans l’appartement alors que nous étions officiellement au lit. La tenue de commando n’était autre que le classique maillot de corps et slip blanc déjà évoqués. À l’époque, nous étions encore sept à vivre à la maison et ces missions que nous nous proposions de remplir n’étaient donc pas de tout repos. La plus périlleuse consistait à rester planqué dans le placard de l’entrée un long moment puis de saisir l’opportunité de ramper sur le parquet sous le long buffet du salon afin de mater le film du soir à la télé en retenant notre souffle et nos rires nerveux lorsqu’en bas de l’écran était présent le fameux carré blanc des programmes « interdits aux enfants » (dans les années soixante).
Deux événements remarquables et dramatiques dans lesquels Micou joua un rôle primordial ont marqué à jamais mon enfance en entrelaçant définitivement nos destins puisque mon frère eut l’occasion de me sauver la vie à deux reprises. Dans une station balnéaire espagnole (dont j’ai oublié le nom), j’ai failli me noyer dans l’océan en m’étant imprudemment éloigné du rivage. Lorsque mon petit bateau en plastique a chaviré et fut propulsé hors de ma portée par le vent à une vitesse supersonique, j’ai nagé bêtement de toutes mes forces de gamin de 6 ou 7 ans pour le rattraper. Ayant rapidement gaspillé toute mon énergie, j’ai bien senti que j’allais couler à pic au moment ou Micou, miraculeusement présent dans les parages, m’a crié de tenir bon le temps qu’il puisse m’alpaguer et me ramener sur la plage en utilisant la technique des sauveteurs dont il était très fier de maîtriser les rudiments (nager sur le dos en allongeant devant soi le rescapé dont on maintient la tête hors de l’eau en glissant une main sous son menton).
Lors d’un camp d’été des éclaireurs de France dans les Pyrénées, il intervint in extremis une seconde fois. Afin de préparer ce qui devait être un mémorable méchoui d’un mouton entier, nous devions toute l’après-midi récolter le plus de bois possible. En fin de journée, j’avais fini par me glisser seul dans une demi-obscurité en contrebas de la berge d’une rivière où flottaient de grosses branches qu’il eut été assez remarquable de parvenir à rapporter au camp. Encore une fois j’avais préjugé de mes forces qui m’abandonnèrent en baignant trop longtemps dans l’eau glacée jusqu’au torse. On se mit tardivement mais activement à ma recherche et ce fut Micou – à l’instinct apparemment infaillible – qui me retrouva dans les ténèbres et me transporta au camp sur son dos. On m’installa tout grelottant près du feu qui était grand. La chaleur créait sur tout mon corps des volutes de vapeur dont j’admirais, épuisé et comme stupide, l’imbrication compliquée des formes. J’apercevais parfois Micou qui s’affairait comme les autres aux préparatifs du festin. Il ne songeait sans doute déjà plus au fait qu’une improbable fortune lui avait permis de m’éviter l’hypothermie et sans doute encore une fois la noyade.
Par ailleurs ce fut lors de la dernière soirée de ce camp que se produisit un incident dont on pourra évaluer ensuite la gravité malgré son caractère anecdotique initial. Précisons auparavant que les éclaireurs (laïques) calquent leur organisation sur celle des scouts (chrétiens) sans en conserver le caractère trop strict. L’uniforme n’était pas vraiment obligatoire (à l’exception du foulard pour de multiples raisons pratiques ou ludiques) tandis que la discipline presque militaire de scouts était quasiment absente. Néanmoins nous partagions la traditionnelle et désuète cérémonie de la promesse afin que chacun se déclare pour toujours « prêt ». C’est-à-dire prêt à honorer certaines valeurs tels que l’aide à son prochain, l’amitié, le respect de ses engagements, etc.
Le soir venu pour les novices de faire leurs promesses, Micou très en verve céda à la tentation de faire le malin dans la silencieuse solennité requise en la circonstance en provoquant des rires autour de lui par des propos tournant le protocole en dérision. On lui reprocha son attitude désinvolte dans le train de nuit du retour vers Paris en lui signifiant rien de moins que son exclusion définitive des éclaireurs. Je revois encore sa tête de beau gosse mais blême, dans le couloir du wagon après avoir claqué la porte du compartiment dans lequel il avait soudainement compris que son plus grand espace de liberté peuplé de ses meilleurs potes venait de se volatiliser.
Plus tard, son insoumission à une hiérarchie quelconque lui rendait insupportable l’encadrement du lycée dont il sera définitivement exclu avant le bac. Il se marginalisa ensuite radicalement sans devenir un solitaire puisqu’il rejoignait la tribu des originaux dont on peut constater qu’elle fait souvent société au même titre que bien d’autres. Les parents furent rapidement complètement dépassés par la dégradation de sa situation qu’on ne pouvait circonscrire aux habituelles difficultés rencontrées à l’adolescence. Papa a inexplicablement baissé les bras en s’enfermant dans une attitude contre-productive qui consistait à se montrer trop déçu pour dialoguer tandis que Maman ramenait par la peau des fesses le voisin du dessus, copain et complice des premiers roulages de joints, pour le forcer à avouer devant mon Père interloqué, les après-midis de fumette et bien d’autres activités qui ne présageaient rien de bon comme les préparatifs d’une fugue avec un troisième compère.
Le paternel n’aura donc jamais pris le taureau par les cornes en se contentant d’assurer plus tard un soutien financier lui permettant sans doute de déculpabiliser à peu de frais alors que son fils était en chute libre. Maman, au contraire bataillera sur tous les fronts au jour le jour pour éviter le pire sans jamais parvenir à colmater les avaries qui finirent par faire couler prématurément le bateau souvent ivre puisque l’addiction à alcool fut bien plus problématique que les expériences de drogues diverses qui demeurèrent une sorte de saupoudrage irrégulier se raréfiant au fil des ans.
À partir de sa majorité, Micou incarna donc ce classique punky parisien borderline toujours prêt mais prêt à déconner, excellemment drôle mais aussi souvent très pénible à vivre – il faut bien le dire – car trop souvent alcoolisé. Il fréquentait les squats d’artistes de l’époque héroïque (notamment celui des fondateurs du DAL, Droit Au Logement) autant que les hôpitaux, d’abord sporadiquement aux urgences puis régulièrement dans différents services pour traiter les pathologies ordinairement consécutives des excès répétés dans le cadre d’un état de santé dégradé notamment par l’hépatite B.
Entre 20 et 30 ans la vitalité de l’adulte jeune l’emportait malgré tout et sa désinvolture, son anarchisme pacifique, son royal je-m’en-foutisme et surtout son humour totalement débridé me plaisait tandis que sa santé m’affligeait.
La dernière année encore, j’étais tellement blasé d’aller lui rendre visite dans tel ou tel service hospitalier que lorsque j’allais le voir à la Pitié-Salpêtrière, je n’envisageais pas un seul instant qu’il s’agissait de notre dernier tête-à-tête !
J’ai appris au téléphone son décès dans les jours qui ont suivi.
Depuis longtemps, Maman avait été assez adroite pour assujettir son aide financière à des visites chez des psys (parfois de renom comme le fameux Professeur Rapoport) ou à des séjours de désintoxication qui se soldaient par des échecs dès que Micou réintégrait la vie parisienne avec ses tentations à chaque coin de rue.
Lorsque j’ai emménagé dans mon premier appartement, rue du Faubourg du Temple, j’ai décidé de l’héberger pour lui coller aux fesses entre les réunions des alcooliques anonymes auxquelles je l’avais convaincu d’aller. Après quelques semaines, la mission se révéla impossible car dans le quartier (des années quatre-vingt) il y avait autant, voire plus de drogues en libre circulation que de combustible à exploser les compteurs d’alcoolémie (le patron du café en bas de chez moi trouait les petites cuillères à la perceuse afin de les rendre inutilisables par les junkies se shootant dans les toilettes de l’établissement). Donc, en attendant de reprendre ses habitudes spongieuses, Micou réglait ses problèmes de manque avec d’autres substances comme on peut le constater avec désolation dans le film Tchao Pantin où il apparaît brièvement (il fit le casting par hasard) pour jouer son propre rôle auprès de Richard Anconina qui lui refile une dose dans un sinistre rade parisien. Lorsque je gamberge en mode flash-back, je me laisse aller à penser à ce tout ce que je n’ai pas vécu avec Micou et je regrette, non pas de ne pas en avoir fait assez pour le sortir d’affaire car c’est une tâche à bien des égards qui n’appartenait qu’à lui d’accomplir pour en garantir le succès, mais de ne pas avoir vécu plus de moments exceptionnels comme de voyager ensemble ou de passer plus de temps avec nos filles.
Il est vrai que je n’étais pas forcément enclin à augmenter l’intensité de notre relation puisqu’il n’était pas rare que les choses partent brusquement en vrille comme l’illustre l’anecdote tragicomique de la brochette avec laquelle il embrocha ma cuisse par-dessous la table juste pour s’amuser à faire un peu d’escrime. Comme toujours, je ne considérais pas que cet incident peut être rédhibitoire, mais il me renforçait dans la conviction que point trop de Micou n’était nécessaire. Même dans les squats, il arrivait que ses potes lui fassent la leçon ou soient tentés de l’exclure lorsqu’il dépassait les limites.
À un moment, en désespoir de cause, je me résolus à utiliser l’arme de dissuasion massive en lui signifiant que les ponts seraient définitivement rompus si, ne serait-ce qu’une seule fois, il n’était pas « clean » lorsque nous avions prévu de nous voir, notamment les fois où il viendrait chez moi alors que Solène était présente. En l’obligeant à respecter ces règles strictes, j’ai pris le risque de le braquer et de ne plus le voir mais c’est sûrement la plus grande aide que j’ai pu lui apporter car cela a à peu près fonctionné même si un chantage n’est a priori jamais une solution. Progressivement et paradoxalement apparut dans les squats (que la municipalité de Paris n’osait plus menacer de descente de police) une forme d’embourgeoisement combinée à un système hiérarchique plutôt incompatible avec les revendications libertaires qui prévalaient initialement. Dans une singulière mise en abîme, Micou devenait l’électron libre provocateur au sein d’une communauté censée regrouper des individus s’émancipant de toute forme de sujétion à un ordre établi.
Lorsque Véronique fut enceinte, il était déjà clair que le couple qu’elle formait avec Micou ne parviendrait jamais à un point d’équilibre. En apportant à Maman le grand bonheur de devenir grand-mère, il payait une partie de sa dette envers elle. Lola fut une lumineuse éclaircie pour tout le monde dans un ciel gris, invariablement lourd de menaces. Au début, j’avoue avoir fait preuve du plus grand scepticisme s’agissant des capacités de Micou à relever le défi de la paternité puis son amour inconditionnel pour sa fille lui permit de tenir son rôle même s’il y eut forcément des passages à vide que son état de santé défaillant autorise à pardonner.
Durant trop longtemps j’entretenais une forme d’illusion consistant à confiner Micou dans l’image du frère qui a passé par dessus bord lorsque la tempête s’était déchaînée à l’adolescence et à qui je lançais ensuite sans cesse des bouées de sauvetage sans parvenir à le ramener sur le pont du bateau. Certes personne n’aurait pu affirmer que son existence était toujours rose mais un jour, par hasard, je me suis retrouvé bloqué dans un encombrement rue de la roquette. J’enrageais de m’être ainsi fait stupidement coincer si près de chez moi après une journée de boulot et de déplacements assez pénibles tandis que la canicule me tapait sur le système. Désœuvré, j’inventoriais les clients à la terrasse d’un café où je me serais bien vu prendre un demi, tranquille et insouciant plutôt que de faire du sur place. Parmi tous les porteurs de lunette de soleil qui se doraient la pilule en picolant une bière, je reconnus Micou, affublé d’un legging léopard et d’un T-shirt indescriptible, en compagnie d’un ou deux potes. Il paraissait d’humeur guillerette, comme abonné à une vie sans soucis en parfaite harmonie avec l’univers, ayant trouvé la solution pour ne rien faire toute en profitant. J’ai failli klaxonner un petit coup pour lui faire signe mais je me suis ravisé en demeurant songeur. Point de spectaculaire révolution copernicienne dans ma cervelle résultant de cette rencontre fortuite car je n’aurais pas échangé nos vies mais le point de fuite à l’horizon s’était suffisamment déplacé pour modifier la perspective que je croyais immuable.
La vie de Micou en valait bien une autre puisque, in fine, qui pourrait prétendre ne traîner aucun fardeau ? Le sien, aussi lourd qu’il a pu souvent être, avait sa contrepartie éventuellement désirable dans sa complète émancipation des règles contraignantes de l’enfermement dans le rythme métro, boulot, dodo.
Son destin aura été de sacrifier la longévité à l’intensité au nom d’une jouissive liberté mais au détriment de ceux qui l’aimaient lui ayant survécu qui durent ensuite souffrir de son absence durant de très longues années.
Pourquoi écrire ce texte ?
Voilà une question qui ne se posait ni avant ni pendant la rédaction mais à laquelle je suis comme obligé d’apporter une réponse a posteriori.
Je ne suis pas certain d’y parvenir.
Ce serait sans doute plus facile en inversant la question : pourquoi n’aurais-je pas dû me porter volontaire pour cette mission impossible ?
Difficile en effet, de ne pas trahir l’intégrité existentielle des êtres évoqués.
Il faut accepter de privilégier certains souvenirs et de les cristalliser par défaut.
Aucun langage ne peut épuiser la réalité vivante d’un être aimé disparu.
Voilà une question qui ne se posait ni avant ni pendant la rédaction mais à laquelle je suis comme obligé d’apporter une réponse a posteriori.
Je ne suis pas certain d’y parvenir.
Ce serait sans doute plus facile en inversant la question : pourquoi n’aurais-je pas dû me porter volontaire pour cette mission impossible ?
Difficile en effet, de ne pas trahir l’intégrité existentielle des êtres évoqués.
Il faut accepter de privilégier certains souvenirs et de les cristalliser par défaut.
Aucun langage ne peut épuiser la réalité vivante d’un être aimé disparu.
STOÏCISME
La trop longue et douloureuse expérience de Lyme disease (la maladie de Lyme) m’a éclairé sur quel pouvait être le véritable sens du message du philosophe Zenon de Kition, fondateur du stoïcisme.
Il existe une arme ultime pour ne pas lâcher prise face à une réalité insupportable : le langage pour nommer sa souffrance (mettre des mots sur les maux). Un coup d’État sémantique sur la réalité subitement puis sans relâche définie par la victime et non exclusivement par le mal qui l’accable.
Dans son livre « La question », Henri Alleg témoigne de son expérience personnelle de la torture durant la guerre d’Algérie et compare ce qui lui a permis de supporter le pire à un ultime drapeau en haut de la colline qui est cette part de nous-même qui n’est définitivement pas corruptible.
Chacun apposera sur ce drapeau l’emblème secret de son inviolable intimité correspondant à cette part d’humanité que son bourreau a perdue.
Pour Lawrence d’Arabie qui éteint une allumette en pressant la flamme entre ses doigts, nommer la douleur (ici courte mais intense) c’est préférer qu’il se passe quelque chose plutôt que rien tout au long de ses interminables ennuyeuses journées, enfermé dans les bureaux du Caire de l’administration militaire britannique (avant ses fameuses aventures).
La douleur n’existe que dans le cadre de la représentation dans laquelle je décide de la circonscrire. La voie allant du stimulus sensoriel au cerveau n’est plus à sens unique. Pour se convaincre de notre superpouvoir, il faut imaginer trois personnes ayant un couteau planté dans la paume de la main, l’une fatalement hurlera, l’autre pleurnichera en serrant des dents tandis que la dernière demeurera impassible en fixant le bourreau dans les yeux. Pourtant constitués de systèmes nerveux identiques, ils se font chacun « une idée » différente du fâcheux événement en l’emprisonnant dans une série de pièges psycho-sémantiques plus ou moins raffinés, du simple divertissement (au sens de la déviation, de l’évitement) jusqu’à un discours intérieur plus complexe. Les trois ne nient pas la réalité objective (le couteau est bien là) mais l’apprivoisent dans une subjectivité toute stoïcienne.
Les romains ont bâti un empire sur une formulation intangible de l’idée qu’ils se faisaient de la grandeur de Rome. En son nom, le pouvoir sur soi pour vaincre l’adversité est littéralement extraordinaire comme le montre l’histoire du légionnaire volontaire pour s’infiltrer dans le campement des barbares qui font le siège d’une ville romaine afin d’assassiner le chef. L’entreprise échoue de justesse, mais fait prisonnier, il déclare que le siège est voué à l’échec car les romains sont invincibles. Comme on lui demande alors en quoi se distinguent-ils du commun des mortels, le soldat allonge son bras afin que sa main soit au-dessus d’un brasero et la regarde fondre sans dire un mot ! Les barbares comprennent qu’il est préférable de partir…
Ataraxia (en grec : absence de troubles)
La quête de la paix intérieure est le but commun des trois philosophies les plus remarquables de l’Antiquité occidentale : le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme.
Stoïcisme :
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les représentations qu’ils s’en font ». Épictète.
« Le propre d’un homme bon est d’aimer et d’accueillir avec joie ce qui lui arrive. » Marc Aurèle. Impassible dans la tempête.
L’épicurisme :
Le bonheur résulte de l’absence de troubles.
Pour le disciple d’Épicure, la satisfaction des désirs n’est pas une fin en soi.
Il apprécie la vie en privilégiant la sobriété, la frugalité et la qualité plutôt qu’en se gavant d’une préférence particulière. Il n’y a pas d’hédonisme sans discipline personnelle, sans connaissance de soi, du monde et des autres. Les saines fondations d’une philosophie hédoniste sont la curiosité, le goût pour l’existence, l’autonomie de pensée (et non la croyance), le savoir et l’expérience du réel (au lieu de la foi - Lucrèce contre la religion dans Iphigénie : « Tant la religion put conseiller de crime ! »)
Le scepticisme :
Contre les dogmatiques qui prétendent posséder la vérité, les sceptiques sont toujours en quête. Délivrés des conflits entre dogmes, ils parviennent à la quiétude.
La trop longue et douloureuse expérience de Lyme disease (la maladie de Lyme) m’a éclairé sur quel pouvait être le véritable sens du message du philosophe Zenon de Kition, fondateur du stoïcisme.
Il existe une arme ultime pour ne pas lâcher prise face à une réalité insupportable : le langage pour nommer sa souffrance (mettre des mots sur les maux). Un coup d’État sémantique sur la réalité subitement puis sans relâche définie par la victime et non exclusivement par le mal qui l’accable.
Dans son livre « La question », Henri Alleg témoigne de son expérience personnelle de la torture durant la guerre d’Algérie et compare ce qui lui a permis de supporter le pire à un ultime drapeau en haut de la colline qui est cette part de nous-même qui n’est définitivement pas corruptible.
Chacun apposera sur ce drapeau l’emblème secret de son inviolable intimité correspondant à cette part d’humanité que son bourreau a perdue.
Pour Lawrence d’Arabie qui éteint une allumette en pressant la flamme entre ses doigts, nommer la douleur (ici courte mais intense) c’est préférer qu’il se passe quelque chose plutôt que rien tout au long de ses interminables ennuyeuses journées, enfermé dans les bureaux du Caire de l’administration militaire britannique (avant ses fameuses aventures).
La douleur n’existe que dans le cadre de la représentation dans laquelle je décide de la circonscrire. La voie allant du stimulus sensoriel au cerveau n’est plus à sens unique. Pour se convaincre de notre superpouvoir, il faut imaginer trois personnes ayant un couteau planté dans la paume de la main, l’une fatalement hurlera, l’autre pleurnichera en serrant des dents tandis que la dernière demeurera impassible en fixant le bourreau dans les yeux. Pourtant constitués de systèmes nerveux identiques, ils se font chacun « une idée » différente du fâcheux événement en l’emprisonnant dans une série de pièges psycho-sémantiques plus ou moins raffinés, du simple divertissement (au sens de la déviation, de l’évitement) jusqu’à un discours intérieur plus complexe. Les trois ne nient pas la réalité objective (le couteau est bien là) mais l’apprivoisent dans une subjectivité toute stoïcienne.
Les romains ont bâti un empire sur une formulation intangible de l’idée qu’ils se faisaient de la grandeur de Rome. En son nom, le pouvoir sur soi pour vaincre l’adversité est littéralement extraordinaire comme le montre l’histoire du légionnaire volontaire pour s’infiltrer dans le campement des barbares qui font le siège d’une ville romaine afin d’assassiner le chef. L’entreprise échoue de justesse, mais fait prisonnier, il déclare que le siège est voué à l’échec car les romains sont invincibles. Comme on lui demande alors en quoi se distinguent-ils du commun des mortels, le soldat allonge son bras afin que sa main soit au-dessus d’un brasero et la regarde fondre sans dire un mot ! Les barbares comprennent qu’il est préférable de partir…
Ataraxia (en grec : absence de troubles)
La quête de la paix intérieure est le but commun des trois philosophies les plus remarquables de l’Antiquité occidentale : le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme.
Stoïcisme :
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les représentations qu’ils s’en font ». Épictète.
« Le propre d’un homme bon est d’aimer et d’accueillir avec joie ce qui lui arrive. » Marc Aurèle. Impassible dans la tempête.
L’épicurisme :
Le bonheur résulte de l’absence de troubles.
Pour le disciple d’Épicure, la satisfaction des désirs n’est pas une fin en soi.
Il apprécie la vie en privilégiant la sobriété, la frugalité et la qualité plutôt qu’en se gavant d’une préférence particulière. Il n’y a pas d’hédonisme sans discipline personnelle, sans connaissance de soi, du monde et des autres. Les saines fondations d’une philosophie hédoniste sont la curiosité, le goût pour l’existence, l’autonomie de pensée (et non la croyance), le savoir et l’expérience du réel (au lieu de la foi - Lucrèce contre la religion dans Iphigénie : « Tant la religion put conseiller de crime ! »)
Le scepticisme :
Contre les dogmatiques qui prétendent posséder la vérité, les sceptiques sont toujours en quête. Délivrés des conflits entre dogmes, ils parviennent à la quiétude.
LymeStory, un témoignage sur la maladie de Lyme et la révélation subséquente.
Extrait :
Au cœur de la nuit, une douleur intense me vrille le dos et la cage thoracique. Tétanisé dans mon lit tel l’insecte épinglé au fond d’une boîte d’un collectionneur sadique je tente de contrôler l’inhalation d’oxygène et le rejet de gaz carbonique en comprenant que je vais peut-être revivre un calvaire dont le souvenir était rangé dans le dossier des lourdes punitions non méritées.
Extrait :
Au cœur de la nuit, une douleur intense me vrille le dos et la cage thoracique. Tétanisé dans mon lit tel l’insecte épinglé au fond d’une boîte d’un collectionneur sadique je tente de contrôler l’inhalation d’oxygène et le rejet de gaz carbonique en comprenant que je vais peut-être revivre un calvaire dont le souvenir était rangé dans le dossier des lourdes punitions non méritées.
TRANSHUMANISME
L’eschatologie scientiste.
Le transhumanisme, érigé en nouvelle religion, c’est la promesse (et seulement la promesse) de l’immortalité grâce à la science s’auto-proclamant omnipotente.
L’eschatologie scientiste.
Le transhumanisme, érigé en nouvelle religion, c’est la promesse (et seulement la promesse) de l’immortalité grâce à la science s’auto-proclamant omnipotente.
Au moment où le système fait la preuve consternante que la bêtise humaine est sans limite, l’intelligence artificielle apparaît comme par enchantement. Parler d’intelligence est un abus de langage en français, car en termes de discernement, de complexité et de créativité, ce que nous désignons comme étant l’intelligence humaine est incomparablement supérieur aux acrobaties algorithmiques et au balbutiement du (fatalement prometteur) deep learning censé autoriser l’autonomie d’apprentissage de la machine. Le mot Intelligence en anglais signifie « récolte » puis éventuellement traitement de données (tel l’Intelligence service voué à l’espionnage) mais la perspective confuse d’une extraordinaire solution miracle se répand dans l’inconscient collectif dans un mélange inédit de crédulité un peu stupide et de peur instinctive de Terminator.
La science promet régulièrement de soi-disant panacées et l’IA n’est malheureusement que la dernière fausse bonne nouvelle d’une longue liste d’engagements non tenus qui eussent dû délivrer l’humanité de ses maux endémiques (citons les nanotechnologies et leurs nanorobots guérisseurs ou l’ordinateur quantique prétendant depuis 25 ans qu’il réglera le problème du climat enfin à portée de faramineux calculs, etc.).
La recherche médicale est l’habituel alibi pour toujours s’enthousiasmer du progrès et nous serions effectivement bien contents d’apprendre un beau matin que l’intelligence artificielle a vaincu le cancer.
Mais cela n’arrivera sans doute pas de sitôt tandis qu’au nom de toujours plus de science aliénée au consumérisme, la dégradation systématique de l’environnement provoque par millions des pathologies et que nous détruisons le vivant en vitesse accélérée.
Sur l’ensemble du spectre des enjeux cruciaux (voire vitaux) dont l’urgence est incontestable, l’impact positif de la science est en réalité quasi nulle.
La propagande solutionniste au service d’une cupidité toujours plus grande a trouvé l’arme ultime de confusion massive car si personne ne comprend rien au sujet de l’IA (qui est un sujet effectivement compliqué), il fait instinctivement fantasmer tout le monde.
Nous sommes en réalité encouragés à ne rien changer à nos mauvaises habitudes et à cesser de surcroît de culpabiliser car une intelligence prétendue supérieure est déjà mobilisée pour contrôler la situation catastrophique en assurant à chaque individu augmenté un avenir glorieux vers l’immortalité…
Dans le domaine simple d’application de l’IA qui a été le plus largement popularisé (l’obtention d’une réponse en fonction de la statistique des occurrences sur Internet associé à un bavard moteur de recherche) on a constaté les approximations, des fakes, de purs mensonges, des agrégats informes de stéréotypes, un nombre infini de réponses hétérogènes pour la même question, de dérangeantes « hallucinations » (mot utilisé pour désigner les informations inventées par le logiciel pour simuler de la cohérence).
La science promet régulièrement de soi-disant panacées et l’IA n’est malheureusement que la dernière fausse bonne nouvelle d’une longue liste d’engagements non tenus qui eussent dû délivrer l’humanité de ses maux endémiques (citons les nanotechnologies et leurs nanorobots guérisseurs ou l’ordinateur quantique prétendant depuis 25 ans qu’il réglera le problème du climat enfin à portée de faramineux calculs, etc.).
La recherche médicale est l’habituel alibi pour toujours s’enthousiasmer du progrès et nous serions effectivement bien contents d’apprendre un beau matin que l’intelligence artificielle a vaincu le cancer.
Mais cela n’arrivera sans doute pas de sitôt tandis qu’au nom de toujours plus de science aliénée au consumérisme, la dégradation systématique de l’environnement provoque par millions des pathologies et que nous détruisons le vivant en vitesse accélérée.
Sur l’ensemble du spectre des enjeux cruciaux (voire vitaux) dont l’urgence est incontestable, l’impact positif de la science est en réalité quasi nulle.
La propagande solutionniste au service d’une cupidité toujours plus grande a trouvé l’arme ultime de confusion massive car si personne ne comprend rien au sujet de l’IA (qui est un sujet effectivement compliqué), il fait instinctivement fantasmer tout le monde.
Nous sommes en réalité encouragés à ne rien changer à nos mauvaises habitudes et à cesser de surcroît de culpabiliser car une intelligence prétendue supérieure est déjà mobilisée pour contrôler la situation catastrophique en assurant à chaque individu augmenté un avenir glorieux vers l’immortalité…
Dans le domaine simple d’application de l’IA qui a été le plus largement popularisé (l’obtention d’une réponse en fonction de la statistique des occurrences sur Internet associé à un bavard moteur de recherche) on a constaté les approximations, des fakes, de purs mensonges, des agrégats informes de stéréotypes, un nombre infini de réponses hétérogènes pour la même question, de dérangeantes « hallucinations » (mot utilisé pour désigner les informations inventées par le logiciel pour simuler de la cohérence).
L’éthique salvatrice.
La morale, c’est un ensemble de règles comprises et respectées par un nombre suffisamment important de personnes pour devenir une norme commune.
Les normes évoluent au gré des grands courants de la pensée humaine ou des transformations systémiques de la société. Certaines injonctions morales formulées dans le passé survivent et d’autres sont édulcorées ou abandonnées tandis que de nouveaux préceptes se créent en s’agrégeant au tronc commun.
On peut évoquer de nombreux exemples historiques de transition ayant profondément transformé le système normatif comme le catholicisme escamotant le polythéisme romain ou l'avénement du communisme supplantant le confucianisme en Chine au 20e siècle, etc.
L’une des révolutions les plus spectaculaires en Occident fut la remise en cause de la civilisation judéo-chrétienne lors de la Renaissance humaniste au 16e siècle. Les impératifs moraux du catholicisme furent réduits à leur plus simple expression, c’est-à-dire à une substantifique moelle comme on peut finalement l’extraire de tout courant philosophique et de nombreux interdits de l’église sont devenus obsolètes car ils ne se justifiaient que dans l’annonce d’un jugement dernier menaçant de l’enfer ou promettant le paradis.
La vie du croyant se devait d’être comprise comme éphémère face à l’éternité et le risque consistant à enfreindre l’orthodoxie morale paraissait démesuré.
Le changement de paradigme de la révolution humaniste positiviste et matérialiste intronise un principe inverse : c’est tout de suite qu’il faut profiter de la vie le plus intensément possible car un destin post-mortem est tout bonnement rationnellement impensable.
Ce qui engendra mécaniquement la frénésie consumériste des orphelins d’un Dieu le Père au poussiéreux paradis chimérique, qui réclament donc leur part de bonheur terrestre immédiat dans le monde capitalo-extractiviste pourvoyeur de tout le confort et d’interminables programmes de distractions.
Pour le scientiste athée, l’axiome primordial est que l’être humain est doué d’un entendement supérieur comme l’attestent le progrès technique et les succès de la science, preuves irréfutables de la primauté de l’approche rationnelle sur un improbable créateur.
Emmanuel Kant a proposé que la morale soit structurée à travers une confiscation raisonnée du réel afin que d’une vérité universelle – nécessairement universelle puisque rationnelle – découle une norme juste et définitivement objective (les impératifs catégoriques). La distinction du bien et du mal peut donc reposer sur une injonction inédite d’une extrême simplicité : les normes à respecter sont calibrées par la logique les autorisant à prétendre à l’universalité comme à l’intemporalité puisque 2 + 2 égaleront toujours 4.
À l’aube du 21e siècle la prédiction transhumaniste aura eu le mérite d’apporter la clarification finale concernant le but de la civilisation humaine similaire à celui que se proposait d’atteindre la religion : la négation de la mort.
Non seulement Dieu n’existe plus, mais si par le plus grand des hasards, il réapparaissait avec sa grande barbe à travers les nuages, nous n’aurions plus besoin de son pouvoir puisque l’omnipotence est la conséquence logique de l’immortalité.
La morale, c’est un ensemble de règles comprises et respectées par un nombre suffisamment important de personnes pour devenir une norme commune.
Les normes évoluent au gré des grands courants de la pensée humaine ou des transformations systémiques de la société. Certaines injonctions morales formulées dans le passé survivent et d’autres sont édulcorées ou abandonnées tandis que de nouveaux préceptes se créent en s’agrégeant au tronc commun.
On peut évoquer de nombreux exemples historiques de transition ayant profondément transformé le système normatif comme le catholicisme escamotant le polythéisme romain ou l'avénement du communisme supplantant le confucianisme en Chine au 20e siècle, etc.
L’une des révolutions les plus spectaculaires en Occident fut la remise en cause de la civilisation judéo-chrétienne lors de la Renaissance humaniste au 16e siècle. Les impératifs moraux du catholicisme furent réduits à leur plus simple expression, c’est-à-dire à une substantifique moelle comme on peut finalement l’extraire de tout courant philosophique et de nombreux interdits de l’église sont devenus obsolètes car ils ne se justifiaient que dans l’annonce d’un jugement dernier menaçant de l’enfer ou promettant le paradis.
La vie du croyant se devait d’être comprise comme éphémère face à l’éternité et le risque consistant à enfreindre l’orthodoxie morale paraissait démesuré.
Le changement de paradigme de la révolution humaniste positiviste et matérialiste intronise un principe inverse : c’est tout de suite qu’il faut profiter de la vie le plus intensément possible car un destin post-mortem est tout bonnement rationnellement impensable.
Ce qui engendra mécaniquement la frénésie consumériste des orphelins d’un Dieu le Père au poussiéreux paradis chimérique, qui réclament donc leur part de bonheur terrestre immédiat dans le monde capitalo-extractiviste pourvoyeur de tout le confort et d’interminables programmes de distractions.
Pour le scientiste athée, l’axiome primordial est que l’être humain est doué d’un entendement supérieur comme l’attestent le progrès technique et les succès de la science, preuves irréfutables de la primauté de l’approche rationnelle sur un improbable créateur.
Emmanuel Kant a proposé que la morale soit structurée à travers une confiscation raisonnée du réel afin que d’une vérité universelle – nécessairement universelle puisque rationnelle – découle une norme juste et définitivement objective (les impératifs catégoriques). La distinction du bien et du mal peut donc reposer sur une injonction inédite d’une extrême simplicité : les normes à respecter sont calibrées par la logique les autorisant à prétendre à l’universalité comme à l’intemporalité puisque 2 + 2 égaleront toujours 4.
À l’aube du 21e siècle la prédiction transhumaniste aura eu le mérite d’apporter la clarification finale concernant le but de la civilisation humaine similaire à celui que se proposait d’atteindre la religion : la négation de la mort.
Non seulement Dieu n’existe plus, mais si par le plus grand des hasards, il réapparaissait avec sa grande barbe à travers les nuages, nous n’aurions plus besoin de son pouvoir puisque l’omnipotence est la conséquence logique de l’immortalité.
Le positivisme sur lequel repose tout l’édifice pyramidal du système s’est donc paradoxalement transformé de pur matérialisme en une forme de nouvelle croyance autocentrée sur un mirifique dessein nombriliste justifiant le gâchis de la planète et le maintien d’un système inégalitaire. En proclamant œuvrer pour le bien de l’humanité, la morale capitaliste (un oxymore) est toujours celle qui consiste à privilégier l’avoir sur l’être, l’individu sur le collectif, la compétition sur la solidarité, l’acceptation des dommages collatéraux au nom du but poursuivi qu’il serait stupide de remettre en cause. Face à l’ordre moral dominant, chacun a le pouvoir et le devoir de se juger compa-tible, incompatible ou indécis en interrogeant sa propre expérience intime de la réalité pour élaborer sa propre éthique personnelle. Georges Orwell nommait "décence ordinaire" (common decency) ce qui incite les gens simples à bien agir avec bon sens et bienveillance.
URBAIN
Il existe quatre types de lieux à habiter : les mégapoles, les cités secondaires puis toutes les villes plus petites jusqu’au village et enfin une maison isolée en pleine nature.
Dans l’absolu, il n’y a aucune hiérarchie à établir mais à chaque lieu correspond un art de vivre spécifique.
La mégapole internationale est par essence culturelle et inégalable dans la quantité et la qualité de propositions dans tous les domaines de la vie intellectuelle (irremplaçables expériences vécues dans les lieux d'expositions mais aussi dans les arts vivants, les concerts ou l'architecture, etc...).
Dans ces villes-monde, renoncer aux sorties culturelles (quelles que soient les affinités ou les préférences) c’est prendre le risque de n’avoir que les inconvénients d’un environnement urbain artificiel parfois difficile à supporter. Tout est plus cher dans ces villes qui exigent de surcroît un revenu suffisant pour justement être en mesure de profiter de la vie culturelle qui n’est pas donnée.
Pour l’habitant d’une ville moins grande ou d'une maison isolée, c’est la nature plus facilement accessible qui devient la source principale de plaisirs et d'enrichissements accompagnant l’existence avec une intensité équivalente au nec plu ultra de la culture dite intellectuelle. De plus, même en pleine nature on peut se cultiver par internet dans une infinité de domaines tandis qu’un habitant d’une grande cité ne peut prétendre remplacer la nature par le parc du quartier.
Il existe quatre types de lieux à habiter : les mégapoles, les cités secondaires puis toutes les villes plus petites jusqu’au village et enfin une maison isolée en pleine nature.
Dans l’absolu, il n’y a aucune hiérarchie à établir mais à chaque lieu correspond un art de vivre spécifique.
La mégapole internationale est par essence culturelle et inégalable dans la quantité et la qualité de propositions dans tous les domaines de la vie intellectuelle (irremplaçables expériences vécues dans les lieux d'expositions mais aussi dans les arts vivants, les concerts ou l'architecture, etc...).
Dans ces villes-monde, renoncer aux sorties culturelles (quelles que soient les affinités ou les préférences) c’est prendre le risque de n’avoir que les inconvénients d’un environnement urbain artificiel parfois difficile à supporter. Tout est plus cher dans ces villes qui exigent de surcroît un revenu suffisant pour justement être en mesure de profiter de la vie culturelle qui n’est pas donnée.
Pour l’habitant d’une ville moins grande ou d'une maison isolée, c’est la nature plus facilement accessible qui devient la source principale de plaisirs et d'enrichissements accompagnant l’existence avec une intensité équivalente au nec plu ultra de la culture dite intellectuelle. De plus, même en pleine nature on peut se cultiver par internet dans une infinité de domaines tandis qu’un habitant d’une grande cité ne peut prétendre remplacer la nature par le parc du quartier.
VOIR
Isse est percipi.
Être, c'est être perçu.
George Berkeley.
Le problème avec les livres, comme dirait un authentique feignant, c’est qu’il faut les lire et de même, voir les œuvres suppose de résider non loin des lieux d’exposition.
(pour les plus assidus ayant les moyens financiers et la possibilité d’y consacrer beaucoup de temps, cela nécessite aussi de se déplacer régulièrement, souvent d’un pays à l’autre).
Ni la reproduction imprimée ni la consultation sur écran rétroéclairé ne peuvent remplacer l’irréductible expérience de la mise en présence du spectateur avec l’œuvre d’art accessible selon des modalités toujours singulières.
L’accumulation de ces moments uniques de rencontre avec les œuvres tout au long de la vie permet de spéculer sur la nature profonde du mystère de la création sous ses multiples formes, à toutes les époques et sous toutes les latitudes.
Comme le doute philosophique qui se conçoit comme une évaluation comparative de différentes réponses possibles aux grandes questions existentielles, l’art a toujours eu pour fonction d’opposer entre elles des propositions hétérogènes.
Pour l’urinoir de Marcel Duchamp, on peut se demander si la beauté préexiste dans le regard du spectateur ou si elle ne peut qu’émaner du processus de création dont l’artiste sera toujours l’auguste initiateur.
Pour les peintures ornant la grotte de Lascaux, on peut se demander si le progrès dans l’art est un leurre puisque les fresques nous apparaissent comme un parfait achèvement esthétique.
On croule sous les préjugés ayant pour origine les malentendus de l’art moderne provoqués par la rupture brutale du 19e siècle (Courbet, Manet, Cézanne, les Impressionnistes) puis par la radicalisation des avant-gardes déstabilisantes du début du siècle suivant (cubisme, dadaïsme, Duchamp, l’art abstrait) et enfin par la complexité exponentielle de l’arborescence des pratiques depuis les années soixante (land art, art conceptuel, performance, vidéo, installation, nouvelles technologies, art éphémère, dispositifs critiques, etc.).
Ces révolutions – qui à l’échelle de l’histoire de l’art se succédèrent sur un laps de temps très court – creusèrent un fossé avec le public qui n’a jamais bénéficié d’un système éducatif incluant l’enseignement spécialisé favorisant l’intelligibilité de l’art.
Les attentes les plus éculées et simplistes prévalent comme la très banale concupiscence consumériste, un désir puéril de plaisir sensoriel, une aspiration pour ce qui flatte instantanément le regard, la démonstration que l’artiste trime autant que n’importe quel individu obligé de gagner sa vie, l’envie de valider ce qui est supposé embellir le décor selon des critères bourgeois, l’envie d’être un peu bousculé dans ses habitudes par le vieux cliché de l’artiste rebelle, tourmenté, incompris, scandaleux, etc.
À cet état des lieux, il faut ajouter les deux perpétuels corollaires du fait artistique que sont la valeur mercantile des œuvres et leur exploitation comme attributs du pouvoir.
Ce mélange détonnant participe grandement au désordre général en alimentant insidieusement un ressentiment antisystème.
Certes, le marché de l’art ne reflète pas exactement ce que pourraient être les conclusions d’un débat mené par des observateurs émérites et impartiaux prélevant la quintessence de l’art contemporain mais il demeure que la plupart des artistes adoubés par le marché le sont le plus souvent finalement à juste titre pour leur brillante contribution. Quelques brebis galeuses sont effectivement injustement surévaluées mais dans le milieu de l’art, s’attarder à chasser les intrus est réellement une perte de temps alors que sont si nombreux les artistes auxquels s’intéresser.
Que les œuvres soient des objets de spéculation dont les prix semblent quelque fois ahurissants n’a pas grand-chose à voir avec le plaisir de disserter sur leurs réelles qualités intrinsèques susceptibles de traverser les siècles, car qui se soucie de l’équivalence en monnaie courante d’un autoportrait de Rembrandt ou d’une pyramide d’Égypte ?
Que les puissants s’approprient la production artistique au profit de leur éphémère prestige social n’a d’indécent que lorsque l’œuvre n’est plus visible si elle demeure ad vitam aeternam confinée dans une collection privée. Les espaces d’exposition d’œuvres remarquables offerts à la vue de tous sont déjà si abondants qu’une vie ne suffit déjà pas à les arpenter.
Dans toute profession comportant une promesse de gloire et de fortune, les sincères vocations peuvent s’abîmer et l’égarement le plus commun pour un artiste est d’orienter sa production non pas selon son inspiration ou d’impérieux commandements garantissant la cohérence de son travail mais selon la part de sa production remportant le succès.
Cela est plutôt le problème que l’émetteur (l’artiste) doit résoudre en son for intérieur tandis que le récepteur (le spectateur) doit faire preuve de discernement en approfondissant ses connaissances.
Isse est percipi.
Être, c'est être perçu.
George Berkeley.
Le problème avec les livres, comme dirait un authentique feignant, c’est qu’il faut les lire et de même, voir les œuvres suppose de résider non loin des lieux d’exposition.
(pour les plus assidus ayant les moyens financiers et la possibilité d’y consacrer beaucoup de temps, cela nécessite aussi de se déplacer régulièrement, souvent d’un pays à l’autre).
Ni la reproduction imprimée ni la consultation sur écran rétroéclairé ne peuvent remplacer l’irréductible expérience de la mise en présence du spectateur avec l’œuvre d’art accessible selon des modalités toujours singulières.
L’accumulation de ces moments uniques de rencontre avec les œuvres tout au long de la vie permet de spéculer sur la nature profonde du mystère de la création sous ses multiples formes, à toutes les époques et sous toutes les latitudes.
Comme le doute philosophique qui se conçoit comme une évaluation comparative de différentes réponses possibles aux grandes questions existentielles, l’art a toujours eu pour fonction d’opposer entre elles des propositions hétérogènes.
Pour l’urinoir de Marcel Duchamp, on peut se demander si la beauté préexiste dans le regard du spectateur ou si elle ne peut qu’émaner du processus de création dont l’artiste sera toujours l’auguste initiateur.
Pour les peintures ornant la grotte de Lascaux, on peut se demander si le progrès dans l’art est un leurre puisque les fresques nous apparaissent comme un parfait achèvement esthétique.
On croule sous les préjugés ayant pour origine les malentendus de l’art moderne provoqués par la rupture brutale du 19e siècle (Courbet, Manet, Cézanne, les Impressionnistes) puis par la radicalisation des avant-gardes déstabilisantes du début du siècle suivant (cubisme, dadaïsme, Duchamp, l’art abstrait) et enfin par la complexité exponentielle de l’arborescence des pratiques depuis les années soixante (land art, art conceptuel, performance, vidéo, installation, nouvelles technologies, art éphémère, dispositifs critiques, etc.).
Ces révolutions – qui à l’échelle de l’histoire de l’art se succédèrent sur un laps de temps très court – creusèrent un fossé avec le public qui n’a jamais bénéficié d’un système éducatif incluant l’enseignement spécialisé favorisant l’intelligibilité de l’art.
Les attentes les plus éculées et simplistes prévalent comme la très banale concupiscence consumériste, un désir puéril de plaisir sensoriel, une aspiration pour ce qui flatte instantanément le regard, la démonstration que l’artiste trime autant que n’importe quel individu obligé de gagner sa vie, l’envie de valider ce qui est supposé embellir le décor selon des critères bourgeois, l’envie d’être un peu bousculé dans ses habitudes par le vieux cliché de l’artiste rebelle, tourmenté, incompris, scandaleux, etc.
À cet état des lieux, il faut ajouter les deux perpétuels corollaires du fait artistique que sont la valeur mercantile des œuvres et leur exploitation comme attributs du pouvoir.
Ce mélange détonnant participe grandement au désordre général en alimentant insidieusement un ressentiment antisystème.
Certes, le marché de l’art ne reflète pas exactement ce que pourraient être les conclusions d’un débat mené par des observateurs émérites et impartiaux prélevant la quintessence de l’art contemporain mais il demeure que la plupart des artistes adoubés par le marché le sont le plus souvent finalement à juste titre pour leur brillante contribution. Quelques brebis galeuses sont effectivement injustement surévaluées mais dans le milieu de l’art, s’attarder à chasser les intrus est réellement une perte de temps alors que sont si nombreux les artistes auxquels s’intéresser.
Que les œuvres soient des objets de spéculation dont les prix semblent quelque fois ahurissants n’a pas grand-chose à voir avec le plaisir de disserter sur leurs réelles qualités intrinsèques susceptibles de traverser les siècles, car qui se soucie de l’équivalence en monnaie courante d’un autoportrait de Rembrandt ou d’une pyramide d’Égypte ?
Que les puissants s’approprient la production artistique au profit de leur éphémère prestige social n’a d’indécent que lorsque l’œuvre n’est plus visible si elle demeure ad vitam aeternam confinée dans une collection privée. Les espaces d’exposition d’œuvres remarquables offerts à la vue de tous sont déjà si abondants qu’une vie ne suffit déjà pas à les arpenter.
Dans toute profession comportant une promesse de gloire et de fortune, les sincères vocations peuvent s’abîmer et l’égarement le plus commun pour un artiste est d’orienter sa production non pas selon son inspiration ou d’impérieux commandements garantissant la cohérence de son travail mais selon la part de sa production remportant le succès.
Cela est plutôt le problème que l’émetteur (l’artiste) doit résoudre en son for intérieur tandis que le récepteur (le spectateur) doit faire preuve de discernement en approfondissant ses connaissances.
WOKISME
Le capitalisme libéral moderne du 20e siècle puis sa version contemporaine, le turbo-capitalisme (du fait de l’accélération exponentielle que l’on observe) ne peut se défendre moralement.
On invoque à juste titre l’écart toujours plus important entre riches et pauvres ou le fossé séparant les pays développés de ceux qui sont honteusement exploités pour leurs ressources à travers d’inextricables processus néocolonialistes.
À l’injustice évidente s’ajoute une hypocrisie non moins flagrante à prétendre vouloir le bien de l’humanité alors qu’une partie seulement de celle-ci profite effectivement du progrès sans trop se soucier des laissés pour compte du système.
La civilisation dite occidentale serait définitivement corrompue par une rouille existentielle rongeant les âmes et dans les circonvolutions des cervelles humaines se nicherait un vice de forme consistant à posséder toujours plus que son voisin en ne s’encombrant pas de principes qui contrecarreraient cet ultime objectif.
Pour preuve de cette rapacité primordiale de notre espèce, il suffit de constater que les millionnaires sont occupés à accaparer toujours d’avantage alors qu’ils n’ont techniquement même plus le temps de dépenser des revenues astronomiques.
À partir d’un certain seuil, il s’agit de détenir, grâce à l’argent dont on dispose, du pouvoir sous toutes les formes possibles et imaginables.
Subjuguer l’autre – les autres – est le véritable enjeu de ceux qui étalent et profitent de leurs richesses pour exercer une domination.
Les dénonciations du système pyramidal capitaliste matérialiste dorénavant mondialisé qui stigmatisent uniquement la concupiscence des nantis sont d’autant plus vaines que ceux que l’on cherche à mobiliser, les pauvres et les exclus, souhaitent pour la plupart faire aussi partie du club des profiteurs.
C’est le comble que l’immoralité puisse subitement changer de camp puisque la révolte des assujettis serait motivée par la convoitise, la jalousie et l’envie d’en croquer dans le gâteau au même titre que les plus goinfres.
Pourfendre l’ultra-libéralisme ne consiste donc sans doute pas à remettre encore et toujours en question le principe d’enrichissement car le combat semble perdu d’avance.
Les troupes au sol vont vite se débander dès que des miettes tomberont de la table à laquelle se régalent pourtant toujours les mêmes rentiers gavés de dividendes.
Les régimes criminels communistes ont semble-t-il définitivement prouvé l’ineptie consistant à vouloir supprimer la propriété privée et paradoxalement réussi à démontrer que chacun est prêt à se vendre pour posséder le plus possible.
Le but (paraissant impossible à atteindre) serait que nous puissions tous vivre dignement dans une forme de sobriété heureuse afin qu’un équilibre mondial permette enfin que le bonheur matériel des uns ne repose pas sur la misère des autres.
Toute emprise exercée par un individu sur un autre par le biais d’une transaction financière serait la racine du mal que nous devons extirper.
Il est presque impossible d’imaginer l’ensemble hétéroclite des jouissances dépravées que l’exercice de pouvoirs sous toutes ses formes prodigue aux petits possédants comme aux grands.
On invoque de grands principes pour dénoncer les abus de pouvoir sans questionner tous les mécanismes cachés qui sont à l’œuvre dans une société en réalité entièrement fondée sur la domination.
En s’indignant des inégalités, on chasse encore l’ombre plutôt que la proie puisque tout pouvoir même le plus rachitique est corrupteur et il serait préférable de parvenir à enfin correctement distinguer une souveraineté légitime d’une autorité arbitraire.
Un vieux sage peut faire autorité dans un domaine sans que personne ne soit forcé de se soumettre à son avis et l’on pourra parler de raisonnable influence sans qu’aucune violence ne soit exercée.
On connaît (ou pas) la fameuse erreur de jugement sur l’anarchie se basant sur une fausse interprétation de la phrase attribuée à Proudhon : « la propriété c’est le vol ».
En réalité la propriété dont il parlait n’est pas la propriété privée (que Proudhon défend par ailleurs) mais la propriété que les patrons s’estiment en droit de s’octroyer en considérant que la force de travail des ouvriers leur appartient.
Aucun horrible anarchiste sans foi ni loi n’a donc l’intention de spolier quiconque de ses biens mais c’est pourtant cette peur qui enflamme les esprits lorsqu’on évoque ce mouvement politique qui fut longtemps un puissant et redoutable concurrent du communisme.
Ce que cet exemple de malentendus souligne, c’est la nécessité de revenir au passé pour comprendre le présent sinon on court le risque d’être aussi stupide qu’un canard sans tête.
Diminuer drastiquement le temps consacré aux écrans pour retrouver celui dédié à la lecture des essais sur les sujets politiques pointus est l’unique et simple antidote qui a fait ses preuves pour parvenir à se forger une vraie opinion argumentée, subtile et possiblement apte à convaincre autrui lorsqu’on exprime un point de vue critique.
Comme cela s’apparente à une cure de désintoxication à une drogue dure pour un bénéfice trop lointain (ce qui est inexact en réalité) tout un chacun se ramollit dans un bain tiédasse d’ignorance crasse en se prétendant pourtant plus malin et mieux informé que son voisin.
Le célèbre grand patron Warren Buffet disait : « Oui, la lutte des classes existe et nous avons gagné (nous les riches) ».
Depuis la chute du mur, la gauche n’a pas voulu perdre son magistère de la pensée qu’elle estime être son apanage.
Le politiquement correct (dont les intentions moralisatrices au début n’étaient pas dénuées de bon sens) voulait s’approprier un réel qui lui échappait en le nommant mais s’est fourvoyé dans l’extrémisme wokiste, qui s’apparente à une dangereuse quête de pureté traduisant un effondrement intellectuel.
La lutte des classes s’est diluée dans l’atomisation des revendications minoritaires censées se rejoindre dans la fameuse et fumeuse intersectionnalité des luttes.
L’écologie sociale contre le consumérisme, le féminisme dénonçant le patriarcat et les discours antisystème plus ou moins rénovés se sont agrégés pour former un monstre idéologique sans queue ni tête parfaitement inopérant pour endiguer la vague révolutionnaire réactionnaire (assumons l’oxymore).
Le capitalisme libéral moderne du 20e siècle puis sa version contemporaine, le turbo-capitalisme (du fait de l’accélération exponentielle que l’on observe) ne peut se défendre moralement.
On invoque à juste titre l’écart toujours plus important entre riches et pauvres ou le fossé séparant les pays développés de ceux qui sont honteusement exploités pour leurs ressources à travers d’inextricables processus néocolonialistes.
À l’injustice évidente s’ajoute une hypocrisie non moins flagrante à prétendre vouloir le bien de l’humanité alors qu’une partie seulement de celle-ci profite effectivement du progrès sans trop se soucier des laissés pour compte du système.
La civilisation dite occidentale serait définitivement corrompue par une rouille existentielle rongeant les âmes et dans les circonvolutions des cervelles humaines se nicherait un vice de forme consistant à posséder toujours plus que son voisin en ne s’encombrant pas de principes qui contrecarreraient cet ultime objectif.
Pour preuve de cette rapacité primordiale de notre espèce, il suffit de constater que les millionnaires sont occupés à accaparer toujours d’avantage alors qu’ils n’ont techniquement même plus le temps de dépenser des revenues astronomiques.
À partir d’un certain seuil, il s’agit de détenir, grâce à l’argent dont on dispose, du pouvoir sous toutes les formes possibles et imaginables.
Subjuguer l’autre – les autres – est le véritable enjeu de ceux qui étalent et profitent de leurs richesses pour exercer une domination.
Les dénonciations du système pyramidal capitaliste matérialiste dorénavant mondialisé qui stigmatisent uniquement la concupiscence des nantis sont d’autant plus vaines que ceux que l’on cherche à mobiliser, les pauvres et les exclus, souhaitent pour la plupart faire aussi partie du club des profiteurs.
C’est le comble que l’immoralité puisse subitement changer de camp puisque la révolte des assujettis serait motivée par la convoitise, la jalousie et l’envie d’en croquer dans le gâteau au même titre que les plus goinfres.
Pourfendre l’ultra-libéralisme ne consiste donc sans doute pas à remettre encore et toujours en question le principe d’enrichissement car le combat semble perdu d’avance.
Les troupes au sol vont vite se débander dès que des miettes tomberont de la table à laquelle se régalent pourtant toujours les mêmes rentiers gavés de dividendes.
Les régimes criminels communistes ont semble-t-il définitivement prouvé l’ineptie consistant à vouloir supprimer la propriété privée et paradoxalement réussi à démontrer que chacun est prêt à se vendre pour posséder le plus possible.
Le but (paraissant impossible à atteindre) serait que nous puissions tous vivre dignement dans une forme de sobriété heureuse afin qu’un équilibre mondial permette enfin que le bonheur matériel des uns ne repose pas sur la misère des autres.
Toute emprise exercée par un individu sur un autre par le biais d’une transaction financière serait la racine du mal que nous devons extirper.
Il est presque impossible d’imaginer l’ensemble hétéroclite des jouissances dépravées que l’exercice de pouvoirs sous toutes ses formes prodigue aux petits possédants comme aux grands.
On invoque de grands principes pour dénoncer les abus de pouvoir sans questionner tous les mécanismes cachés qui sont à l’œuvre dans une société en réalité entièrement fondée sur la domination.
En s’indignant des inégalités, on chasse encore l’ombre plutôt que la proie puisque tout pouvoir même le plus rachitique est corrupteur et il serait préférable de parvenir à enfin correctement distinguer une souveraineté légitime d’une autorité arbitraire.
Un vieux sage peut faire autorité dans un domaine sans que personne ne soit forcé de se soumettre à son avis et l’on pourra parler de raisonnable influence sans qu’aucune violence ne soit exercée.
On connaît (ou pas) la fameuse erreur de jugement sur l’anarchie se basant sur une fausse interprétation de la phrase attribuée à Proudhon : « la propriété c’est le vol ».
En réalité la propriété dont il parlait n’est pas la propriété privée (que Proudhon défend par ailleurs) mais la propriété que les patrons s’estiment en droit de s’octroyer en considérant que la force de travail des ouvriers leur appartient.
Aucun horrible anarchiste sans foi ni loi n’a donc l’intention de spolier quiconque de ses biens mais c’est pourtant cette peur qui enflamme les esprits lorsqu’on évoque ce mouvement politique qui fut longtemps un puissant et redoutable concurrent du communisme.
Ce que cet exemple de malentendus souligne, c’est la nécessité de revenir au passé pour comprendre le présent sinon on court le risque d’être aussi stupide qu’un canard sans tête.
Diminuer drastiquement le temps consacré aux écrans pour retrouver celui dédié à la lecture des essais sur les sujets politiques pointus est l’unique et simple antidote qui a fait ses preuves pour parvenir à se forger une vraie opinion argumentée, subtile et possiblement apte à convaincre autrui lorsqu’on exprime un point de vue critique.
Comme cela s’apparente à une cure de désintoxication à une drogue dure pour un bénéfice trop lointain (ce qui est inexact en réalité) tout un chacun se ramollit dans un bain tiédasse d’ignorance crasse en se prétendant pourtant plus malin et mieux informé que son voisin.
Le célèbre grand patron Warren Buffet disait : « Oui, la lutte des classes existe et nous avons gagné (nous les riches) ».
Depuis la chute du mur, la gauche n’a pas voulu perdre son magistère de la pensée qu’elle estime être son apanage.
Le politiquement correct (dont les intentions moralisatrices au début n’étaient pas dénuées de bon sens) voulait s’approprier un réel qui lui échappait en le nommant mais s’est fourvoyé dans l’extrémisme wokiste, qui s’apparente à une dangereuse quête de pureté traduisant un effondrement intellectuel.
La lutte des classes s’est diluée dans l’atomisation des revendications minoritaires censées se rejoindre dans la fameuse et fumeuse intersectionnalité des luttes.
L’écologie sociale contre le consumérisme, le féminisme dénonçant le patriarcat et les discours antisystème plus ou moins rénovés se sont agrégés pour former un monstre idéologique sans queue ni tête parfaitement inopérant pour endiguer la vague révolutionnaire réactionnaire (assumons l’oxymore).
X
Malcom X soutient que l’autodéfense justifie l’utilisation de la violence tandis que Martin Luther King est radicalement non violent et tous les deux ont été assassinés.
Malcom X soutient que l’autodéfense justifie l’utilisation de la violence tandis que Martin Luther King est radicalement non violent et tous les deux ont été assassinés.
YOUTUBE
C’est le meilleur outil dédié à l’acquisition des connaissances (qui a remplacé l’ancienne méthode consistant à lire des essais) nécessitant de respecter 3 principes simples :
privilégier les longues vidéos (documentaires, conférences, interview), initier des requêtes (en utilisant la barre de recherche) afin de ne pas se contenter des recommandations et s’abonner pour faire disparaître la publicité.
C’est le meilleur outil dédié à l’acquisition des connaissances (qui a remplacé l’ancienne méthode consistant à lire des essais) nécessitant de respecter 3 principes simples :
privilégier les longues vidéos (documentaires, conférences, interview), initier des requêtes (en utilisant la barre de recherche) afin de ne pas se contenter des recommandations et s’abonner pour faire disparaître la publicité.
ZÉBULON
Mon personnage favori des programmes pour enfants à la télé des années soixante : Le manège enchanté.
La série met en scène Zébulon, un personnage monté sur ressort qui transporte les enfants au pays enchanté grâce à une formule magique :
« Tournicoti tournicoton… »
Mon personnage favori des programmes pour enfants à la télé des années soixante : Le manège enchanté.
La série met en scène Zébulon, un personnage monté sur ressort qui transporte les enfants au pays enchanté grâce à une formule magique :
« Tournicoti tournicoton… »
Phil Jarry - New York 2026
...
Merci à Solène pour l'idée de l'abécédaire,
à Isa pour son constant soutien et aux amis dont
Catherine Aquain pour son aide indispensable.
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Merci à Solène pour l'idée de l'abécédaire,
à Isa pour son constant soutien et aux amis dont
Catherine Aquain pour son aide indispensable.